
Au troisième jour du procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier, le commissaire Maximilien Gruselle a retracé les dernières heures de Federico Martín Aramburu. La chronologie présentée par le directeur de l’enquête vient directement contredire plusieurs éléments avancés par les accusés pour soutenir leur thèse de la légitime défense.
Devant la cour d’assises, le policier de la brigade criminelle de Paris a détaillé les témoignages, les images de vidéosurveillance et les éléments sonores exploités pendant les investigations. Sa présentation ne constitue pas encore le verdict de la cour, chargée d’apprécier les responsabilités et les qualifications pénales retenues. Midi Olympique raconte ce passage très délicat.
Les premières tensions au Mabillon
Federico Martín Aramburu et Shaun Hegarty se trouvent au Mabillon pour manger. Loïk Le Priol, Romain Bouvier et Lyson Rochemir sont installés à proximité. L’atmosphère semble initialement conviviale, mais des tensions apparaissent rapidement entre les tables.
Un client particulièrement volubile, M. Lambert, circule dans l’établissement et bouscule plusieurs personnes. Le Priol s’agace, avant que Shaun Hegarty ne le désigne du doigt.
L’ancien rugbyman lui aurait alors lancé une insulte.
« Toi tu es un con. »
Selon la reconstitution du commissaire, Le Priol se lève et donne plusieurs petites tapes à Hegarty. Un videur intervient une première fois pour lui demander de regagner sa place.
Vers 6 heures, Federico Martín Aramburu saisit ensuite Le Priol par sa capuche et le fait tomber. L’enquêteur décrit une chute sans violence particulière, l’accusé ayant rebondi sur un tabouret.
Plusieurs témoins ont toutefois décrit l’affrontement qui suit comme particulièrement intense.
« Une bagarre d’hommes violente. »
Les agents de sécurité interviennent de nouveau. D’après leur perception rapportée à l’audience, Le Priol et Bouvier semblent vouloir poursuivre l’affrontement.
Une arme et un brassard de police exhibés
Le commissaire affirme que Loïk Le Priol sort alors une arme à feu et présente un brassard de police afin d’impressionner la sécurité. Romain Bouvier interpelle également le videur.
L’accusé aurait prétendu appartenir à une brigade de police.
« Pourquoi tu nous arrêtes, on est de la BAC. »
Face à leur agitation, un serveur leur fait croire que les deux anciens rugbymen ont quitté les lieux en taxi. Federico Martín Aramburu et Shaun Hegarty sont en réalité partis à pied sur le boulevard Saint-Germain.
Ils s’arrêtent dans un hôtel voisin pour demander des glaçons et soigner leurs visages tuméfiés. La bagarre est alors terminée et les deux hommes se sont éloignés du Mabillon.
Une poursuite dans le boulevard Saint-Germain
Selon la chronologie exposée par Maximilien Gruselle, Lyson Rochemir et Romain Bouvier montent dans une Jeep et partent à la recherche des deux anciens rugbymen.
Bouvier descend du véhicule lorsqu’il les retrouve et ouvre le feu. Loïk Le Priol arrive ensuite en courant et tire à son tour. Lors de cette audience, le commissaire a évoqué six coups de feu identifiés par les enquêteurs dans la séquence décrite.
Les images de vidéosurveillance et le son enregistré par une caméra équipée d’un microphone ont permis de distinguer deux séries de tirs, séparées d’environ 45 secondes.
Le directeur de l’enquête a résumé cette séquence avec des mots particulièrement forts.
« Ils ont littéralement vidé leur chargeur. »
Pour le commissaire, l’enchaînement des faits constitue un élément central : l’affrontement devant le bar était terminé et les deux anciens rugbymen étaient déjà partis.
Il qualifie ainsi la poursuite qui aurait suivi de véritable traque.
« Chasse à l’homme. »
Les derniers mots attribués à Federico Aramburu
Federico Martín Aramburu est retrouvé grièvement blessé à proximité du 144 boulevard Saint-Germain. Il se trouve au sol, dans les bras de Shaun Hegarty.
Son ami a rapporté les derniers mots prononcés par l’ancien international argentin.
« Appelle la police, je vais mourir. »
Les secours relèvent plusieurs blessures par balle, notamment à la cuisse, à la clavicule et au thorax. Des impacts sont également constatés dans son dos. Son décès est prononcé à 6 h 48, le médecin légiste concluant à une hémorragie thoracique.
Six projectiles sont extraits lors de l’examen médico-légal. Leur analyse conduit les enquêteurs à retenir l’utilisation de deux armes de calibres différents. Un livreur affirme par ailleurs avoir vu Loïk Le Priol tirer dans le dos de Federico Martín Aramburu.
Une arme est ensuite retrouvée sous le pont du Carrousel grâce aux indications données par Le Priol. Les perquisitions menées chez les deux accusés permettent également de découvrir des armes et des munitions.
Un témoignage éprouvant pour la famille
Le commissaire a détaillé la présence d’une cartouchière, d’un gilet pare-balles ainsi que d’un brassard et d’un badge de police.
Il a employé un terme particulièrement évocateur pour désigner le matériel découvert.
« Un véritable arsenal. »
Maria, la veuve de Federico Martín Aramburu, et le père de la victime ont quitté la salle lorsque la projection d’images montrant son corps allongé sous un brise-vue a été annoncée.
Maximilien Gruselle a enfin confié avoir été profondément marqué par cette affaire. Habitué aux règlements de comptes liés au narcotrafic, il a souligné la dramaturgie particulière de ce dossier : une altercation entre hommes alcoolisés ayant, en quelques minutes, conduit à la mort de l’ancien rugbyman argentin.







