
Le ton monte entre le Stade Toulousain et la Ligue Nationale de Rugby.
Alors que les blessures se multiplient dans les effectifs du Top 14, le manager toulousain Ugo Mola remet ouvertement en cause la politique réglementaire de la LNR.
Selon lui, vouloir protéger les joueurs en multipliant les règles constitue une mauvaise réponse à un problème bien plus complexe. Il appelle à une gestion individualisée de la charge de travail plutôt qu’à de nouvelles contraintes imposées aux clubs.
Confronté à une situation particulièrement difficile avec son effectif, le club haut-garonnais a entrepris d’analyser les causes de cette accumulation de blessures. Mais pour son manager, le débat ne doit pas se limiter au calendrier ou au nombre de rencontres disputées.
« Je suis en contradiction totale avec la Ligue »
Ugo Mola explique que les blessures doivent être étudiées en prenant en compte deux paramètres : la charge externe, qui comprend notamment les matches, les entraînements et les collisions, et la charge interne, qui correspond à l’impact réel de ces efforts sur chaque joueur.
Il détaille cette distinction dans Midi Olympique :
« Avant d’aller chercher des problèmes dans le rugby mondial ou national, nous avons commencé par analyser les causes en interne, et elles sont multifactorielles. Il y a la charge externe — le nombre de matches, de minutes, la batterie de données sur les accélérations, les collisions, les sauts en touche, les entraînements —, que l’on peut décliner à l’infini. Et il y a la charge interne : ce que coûte réellement l’activité à chaque joueur. Et c’est là qu’est le vrai débat, à mon sens. »
Selon lui, deux joueurs ayant disputé le même nombre de rencontres ne subissent pas nécessairement les mêmes contraintes physiques.
Leur poste, leur âge, leurs antécédents médicaux et leur capacité de récupération doivent également être pris en considération.
C’est précisément sur ce point qu’il s’oppose à la stratégie envisagée par la Ligue :
« On ne peut pas réduire cette charge au seul nombre de matches. Par exemple, deux joueurs peuvent disputer le même nombre de rencontres en subissant des contraintes totalement différentes selon leur poste, leur historique de blessures, leur âge ou leur capacité de récupération. C’est là où je suis en contradiction totale avec la Ligue, qui aimerait tout calibrer par le biais de règles et qui voudrait, sous prétexte d’une étude expérimentale sur 33 joueurs protégés, définir les règles de demain. »
« Ce sont toutes ces règles qui nous tuent dans notre système ! »
Le manager du Stade Toulousain se montre particulièrement critique envers la multiplication des dispositifs réglementaires.
Il dénonce frontalement cette approche :
« Mais ce sont toutes ces règles qui nous tuent dans notre système ! J’ai lu l’article du président de la Ligue, Yann Roubert, dans votre média… Au final, ce que cela laisse entendre, c’est qu’on va nous pondre une règle supplémentaire. Alors qu’il s’agit à mes yeux de tout, sauf de ça. Il faut dépasser l’opposition entre « trop de matches » et « pas assez de matches ». »
Pour le technicien, la solution ne consiste donc pas simplement à limiter uniformément le nombre de rencontres disputées par les internationaux.
Il estime que le rugby français dispose aujourd’hui d’un vivier suffisamment important pour envisager une gestion plus adaptée des joueurs sélectionnables.
Il prend notamment l’exemple du XV de France et de son propre effectif :
« C’est un faux débat, ça ! Aujourd’hui, l’équipe de France nous prouve que lorsqu’un élément majeur est absent, son remplaçant est plutôt pas mal. Le vivier du rugby français — qui émane de la réussite du Top 14 — est sérieux et cohérent. Si on s’amuse tous à faire une liste de 33 joueurs aujourd’hui, personne ne sera pas loin d’avoir une équipe capable d’être championne du monde, comme lorsque je m’amuse à faire l’équipe-type du Stade toulousain. Sauf que mon équipe type, en réalité, je ne joue jamais avec ! Alors, la vraie question doit être : comment gérer la charge de travail de tous les joueurs sélectionnables ? »







