
Plus de deux ans après la disparition de Medhi Narjissi en Afrique du Sud, sa famille poursuit son combat pour déterminer précisément les responsabilités dans le drame.
Ce mercredi 2 septembre, devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Agen, son avocat a demandé que Frédéric Plachesi, le voyagiste chargé d’organiser le séjour des U18 du XV de France, soit entendu par le juge d’instruction. La défense de l’ancien manager Stéphane Cambos soutient également cette demande.
Medhi Narjissi avait été emporté par l’océan le 7 août 2024 à Dias Beach, lors d’une journée d’excursion organisée pendant le déplacement des jeunes internationaux français en Afrique du Sud. Depuis, l’enquête tente notamment d’établir les conditions dans lesquelles la décision d’entrer dans l’eau avait été prise et quelles informations sur la dangerosité du site avaient été transmises au staff.
Pourquoi la famille Narjissi veut entendre le voyagiste
Pour Jalil et Valérie Narjissi, il ne s’agit pas de désigner à l’avance un responsable mais d’examiner le rôle de chacun.
Le père de Medhi insiste sur ce point dans les colonnes de Sud-Ouest :
« Nous voulons juste la vérité. Chaque responsabilité dans ce drame doit être examinée. »
Le rôle de Frédéric Plachesi suscite particulièrement leurs interrogations. Prestataire de la Fédération Française de Rugby en Afrique du Sud, il participait à l’organisation du séjour. Selon Jalil Narjissi, il travaillait depuis quatorze ans sur les déplacements des équipes de France dans le pays et connaissait donc l’environnement.
La famille estime dès lors que son témoignage devant les enquêteurs judiciaires est indispensable.
Son avocat, Me Édouard Martial, souligne surtout que le voyagiste n’aurait jusqu’ici jamais fait l’objet d’une véritable audition dans le cadre judiciaire.
Il conteste ainsi l’idée selon laquelle cette étape aurait déjà été réalisée :
« Il n’a jamais été entendu ni par le magistrat instructeur, ni par un officier de police judiciaire agissant sur commission rogatoire, ni même par des enquêteurs agissant dans le cadre d’une enquête préliminaire. »
Selon l’avocat, le dossier contient en revanche des déclarations recueillies lors de l’enquête interne diligentée par la FFR après le drame ainsi qu’un procès-verbal issu d’une mission d’inspection administrative.
Pour Jalil Narjissi, cela ne suffit pas compte tenu du rôle qu’aurait joué le voyagiste dans l’organisation du séjour :
« Voilà quatorze ans qu’il s’occupe des séjours de l’équipe de France en Afrique du Sud. Il connaît les lieux, il connaît la dangerosité de Dias Beach. Pour l’organisation du séjour des U18, la FFR lui verse 100 000 euros. Certes, on a confié notre fils à la FFR mais il a une part de responsabilité. »
La demande d’audition avait été refusée par le juge d’instruction. C’est précisément ce refus qui a conduit la partie civile à saisir la chambre de l’instruction.
Des déclarations contradictoires pointées par l’avocat
Au-delà de son rôle dans l’organisation, ce sont surtout les différentes versions attribuées à Frédéric Plachesi qui interrogent la famille Narjissi.
Me Édouard Martial estime que plusieurs déclarations effectuées entre août et novembre 2024 ne concordent pas.
L’avocat détaille ce qu’il considère comme une contradiction majeure :
« À neuf reprises, à l’enquêteur de la FFR, il dit qu’il n’était pas sur place et qu’il n’a rien vu. Et quelques semaines plus tard, à l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), il déclare avoir vu joueurs et staff à Dias Beach du haut des marches. »
Une seconde divergence porterait directement sur la question essentielle de la dangerosité de la baignade. Selon Me Martial, le voyagiste aurait d’abord indiqué ne pas avoir été consulté concernant la séance de récupération dans l’eau, avant d’affirmer ensuite avoir déconseillé cette mise à l’eau.
L’avocat de la famille estime que ce point doit absolument être éclairci :
« Plachesi est pris en flagrant délit de contradiction. Or, la question de savoir si le caractère dangereux du lieu avait été signalé au staff est une question centrale. »
Valérie Narjissi constate de son côté que, deux ans après le drame, de nombreuses zones d’ombre demeurent.
Elle résume simplement l’attente de la famille :
« On veut la vérité sur ce qu’il s’est passé. Deux ans après, le récit qui en est fait n’est pas fluide. »
La défense de Stéphane Cambos, ancien manager des U18, demande elle aussi que les investigations soient approfondies. Son avocat, Me Romain Vanni, considère que son client ne doit pas devenir le seul point de concentration des responsabilités.
Il estime que l’ensemble de l’organisation doit être étudié :
« Mon client se rendait pour la première fois en Afrique du Sud. Il n’avait pas la connaissance de l’environnement. Le voyagiste l’avait. Robin Ladauge aussi et d’autres encore au sein du staff et de la Direction technique nationale (DTN). »
D’autres demandes d’actes pourraient donc être déposées afin de préciser le rôle de chacun dans la préparation du séjour et de cette journée du 7 août 2024.
Concernant spécifiquement l’audition de Frédéric Plachesi, la chambre de l’instruction rendra sa décision le 22 octobre. Entre-temps, un nouveau juge d’instruction, Jean-Patrick Meslot, doit reprendre le dossier à partir du 1er octobre.







