
Des rencontres qui dépassent parfois les deux heures, des secondes périodes interminables et un temps de jeu effectif inférieur aux autres grandes compétitions : le Top 14 veut changer de rythme. Dès cette saison, plusieurs mesures vont être appliquées pour réduire les temps morts et rendre les rencontres plus dynamiques. Huit remplacements, 45 secondes pour buter, appels vidéo accélérés ou encore surveillance des touches : aucun secteur ou presque n’échappera à cette chasse aux secondes perdues.
Le problème n’est pas nouveau. La saison dernière, Christophe Urios avait notamment poussé un énorme coup de gueule après un déplacement de Clermont à La Rochelle marqué par les interruptions, les interventions vidéo et les mêlées à refaire.
Le manager clermontois avait alors résumé son agacement avec son franc-parler habituel :
« On va faire ch… tout le monde. […] Ça va faire ch… tous les spectateurs à ce rythme-là. Les matchs durent 85, 90 minutes. »
« Il faut augmenter le rythme des matchs ! »
Quelques mois plus tard, le constat dressé par les responsables de l’arbitrage va clairement dans le même sens.
En comparant le championnat français aux principales compétitions internationales, le Top 14 affiche des statistiques peu flatteuses concernant la durée des rencontres et le temps réellement consacré au jeu.
Mathieu Raynal, responsable de la cellule haute performance de l’arbitrage, ne cache pas l’ampleur du problème. Il s’est confié dans les colonnes de Sud-Ouest :
« Quand on compare nos statistiques par rapport aux meilleurs championnats du monde, on s’aperçoit qu’on a les secondes mi-temps les plus longues au monde, les matchs qui durent le plus au monde et le temps de jeu effectif le plus faible de toutes les grandes compétitions. Il faut augmenter le rythme des matchs ! »
Plusieurs leviers vont donc être actionnés.
Le plus commenté concerne le retour à la règle des huit remplacements. Mais la LNR ne compte pas uniquement sur cette évolution pour accélérer les rencontres.
Les buteurs disposeront désormais de 45 secondes pour tenter une pénalité ou une transformation. Les interventions vidéo doivent elles aussi gagner en fluidité : les images nécessaires à l’arbitrage ne transiteront plus par le diffuseur et seront transmises directement.
Une évolution accueillie favorablement par Canal+, qui a également constaté l’allongement parfois spectaculaire des rencontres.
Eric Bayle, patron du rugby de la chaîne, partage le diagnostic :
« Oui, il y a des matchs qui ont duré plus de deux heures avec les appels vidéo et les arrêts de jeu. Ces mesures vont dans le bon sens. »
Deux minutes à gagner rien que sur les touches ?
La stratégie ne repose cependant pas sur une seule grosse réforme. La LNR veut additionner une multitude de petits gains de temps.
Les arbitres seront notamment incités à limiter les discussions inutiles et à surveiller davantage la vitesse de mise en place des phases statiques.
La touche représente un parfait exemple.
Le règlement impose actuellement qu’elle soit jouée en moins de 30 secondes. En Top 14, la moyenne se situe autour de 29 secondes, contre environ 25 en Super Rugby.
Quatre petites secondes qui peuvent sembler insignifiantes. Mais répétées sur l’ensemble d’une rencontre, elles deviennent intéressantes.
Mathieu Raynal fait le calcul :
« En France, on les joue en 29 secondes là où le Super Rugby les dispute en 25 secondes. Quatre secondes, ce n’est rien. Mais on a 24 touches par match ! Au final, ça fait deux minutes à aller chercher. »
La philosophie sera différente concernant les mêlées. Même si elles peuvent générer d’importantes séquences d’attente, la volonté d’accélérer le jeu ne doit pas se faire au détriment de la sécurité.
Raynal pose donc une limite très claire :
« Je ne veux pas qu’on “rush” les commandements. Il y a une vraie nécessité de sécurité. On ne demandera pas aux mecs de les jouer en 10 secondes. C’est une phase qu’on respecte. »
Toutes ces pistes ont notamment été travaillées avec les staffs des clubs et les représentants de l’arbitrage lors du « Shape of the game » organisé à la française en fin de saison dernière.
L’objectif est désormais de rapprocher le Top 14 du temps de jeu effectif moyen observé dans le Tournoi des Six Nations, sans pour autant transformer profondément l’identité du rugby français.
Mathieu Raynal insiste sur cet équilibre :
« On défend les principes fondamentaux qui sont la sécurité des joueurs, des contests partout sur le terrain, et la continuité du jeu. »
Le Top 14 veut notamment se rapprocher des standards de rythme observés dans l’hémisphère Sud, où la continuité est depuis longtemps considérée comme prioritaire.
L’ambition affichée est élevée :
« Les Nations du sud ont l’habitude de mettre l’accent sur ce dernier point. On veut pouvoir leur dire que nous aussi on y est attentif et que le Top 14 est l’égal des meilleures compétitions. »
Dès la première journée, les huit remplacements, les 45 secondes accordées aux buteurs, l’accélération de la vidéo et la chasse aux temps morts devraient donc commencer à produire leurs effets.







