Le président de la Fédération française de rugby (FFR), Florian Grill, a été entendu le 24 avril à Agen par la juge d’instruction Agnès Navarro dans le cadre de l’enquête sur la tragique disparition de Medhi Narjissi. Ce jeune joueur de 17 ans a disparu en mer le 7 août 2024 lors d’un stage en Afrique du Sud.
À l’issue de cette audition de quatre heures, la FFR a été mise en examen en tant que personne morale pour homicide involontaire, notamment pour « maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement ». Le journal L’Équipe a livré un compte rendu détaillé de cette séance et du positionnement ferme du président.
Dès le début de son interrogatoire, Florian Grill a exprimé sa « compassion » pour la famille de Medhi, mais a catégoriquement écarté toute responsabilité fédérale. Il a déclaré : « Je tiens à nouveau à dire ma compassion pour la famille. En mon âme et conscience, je ne vois pas de responsabilité de la Fédération ni même de la Direction technique nationale (DTN). »
Pour justifier cette défense, le dirigeant a insisté sur le fait que le drame découle de choix individuels pris lors du stage : « Ce n’est pas mon style de ne pas assumer mes responsabilités », a-t-il affirmé, précisant que « si je pensais que la FFR, la DTN ou moi-même avions la moindre responsabilité dans la disparition abominable de Medhi, j’assumerais (…). Sa disparition s’explique par des décisions prises sur place. » Il a également confié avec émotion : « Je pleure tous les jours les décisions absurdes et dramatiques qui ont été prises sur place. »
Sur les questions cruciales de la sécurité et de l’organisation du séjour, Florian Grill a renvoyé la balle à la Direction Technique Nationale et au ministère des Sports, soulignant qu’il ne disposait pas d’autorité sur ces aspects. « Depuis le drame de 2024, j’ai réclamé à l’État une convention que je n’ai toujours pas afin d’avoir des explications sur la notion d’autorité fonctionnelle. Je ne choisis pas les cadres de l’État, c’est le ministère des Sports qui les choisit et les paye », a-t-il expliqué.
Face aux questions précises concernant les mesures de sécurité comme les attestations de natation, la présence de maîtres-nageurs ou l’interdiction des baignades, il a botté en touche en répondant à plusieurs reprises : « Je ne sais pas », insistant sur le fait que « c’est la DTN » qui est responsable de ces validations.
L’émotion a été vive lorsque Florian Grill a abordé la gestion humaine du drame, un point de tension avec la famille Narjissi. Il a rappelé avoir « mis immédiatement en place une cellule de crise » dès l’annonce de la disparition. Il a souligné les efforts pour soutenir la famille : « Quand nous avons pris connaissance du drame, on espère encore retrouver Medhi. (…) Nous organisons le voyage de la famille Narjissi sur place. On les fait accompagner à nos frais par un ami de la famille. Je m’interroge sur l’opportunité d’y aller ou pas. »
Visiblement marqué, il s’est décrit comme « surinvesti » émotionnellement et a fondu en larmes devant la juge, comparant la situation à un accident personnel : « Ils étaient dévastés. Je l’étais aussi car j’ai failli perdre mon fils. » Tout en reconnaissant avoir commis des « maladresses » pour lesquelles il s’est excusé, il a justifié son absence lors de l’accueil de la famille par la volonté de ne pas « imposer [sa] présence ».
Malgré ces excuses, Florian Grill maintient sa ligne de défense : « Je ne reconnais aucun manquement de la FFR qui soit la cause de la disparition de Medhi. »
À noter que dans ce dossier, deux membres du staff encadrant, Robin Ladauge et Stéphane Cambos, sont également mis en examen.







