C’est un tremblement de terre dans le rugby du Pacifique. Quatre ans après son intégration en Super Rugby, la franchise Moana Pasifika pourrait bientôt disparaître. En proie à des résultats sportifs décevants et à une situation financière catastrophique, le projet porté par Tana Umaga semble avoir atteint un point de rupture.
### Une franchise au bord du gouffre
Le couperet est-il déjà tombé ? Selon la presse australienne, la franchise samoane et tongienne serait sur le point d’être exclue du Super Rugby dès la fin de cette saison, à cause de graves difficultés économiques. Selon le média *Code Sports*, les joueurs auraient même été informés de leur éviction prochaine.
La chute est d’autant plus brutale que l’équipe avait montré des signes prometteurs l’an passé, portée par l’icône Ardie Savea. Aujourd’hui, le bilan est sombre : lanterne rouge avec sept défaites en huit matchs et un goal-average catastrophique de –207. Mais le mal ne se limite pas au terrain : les dettes accumulées sont trop importantes, aucun repreneur ne s’est manifesté pour sauver le projet.
### Le retrait fatal de World Rugby
Créée en 2022 avec le soutien de World Rugby pour mettre en valeur les talents insulaires, la franchise se sent aujourd’hui abandonnée par les instances internationales. La fin du financement mondial a précipité son instabilité.
L’entraîneur Tana Umaga n’a pas caché son amertume face à ce désengagement :
« World Rugby devrait sans doute nous aider un peu plus. Nous ne recevons plus de financement de leur part, et c’est leur décision. »
### Guerre de voisinage : le conflit avec les Blues
Basée au nord d’Auckland, Moana Pasifika a également dû affronter l’hostilité de son puissant voisin, les Blues. Tana Umaga dénonce un manque total de solidarité au sein même de la ville, pointant des relations délétères entre les deux franchises.
En début de saison, la légende des All Blacks s’en est pris ouvertement aux dirigeants de son ancienne équipe :
« Je ne sais pas s’ils se rendent compte qu’il y a deux équipes de rugby professionnelles dans cette ville, mais nous savons qu’ils ne veulent pas de nous ici. Ceux qui prennent les décisions nous rendent la vie très difficile. »
Selon lui, les Blues cherchent à maintenir un monopole régional, étouffant toute ambition de développement pour Moana Pasifika. Critique acerbe, Umaga dénonce aussi l’hypocrisie de ses rivaux :
« Oui, ce sont probablement nos plus grands rivaux, car ils veulent nous voir échouer. J’ai du mal avec le discours qu’ils ont tenu l’an dernier lorsqu’ils ont déclaré croire qu’ils représentaient le Pacifique. Ils ne veulent ni nous aider ni nous soutenir. Quand le rugby en est là… »
### Quel avenir pour le rugby insulaire ?
La probable exclusion des Moana Pasifika soulève d’importantes questions d’éthique et de représentativité dans le Super Rugby. Si les Fijian Drua réussissent à s’imposer, la disparition de la franchise samo-tongienne laisserait des centaines de joueurs sans structure de haut niveau dans la région.
À quelques mois de la fin de la saison, le monde du rugby scrute avec inquiétude l’effondrement de ce projet ambitieux, victime d’un isolement financier et d’une guerre d’influence territoriale. Le Pacifique pourrait perdre sa plus belle vitrine.






