Durant sa longue convalescence, Uini Atonio, pilier droit international français du Stade Rochelais, s’est investi auprès du staff de son club en apportant son expertise sur la mêlée.
Interrogé par L’Équipe, le joueur a confié : « Je suis toujours joueur hein ! Franchement, ça ne change pas grand-chose à mon quotidien. » Après sa blessure en juin dernier, il a pris un rôle plus actif en début de saison pour accompagner notamment les jeunes : « Pendant ma convalescence, je pouvais quand même amener quelque chose à l’équipe. Ce n’était pas un rôle complètement défini. Mais ma priorité, c’était de revenir à 100 %, et de profiter de mon temps libre pour travailler avec les jeunes. »
Atonio insiste sur l’importance de la transmission : « Moi-même, plus jeune, j’ai appris de ceux qui étaient là avant. Transmettre à mon tour, c’est quelque chose d’important. Pas qu’avec les pros, mais en espoir aussi. C’est gratifiant de voir les jeunes contents de ce qu’ils font sur le terrain. »
S’inspirant de figures emblématiques, il cite son ancien entraîneur Patrice Collazo et plusieurs anciens joueurs : « Il y en avait beaucoup, et pas seulement des piliers. Que ce soit Patrice Collazo, au début, quand je suis arrivé (à La Rochelle, en 2011). Puis il y a eu tous les joueurs avec qui j’ai joué. Je me souviens de Benoît Lecouls, qui était venu faire une année avec nous ici (en 2011-2012). Et après, en équipe de France, William Servat m’a beaucoup aidé, comme “Le Bus” Nicolas Mas ou même Rabah Slimani. Parce que tout seul, tu peux être fort, mais pas autant qu’à deux, trois ou quatre. En ce moment, j’apprends à être entraîneur, mais j’ai toujours aimé aider, donner un coup de main. »
Le plus grand défi pour lui dans son rôle d’entraîneur est l’absence sur le terrain : « En vrai, le plus dur, c’est de ne pas être sur le terrain. Tu peux donner des consignes en amont, mais chaque match est différent. Dans la semaine, tu imagines tout un tas de scénarios, mais quand le match arrive, c’est toujours quelque chose d’autre qui arrive. En tant que joueur, j’arrive à m’adapter plus vite, peut-être parce que j’ai beaucoup d’expérience. »
Conscient de la jeunesse de ses protégés, il se fait responsable des difficultés rencontrées par la mêlée : « Aujourd’hui au club, nos piliers droits ont tous moins de 23 ans. C’est donc de ma faute si la mêlée recule ou tombe. C’est parce que je n’ai pas assez bien travaillé avec eux. Chaque semaine, je prends ces erreurs pour moi. Il faut tout le temps que j’adapte mon travail avec les mecs. Quand je vois une mêlée tomber, le premier truc que j’ai envie de faire c’est de mettre mes crampons et d’y aller. »
Dans son rôle, Atonio prend également des notes pour ne rien oublier à la pause : « C’est juste pour ne pas oublier certaines choses que je veux dire aux joueurs à la mi-temps. Parce qu’un match, ça passe tellement vite ! Tu peux être pénalisé à la 3e minute et quand tu arrives à la mi-temps, tu as oublié. Du coup, je note seulement deux ou trois trucs, très simples. Si j’en vois un qui loupe son rôle, je peux lui rappeler ce qu’il doit faire à la mi-temps, pour s’améliorer. »
Il détaille aussi sa méthode auprès des troisièmes lignes : « Déjà, 80 % du travail, c’est de mettre la tête. Et après, il n’y a qu’un petit peu de technique. Je n’ai jamais joué troisième-ligne, mais en tant que pilier, je sais ce que j’aime bien voir chez mon flanker. C’est ça que je leur demande. Par exemple, ça fait 10 ou 12 ans que je joue avec “Leps” Botia. J’aime bien quand il pousse vraiment plus bas sur ma jambe. Ce sont des petits trucs comme ça que j’essaie de faire travailler. Que ce soit avec les troisième-ligne ou les deuxième-ligne. Avec Will (Skelton), on a toujours des petites astuces qu’on utilise dans le match, par rapport à la façon de pousser ou d’absorber l’impact. J’essaie de transmettre ça. Sur le terrain, Will est un relais, je lui demande carrément d’aller voir les mecs. Pareil pour Greg Alldritt. Il a 200 matches avec le club (152 en réalité). Ce n’est pas aujourd’hui que je vais lui expliquer comment on pousse. »
Lors de la Tournée d’automne, Atonio s’est rendu à Marcoussis pour évaluer sa forme et rester au contact du groupe France : « J’y suis allé pour reprendre la course et pour voir où j’en étais. Parce que je n’avais pas encore repris le rugby à ce moment-là. William (Servat, entraîneur des avants du quinze de France) m’a dit de venir. Fabien (Galthié) voulait que je reste au sein du groupe. La dernière fois que j’étais avec l’équipe, c’était lors du Tournoi des Six Nations. Je me demandais si, depuis, ils avaient changé des choses. J’y suis donc allé deux fois trois jours, juste pour rester en forme. J’ai travaillé avec Bruno (Boussagol), le kiné. J’avais le temps de travailler sur moi, c’était cool. »
Enfin, il livre son regard sur la performance des Bleus lors de cette tournée : « C’est dur à dire quand tu es à l’extérieur. J’étais avec le groupe avant le match de l’Afrique du Sud (17-32, le 8 novembre). Et je trouve que ça travaillait vraiment bien même s’il manquait quelques leaders. C’est un bon groupe, il y a du talent, avec des jeunes, des vieux, un peu de tout. Je trouve que ce match contre l’Afrique du Sud a un peu tué la tournée en plombant l’ambiance. Après, contre les Fidji, c’était un match piège. Et je trouve que l’équipe de France s’en est très bien sortie (34-21). Puis contre l’Australie, ils ont vraiment lâché les chevaux (48-33). L’équipe monte en puissance. Certains pensent qu’elle est plus faible. Moi je trouve que l’énergie est là. Il faut juste laisser le temps aux joueurs qui sont entrés dans le groupe de prendre leur marque. Dans quelques mois, pendant le Tournoi des Six Nations, le jeu viendra et tout va dérouler. Si on avait battu l’Afrique du Sud, il n’y aurait pas de débat. »







