
Ancien international français et triple vainqueur du Bouclier de Brennus, Rémy Martin a radicalement changé de quotidien. À 47 ans, l’ancien troisième ligne dirige désormais une boulangerie franchisée à Apt, dans le Luberon.
Chaque matin, le colosse de 1,95 m descend de son logement installé au-dessus du commerce pour commencer une journée qui s’achèvera bien après la fermeture. Depuis l’inauguration du 13 mai, il s’investit dans chaque aspect de cette nouvelle activité ayant permis la création de douze emplois.
Une cliente servie avant l’ouverture
Rémy Martin arrive suffisamment tôt pour accueillir une habituée près de trois quarts d’heure avant l’ouverture officielle de la boulangerie. Cette femme travaille à Gordes et vient quotidiennement chercher de quoi commencer sa journée.
L’ancien joueur a décidé de faire une exception pour l’une de ses toutes premières clientes. Il s’est longuement confié dans les colonnes de L’équipe :
« Cette femme a été une de mes premières clientes. Elle part travailler très tôt à Gordes où elle fait des ménages dans des villas de luxe. J’ouvre à 6 h 30 mais je la sers. »
Depuis quatre mois, Rémy Martin découvre les exigences d’un métier particulièrement prenant. Il accueille les clients, surveille les présentoirs, participe à la fabrication et vient renforcer ses salariés dès qu’une absence désorganise l’équipe.
Des semaines de 96 heures
Le commerce ferme à 20 heures, mais la journée du patron est encore loin d’être terminée. Présent six jours sur sept, l’ancien international ne compte plus vraiment son temps.
Rémy Martin reconnaît devoir intervenir dans absolument tous les secteurs de sa boulangerie.
« Je fais des semaines de 96 heures sur six jours puisqu’on est encore fermé le dimanche. Il faut encore tout faire de la confection au commercial en passant par la mise en place de notre gamme en présentoir. Je mets la main à la pâte avec nos trois boulangers de métier pour les aider à lamer puis enfourner les baguettes. Quand il y a un absent, je bouche les trous. Je suis le patron. Je dois être partout. « Bonjour, bonsoir, merci, au revoir, à votre service ». Je veille à tout. »
Sa présence derrière le comptoir attire également des amateurs de rugby. Certains touristes profitent de leur passage dans le Luberon pour prendre une photo avec l’ancien joueur du Stade Français, champion de France en 2003, 2004 et 2007.
Plus de dix ans après la fin de sa carrière professionnelle, sa notoriété continue de susciter la curiosité.
« Mon nom pèse encore un peu et des gens disent venir car ils ne croyaient pas que je m’étais mis dans la boulangerie. »
Une reconversion préparée depuis longtemps
Rémy Martin a grandi à Aubenas dans un environnement où le travail et la cuisine occupaient déjà une place centrale. Son père l’avait rapidement prévenu que sa carrière sportive ne pourrait pas assurer financièrement toute son existence.
L’ancien troisième ligne explique avoir toujours conservé une approche prudente et très concrète de son avenir.
« Mon père était cuisinier et je suis né sur une terre de bouffe. J’ai été élevé au travail. Mon papa me disait que le rugby n’était pas un métier mais qu’il pouvait m’aider à trouver un boulot. Après Aubenas, j’avais Toulouse ou Clermont. Je suis parti à Mont-de-Marsan parce que le club me proposait aussi un job dans une filiale d’EDF. Je suis terre à terre. J’ai toujours fait attention car je savais que je ne pourrais pas vivre toute ma vie avec ce que j’ai gagné dans le rugby. »
Après avoir mis un terme à sa carrière professionnelle en janvier 2015 en raison de deux hernies cervicales, Rémy Martin a multiplié les expériences. Il a rejoué à Bédarrides, entraîné à Montélimar, animé des séminaires et lancé une cuvée baptisée « Mâles Fêteurs ».
Il a ensuite passé neuf années chez Carmila, foncière immobilière du groupe Carrefour. Devenu directeur régional, il avait la responsabilité de dix-sept galeries commerciales et parcourait près de 150 000 kilomètres par an.
Un investissement proche du million d’euros
Épuisé par ce rythme, Rémy Martin a quitté ses fonctions durant l’été 2025. Après six mois de formation au siège de l’enseigne Ange, il a investi 200 000 euros d’apport personnel dans un projet dont le coût global avoisine le million d’euros.
François Bultel, président et cofondateur de l’entreprise, considère que les qualités développées dans le rugby correspondent parfaitement aux exigences de l’entrepreneuriat.
Le dirigeant se montre particulièrement satisfait des premiers mois de Rémy Martin à la tête de son commerce.
« Rémy est un top gars, très commerçant, vaillant, rigoureux et nos clients l’adorent. L’entrepreneur a besoin d’un certain mental. Les anciens rugbymen ne sont pas des sportifs qui craquent. Ils sont costauds, tenaces avec le sens de l’effort et un véritable esprit d’équipe. Ils savent gérer un collectif. Ce n’est pas un hasard si nous en avons une bonne dizaine qui se sont reconvertis avec nous. Certains ont même déjà plusieurs franchises comme les ex-Montpelliérains Sylvain Mirande et Vassili Bost qui se sont associés à Agen, Marmande et Bergerac. »
Jusqu’à 700 clients fréquentent quotidiennement la boulangerie d’Apt. Entre deux passages en caisse, l’ancien Bleu prend toujours le temps de corriger avec le sourire ceux qui rebaptisent l’un de ses pains.
Rémy Martin conserve désormais le vocabulaire précis d’un commerçant.
« Non, ce n’est pas le « sportif » chez nous mais le « fruitier ». »







