
Deux ans ont passé depuis la disparition tragique de Medhi Narjissi sur la plage de Dias Beach, en Afrique du Sud. Deux années durant lesquelles le temps a continué d’avancer pour tout le monde… sauf pour ses parents. Pour Jalil et Valérie Narjissi, le 7 août 2024 reste une blessure ouverte, impossible à refermer.
L’ancien talonneur international ne travaille plus, ne dort presque plus et refuse que le souvenir de son fils s’efface. Son quotidien est désormais rythmé par un seul objectif : obtenir que toute la vérité soit faite et que les responsabilités soient pleinement établies.
« Ma vie s’est arrêtée ce jour-là »
Lorsque Jalil Narjissi évoque le 7 août 2024, les mots sortent avec difficulté.
Pour lui, le calendrier peut bien afficher deux années écoulées, cela ne change rien à ce qu’il ressent.
Il confie d’emblée à Midi Olympique :
« Ma vie s’est arrêtée ce jour-là. Les gens pensent comprendre. Ils ne comprennent pas. Pour comprendre, il faudrait vivre ce que nous vivons, ma femme et moi. […] Aujourd’hui, je ne suis qu’un mort vivant. »
Quelques instants plus tard, il poursuit.
Son quotidien n’est plus qu’une succession de journées sans véritable existence :
« Mon quotidien ? Avec mon épouse, on se contente de passer le temps, voilà tout. On n’a plus envie de rien. »
« Rien ne calme la douleur »
Beaucoup affirment que le temps apaise les blessures.
Jalil Narjissi ne partage absolument pas cette idée.
Lorsque la question lui est posée, sa réponse est immédiate.
Il explique :
« Rien ne calme la douleur. Rien. Comment pouvez-vous croire qu’il puisse en être autrement ? Je pense à mon fils tous les jours, toutes les nuits, toutes les secondes. C’est une tragédie, tout ça… Un vrai cauchemar… »
Pour lui, il n’existe aucune accalmie.
Le manque est permanent.
« Les discours qui disent qu’il faut avancer sont des mots vides »
À 46 ans, l’ancien capitaine du SU Agen n’a plus la patience des phrases toutes faites.
Les conseils invitant à avancer ou à trouver du réconfort dans la foi ne lui apportent rien.
Il le dit avec beaucoup de franchise :
« Les discours qui disent qu’il faut avancer ou trouver la force dans la religion, ce sont des mots vides. Des mots qu’on trouve dans les livres. La réalité, elle, est différente. »
Cette réalité, c’est aussi celle de toute une famille qui s’est effondrée.
Inès, l’autre victime du drame
Au-delà de Medhi, Jalil pense constamment à sa fille Inès.
Selon lui, elle aussi a perdu une partie d’elle-même.
Il raconte :
« Ma fille Inès a arrêté ses études. Une partie d’elle-même est morte avec la disparition de Medhi. Elle a perdu son frère, mais elle a aussi perdu les parents qu’elle connaissait. Et nous, nous avons aussi perdu une partie de notre fille. »
Le drame a profondément bouleversé l’équilibre familial.
« Je ne dors toujours pas la nuit »
Avant le drame, Jalil Narjissi était sapeur-pompier.
Son métier consistait à porter secours aux autres.
Aujourd’hui, il estime ne plus en être capable.
Il confie :
« Moi, j’étais sapeur-pompier. Mon travail, c’était d’aider les autres. Aujourd’hui, j’en suis incapable. Je ne dors toujours pas la nuit. Je suis brisé. Qui peut penser à travailler après avoir perdu son fils ? »
Puis il interpelle directement son interlocuteur.
Il ajoute :
« Et vous, si vous perdiez votre enfant dans de telles circonstances, auriez-vous encore la force de tenir un stylo pour raconter des matchs de rugby ? »
Dias Beach est devenu le seul endroit où il se sent proche de son fils
Deux ans après la tragédie, Jalil Narjissi continue de retourner régulièrement en Afrique du Sud.
Pour lui, c’est le seul endroit où il retrouve la sensation d’être encore près de Medhi.
Il explique :
« Je retourne régulièrement en Afrique du Sud parce que mon fils est là-bas. J’y suis allé pour son anniversaire (le 8 février) et j’y retournerai le 7 août, naturellement. »
Chaque année, le voyage est effectué avec son épouse et sa fille.
Grâce aux autorités sud-africaines, une plaque commémorative a été installée sur un banc dominant Dias Beach.
Au fil des mois, des liens très forts se sont créés avec les gardiens de la plage.
Jalil raconte :
« J’y vais avec mon épouse et ma fille. Nous y restons quelques jours. […] À Diaz Beach, grâce à la sympathie des autorités sud-africaines, nous avons installé une plaque commémorative sur un banc surplombant la mer. Au fil du temps, nous avons tissé des liens étroits avec les gardiens de la plage. À chaque fois qu’ils nous voient, ils pleurent avec nous sur le banc. Ce genre de moment, c’est tout ce qu’il nous reste. »
« On me parle d’accident… Quelle connerie »
La douleur laisse régulièrement place à la colère.
Pour Jalil Narjissi, ce qui s’est produit ce jour-là n’a rien d’un simple accident.
Il rappelle les circonstances :
« La justice est en cours mais n’a pas encore été rendue. Et nous, on se bat tous les jours pour que notre fils soit respecté et pour que les responsabilités des uns et des autres soient enfin reconnues : ce jour-là, on a quand même emmené des enfants dans un endroit où la baignade était interdite, à l’un des moments les plus dangereux de l’année, avec une organisation catastrophique. C’est cette organisation qui a justement conduit au drame. Comment ces gens peuvent-ils encore se regarder dans une glace ? Comment peuvent-ils éduquer leurs enfants ? »
Puis son ton se durcit encore.
Il poursuit :
« On me parle d’accident… Quelle connerie… Demain, si j’emmène des enfants faire du vélo sur l’autoroute, ce ne sera pas un accident. Ce sera un crime… »
« Seize ans ? Mais c’est quoi, seize ans ? »
Depuis juin 2025, Stéphane Cambos, Robin Ladauge ainsi que la Fédération française de rugby, en tant que personne morale, sont mis en examen pour homicide involontaire.
Robin Ladauge a également été interdit d’entraîner pendant seize ans.
Une décision que Jalil Narjissi juge largement insuffisante.
Il réagit :
« Seize ans ? Mais c’est quoi, seize ans ? Cette personne devrait être radiée à jamais de tout encadrement. Nous, nous avons perdu un fils. Lui ? Il continue tranquillement sa vie. »
« Je ne pourrai jamais pardonner »
Malgré les conséquences judiciaires déjà engagées, Jalil Narjissi refuse toute idée de pardon.
Il estime surtout avoir été abandonné.
Il affirme :
« Je ne pourrai jamais pardonner. Jamais. Comment voulez-vous que je pardonne à ces gens-là ? Ça fait vingt-quatre mois que le drame s’est produit et nous n’avons jamais reçu un seul message de leur part. »
Sa colère vise également la Fédération française de rugby.
Il poursuit :
« Au-delà de ces personnes-là, la fédération nous a elle aussi abandonnés, comme elle a abandonné notre fils. Je ne pardonnerai jamais. »
« Je veux que mon fils ne soit jamais oublié »
Au-delà de la procédure judiciaire, Jalil Narjissi poursuit un autre combat.
Celui de préserver la mémoire de Medhi.
Il conclut :
« La seule chose qui me porte, c’est que mon fils ne soit pas abandonné et oublié. Quel parent ne se battrait pas pour son enfant ? Je veux que son souvenir perdure et en ce sens, je répondrai toujours lorsqu’on me demandera de parler de lui. »
Alors que l’enquête menée par la magistrate Agnès Navarro approche désormais de son terme, Jalil Narjissi attend toujours que toute la lumière soit faite sur les circonstances de la disparition de son fils.
La justice dira peut-être un jour ce qui s’est réellement passé, qui a failli et qui devra répondre de ses actes.
En revanche, elle ne pourra jamais répondre à une question qui hante désormais toute une famille : celle de savoir quelle aurait été la vie de Medhi Narjissi si cette journée du 7 août 2024 n’avait jamais basculé.







