Le Stade Toulousain dans la tourmente : une audition disciplinaire explosive ce mardi
Le Stade Toulousain doit comparaître ce mardi devant la commission de discipline du salary cap de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), accusé dans un dossier sensible mêlant contrats d’image, primes post-titre et dépassements présumés de masse salariale sur plusieurs saisons.
Quatorze mois après l’affaire Melvyn Jaminet, qui s’était soldée par une amende de 1,3 million d’euros acceptée lors d’une médiation, le club haut-garonnais se retrouve de nouveau sous la loupe de la Ligue. Cette fois, l’enjeu pourrait être bien plus lourd, avec à la clé une sanction record.
### Plusieurs saisons dans le collimateur
Le salary-cap manager reproche au Stade Toulousain plusieurs manquements sur les saisons 2021-2022, 2022-2023, 2023-2024 et même 2024-2025. Parmi les griefs : des manquements à l’obligation de transparence, des défauts de coopération et surtout des dépassements présumés du plafond de masse salariale sur trois exercices.
Le dossier porte notamment sur le contrat d’image liant Anthony Jelonch à la société aéroportuaire 3S-Alyzia, ainsi que sur l’affectation de certaines primes liées aux titres obtenus par le club. Contrairement à l’affaire Jaminet, celle-ci sera directement jugée par la commission de discipline spécialisée, sans passer par une médiation.
### Toulouse reconnaît des manquements
Le Stade Toulousain s’expose à un risque sérieux. Son avocat a déjà reconnu une partie des faits dans un document transmis au salary-cap manager, révélé par L’Équipe. Le club admet « ne pas avoir déclaré certains droits d’image liés à Anthony Jelonch ».
« Pour les saisons 2023-2024 et 2024-2025, le club reconnaît ne pas avoir procédé aux déclarations requises concernant les droits d’image perçus par le joueur Anthony Jelonch. Le club déplore cette omission. »
### Un document privé qui embarrasse
Au cœur du scandale, un acte sous-seing privé daté du 10 juin 2021, signé entre Didier Lacroix, président du Stade Toulousain, et Anthony Jelonch. Le dirigeant s’y engageait à trouver une ou plusieurs entreprises susceptibles d’assurer au troisième ligne un « revenu annuel net complémentaire », d’un montant total d’environ 170 000 euros.
Selon l’enquête, si ces recherches de partenaires échouaient, le club devait directement verser cette somme au joueur. Des échanges de mails datant de décembre 2021 entre Didier Lacroix, l’avocate de 3S-Alyzia et l’ancien agent de Jelonch viennent renforcer les soupçons, tout comme le paiement de 4 000 euros à l’agent du joueur pour son rôle d’intermédiation dans ce contrat.
### Une pratique potentiellement plus étendue
L’apparition de cet acte soulève une question majeure : de tels mécanismes ont-ils été utilisés pour d’autres joueurs ? Dans le dossier Jaminet, deux autres sous-seings privés avaient déjà été révélés, l’un de 48 000 euros, l’autre de 450 000 euros correspondant à une clause libératoire.
Interrogé, l’avocat du club, Me Cavalié, répond avec prudence : « Je vous répondrai avec plaisir lorsque vous m’aurez confirmé avoir posé la même question à tous les présidents de clubs du Top 14 ainsi qu’à tous les anciens présidents ayant dirigé la LNR depuis l’instauration du salary-cap, et communiqué leurs réponses. »
### Une sanction financière colossale en perspective
Si la réforme durcissant les sanctions sportives n’entrera en vigueur qu’à partir de la saison prochaine, Toulouse ne risque pas à court terme d’interdiction de phase finale, de rétrogradation ou de retrait de points. En revanche, une amende financière très lourde est envisagée.
L’avocat du club évoque lui-même une somme « environ 5 millions d’euros ». Le Stade Toulousain évitera également une interdiction de recrutement, cette peine complémentaire ne lui ayant pas été requise.
### Une récente réforme parlementaire défavorable au club
L’Assemblée nationale a récemment renforcé juridiquement les règles concernant les contrats d’image dans le sport professionnel, à travers un amendement adopté le 13 mai. Ce texte précise que les avantages financiers accordés indirectement aux joueurs via des partenaires ou structures liées au club peuvent être intégrés dans le calcul du salary cap — un argument qui fragilise clairement la défense toulousaine.
### Primes post-titre dans le viseur
La commission présidée par Jean-Pierre Karaquillo examinera également certaines primes versées après les succès du club. Le règlement prévoit qu’au-delà de 500 000 euros, ces versements doivent être inclus dans la masse salariale déclarée. Le salary-cap manager suspecte que certaines de ces primes pourraient en réalité constituer des rémunérations déguisées.
Sur ce point, Toulouse reste catégorique : « Tous ces manquements sont contestés, sans exception », affirme l’avocat du club.
### Didier Lacroix face à ses propres mots
L’affaire prend une dimension particulière au regard d’une déclaration récente de Didier Lacroix, adressée aux présidents de Top 14 et de Pro D2, le 27 mars dernier. Le président toulousain y soulignait l’importance d’une « totale sincérité dans le système déclaratif du salary cap ».
« Le règlement salary-cap se doit de reposer sur un volet déclaratif, c’est une évidence. Et son efficacité implique un devoir de sincérité de la part des clubs, c’est une seconde évidence. »
Ces mots résonnent aujourd’hui avec une acuité toute particulière, à quelques heures d’une audition capitale pour le club rouge et noir.







