À Bordeaux, si les projecteurs se braquent souvent sur les trois-quarts Matthieu Jalibert, Damian Penaud ou Louis Bielle-Biarrey, Jefferson Poirot, pilier gauche de l’UBB, rappelle une vérité décisive à l’approche de la finale de Champions Cup contre le Leinster : « sans notre pack, l’équipe ne serait jamais allée aussi loin ».
Le pilier bordelais ne cache pas que les avants ont longtemps été sous-estimés, souffrant même de critiques acerbes. Dans un entretien accordé à L’Équipe, il confie : « Nous sommes très fiers de nos arrières. Il n’y a aucune jalousie. Le plus important est qu’ils aient conscience du boulot qu’on abat et qu’eux aussi soient fiers de nous. »
Retour sur les débuts difficiles sous l’ère Yannick Bru : « Devant, nous avions de vrais manques. Les statistiques étaient là. En touche, en mêlée, on était moins solides, ça nous faisait perdre des matches. On sentait qu’on était un poids pour nos trois-quarts. C’était difficile à vivre. » Un contraste saisissant avec la situation actuelle, où Poirot affirme sans détour : « Tu ne peux pas disputer quatre finales en trois ans si tes avants sont nuls. »
Le pilier n’hésite pas à mettre en lumière certains éléments clés de la première ligne bordelaise. À commencer par Maxime Lamothe, « le garant de notre territoire, de notre équipe. Il a grandi avec le club, sa progression aussi est incroyable, jusqu’à l’équipe de France cette saison. »
Puis Ben Tameifuna, devenu un véritable phénomène à Bordeaux : « Il est devenu le meilleur “impact-player” au monde. Dès qu’il entre, je me mets toujours à la place de nos adversaires. » L’image est évocatrice : « Tu t’es déjà coltiné Carlü Sadie pendant cinquante à soixante minutes et ensuite tu as “Big Ben” qui arrive et qui écrase tout le monde. Que ce soit en mêlée, en défense ou ballon en main, sur trente minutes, il fait souvent basculer le match presque à lui seul. J’aimerais avoir ce pouvoir ! En plus, c’est un mec qui rassure, qui rassemble. Le public lui rend bien, c’est devenu une légende pour les supporters. »
Poirot ne tarit pas non plus d’éloges sur Carlü Sadie, piliier droit en pleine métamorphose : « Pour revenir à Carlü Sadie, il est terrible sur les phases de conquête et de plus en plus actif dans le jeu grâce à un énorme boulot. Il a perdu près de quinze kilos ! En défense, il est monstrueux. En demi-finale, c’est 15 plaquages. Pour un pilier droit de 140 kg : respect ! »
Au-delà des performances individuelles, le Bordelais insiste surtout sur l’équilibre trouvé entre avants et trois-quarts : « Chacun a un rôle et sait exactement ce qu’on attend de lui sur le terrain. » Il valorise ce travail de l’ombre souvent méconnu : « Toutes ces tâches ingrates, comme un bon déblayage ou gratter un ballon, j’aime ça. »
Avec une pointe d’humour pour conclure, Poirot confie : « Mais je peux aussi vous assurer que lorsque Louis Bielle-Biarrey perce sur 50 mètres et va marquer, ça me permet de souffler un peu. » Une complicité entre avants et arrières qui pourrait bien faire la différence dimanche.







