
Après deux années davantage passées dans les bureaux, Laurent Travers a retrouvé une proximité directe avec le terrain à Bayonne. À 57 ans, le directeur du rugby assure avoir conservé toute sa passion, mais reconnaît avoir profondément changé sa manière de manager.
Présent sur les bancs depuis 2001, l’ancien talonneur ne recherche plus forcément la fonction d’entraîneur traditionnel. Ce qui continue de l’animer se trouve désormais dans l’accompagnement des joueurs, la gestion des hommes et l’organisation d’un staff.
Le terrain, mais pas nécessairement le survêtement
Travers affirme que le banc de touche ne lui a pas particulièrement manqué. Il avait en revanche besoin de retrouver l’adrénaline et la dimension humaine du management quotidien.
Le directeur du rugby précise dans Midi Olympique ce qu’il entend réellement lorsqu’il parle d’un retour sur le terrain.
« Le banc de touche, non. Ce qui me plaît, c’est ce côté lié à l’adrénaline au terrain. Quand je dis terrain, les gens peuvent mal l’interpréter en pensant que je veux de suite avoir le survêtement. Non, ce que je veux, c’est pouvoir intervenir sur le management des hommes, sur l’organisation, le fonctionnement, l’accompagnement au niveau du staff sur le plan managérial et au niveau des joueurs sur le développement. »
Malgré près de vingt-cinq années passées à diriger des équipes professionnelles, son enthousiasme n’aurait pas diminué.
Laurent Travers assure qu’il vibre toujours autant pour son sport et pour la transmission.
« Oui. Ce qu’il faut, c’est pouvoir la transmettre en étant entraînant. J’espère pouvoir encore l’être. Il faudra le demander au staff ou aux joueurs. Moi, je vibre toujours pour le rugby, pour l’accompagnement. »
« J’étais beaucoup plus impulsif avant »
L’expérience a néanmoins modifié son comportement. Le technicien reconnaît qu’il prenait autrefois certaines décisions beaucoup trop rapidement et qu’il cherche aujourd’hui à davantage temporiser.
Travers estime désormais indispensable de savoir revenir sur une modification lorsqu’elle ne produit pas les effets espérés.
« J’étais peut-être beaucoup plus impulsif avant. J’allais, des fois, un peu trop vite. Là, je vais avoir tendance à temporiser, prendre plus de recul, de façon à être beaucoup moins dans l’urgence. Je pense que c’est lié à l’expérience ou à l’âge. Je dis souvent qu’on n’a pas la science infuse. Lorsque l’on apporte une modification, il faut être capable de dire “stop, c’était peut-être mieux tel qu’on le faisait avant”. Après, si on veut tout changer en disant “ce qui était fait avant était mieux”, on va se planter complètement ! »
Cette évolution s’est également nourrie de son passage à la présidence du Racing 92. Une expérience qui lui a permis de prendre de la hauteur, mais surtout de comprendre que le fonctionnement sportif et le management des hommes restaient au cœur de ses envies.
Une sélection refusée pour diriger le Racing
Travers révèle qu’il devait initialement rejoindre une sélection après son départ du banc francilien. Il avait finalement décliné cette possibilité pour accepter les responsabilités proposées par Jacky Lorenzetti.
L’ancien manager du Racing reconnaît également avoir été mal compris lorsqu’il évoquait son désir de retrouver les sensations du terrain.
« J’ai connu l’expérience de la présidence – et je tiens à remercier le Racing 92 et Monsieur Lorenzetti – je devais partir prendre une sélection. J’ai refusé la sélection pour vivre cette aventure de président. Ça a été, pour moi, quelque chose de révélateur. Ça n’a été ni une réussite, ni un échec. Ça a été une belle expérience, mais qui m’a permis de voir que le côté terrain, organisationnel, fonctionnement, management d’une équipe, du staff me plaisait.
Quand je disais que je voulais retrouver ces sensations du terrain, c’était par rapport à ça. Ça a été interprété différemment. Je me suis peut-être mal exprimé. Je le prends pour moi. L’erreur est peut-être là. Quand je dis que je veux retrouver le terrain, c’est pour accompagner, dire qu’on pourrait faire les entraînements comme ça, les plannings comme ça. Ce n’était pas de dire “faites ce que je vous demande”. L’idée, c’était d’ouvrir le dialogue, d’être capable de discuter, décider et appliquer. »
Pour autant, cette expérience dans les bureaux n’a pas représenté une période d’ennui. Travers considère qu’elle lui a permis de mieux déterminer la fonction dans laquelle il pouvait encore apporter quelque chose.
Il assure avoir apprécié cette parenthèse malgré son besoin de retrouver un rôle plus proche du secteur sportif.
« Pas du tout ! Quand je dis que ça a été une belle expérience, c’est la vérité, mais ça m’a permis, aussi, d’être sûr de ce que j’aimais, d’être sûr de ce que je pense être encore capable de transmettre avec l’ensemble de mon équipe. »
Onesta, Dantin, Daret : ses sources d’inspiration
Laurent Travers ne prétend pas détenir seul toutes les réponses. Il appartient à une académie réunissant des techniciens issus de nombreuses disciplines et utilise régulièrement ce réseau pour prendre du recul.
Le Bayonnais dévoile les entraîneurs et spécialistes auprès desquels il cherche des conseils lorsqu’il traverse une période de doute.
« Il y en a beaucoup… J’ai la chance de faire partie de l’académie des coachs avec Claude Onesta comme patron. Il y a Pierre Dantin, des anciens… Je tiens à la valoriser, parce que c’est vraiment une source de réflexion. Il y a des scientifiques, la médecine, la faculté des sports, des grands coachs de sports individuels ou collectifs. Il y a Laurent Tillie, Vincent Collet, Jérôme Daret… On se réunit une à deux fois par an et on lâche tout ce qu’on a sur nous. Qu’est-ce qu’on a pu vivre ? Comment ça s’est passé ? Comment on l’a traité ? C’est l’auberge espagnole. On s’entraide et dans la saison, on s’appelle aussi. Quand j’ai des périodes de doute, un petit coup de fil, ça fait du bien, que ce soit à Pierre Dantin, Claude Onesta ou Christian Lanta. Par moments, ils vont avoir une vision extérieure. Ils ne sont pas la tête dans le guidon, ils ne voient pas ce qui se passe au quotidien. Ils vont te dire : “Est-ce que tu as fait attention à ça ?”. Cette vision extérieure t’aide, t’accompagne. »
Ses échanges ne se limitent pas aux membres de cette académie. Travers discute aussi régulièrement avec deux managers majeurs du Top 14 : Ugo Mola et Pierre Mignoni.
Même lorsqu’ils ne partagent pas la même vision, il estime que ces discussions lui permettent de progresser.
« Oui, il y a Ugo, il y a Pierre. Avec Ugo, on échange énormément sur la façon de fonctionner. Il y a des secteurs où on voit différemment, mais c’est aussi en ayant des visions différentes que tu peux te dire “il a peut-être raison”. Je pense que c’est aussi dans l’échange que l’on grandit. »







