Le Rugby Club Cubzagais au cœur d’une tempête médiatique
Le Rugby Club Cubzagais traverse une crise majeure à l’approche de la fin de saison. Quelques semaines seulement après la condamnation d’un ancien entraîneur des cadettes pour corruption de mineur, la polémique ne cesse de grandir au sein du club girondin. Plusieurs joueuses, parents et anciens éducateurs expriment désormais leur mécontentement face à la gestion interne de cette affaire.
Une condamnation judiciaire lourde
Fin mai, le tribunal de Libourne a prononcé une peine de douze mois de prison avec sursis à l’encontre d’un ancien entraîneur de l’équipe féminine cadettes de Saint-André-de-Cubzac. Les faits, remontant à la fin 2023, concernent des messages à caractère sexuel envoyés à des joueuses mineures.
« En décembre, il y a des filles de mon équipe qui ont parlé comme quoi elles avaient reçu des messages inappropriés à caractère sexuel », témoigne Pauline, ancienne joueuse du club. Parmi ces messages, l’un d’eux avait été particulièrement choquant : « Si tu veux me faire peur, j’ai très peur des strings et des seins ». Cinq joueuses ont déposé plainte et ont courageusement soutenu l’action judiciaire ensemble. Le tribunal a également interdit à l’accusé toute activité auprès de mineurs pendant cinq ans.
Des critiques acerbes sur la gestion du dossier
Si la condamnation est claire, c’est la manière dont le club a géré la situation qui suscite aujourd’hui de vives critiques. Jean-Claude, père d’une des victimes, dénonce un clanisme manifeste : « La personne incriminée n’est autre que le fils du président. Je pense qu’ils ont voulu faire taire les personnes, le coach lanceur d’alerte qui a été viré et les cadettes aussi parce qu’arrivées en phase finale, le bureau actuel leur a interdit l’accès au terrain pour s’entraîner. »
L’ancien éducateur devenu lanceur d’alerte confirme cette version : « Je me suis battu pour que le club se porte partie civile, ce qu’il a refusé de faire. Je me suis battu pour qu’il communique auprès de la mairie, ce qu’il a refusé de faire. » Il dénonce en outre un climat d’ostracisme après avoir soulevé les dysfonctionnements : « En parallèle, les langues se sont déliées sur les comportements du coach, fils du président, et on a tous appris des choses qui nous ont profondément choqués… Dès que j’ai questionné sur ces sujets-là, j’ai été ostracisé. »
Selon lui, ce harcèlement administratif est directement lié à sa prise de position : « Le jour de la condamnation du mis en cause, eh bien, j’ai été limogé le soir même. Ma radiation, c’est en réponse à ce courrier. C’est le principe de l’omerta. Et derrière, les filles sont elles-mêmes punies puisqu’elles n’ont plus le droit de s’entraîner. »
Une banderole de soutien censurée
La tension est montée d’un cran lors des finales Terroir tenues à Saint-André-de-Cubzac le 31 mai. Plusieurs joueuses avaient prévu de déployer une banderole pour soutenir les cadettes du RCC. « On a profité de l’événement pour pouvoir faire parler de notre histoire », expliquent-elles, avec l’objectif de sensibiliser les autres clubs présents : « On a contacté tous les clubs qui participaient et on leur a demandé s’ils voulaient bien poser avec la banderole sur laquelle était inscrit “Soutien aux cadettes du RCC” afin de la relayer largement sur les réseaux sociaux. »
Cette initiative a toutefois été fermement empêchée par les dirigeants du club : « Les dirigeants du club de rugby de Saint-André-de-Cubzac ont été mis au courant de notre action, et ils nous ont prévenus que si jamais la banderole rentrait dans l’enceinte du club, ils appelleraient les gendarmes. Ils ont donc appelé les gendarmes alors que la banderole n’était pas encore dedans et on a été fouillées. »
Le président du club contre-attaque
Face aux accusations, Stéphane David, président du Rugby Club Cubzagais, rejette en bloc les critiques contre son bureau : « Aujourd’hui, les gens qui poussent ces jeunes filles, parce qu’il ne faut pas croire qu’il n’y a pas d’adultes derrière tout ça, aujourd’hui, c’est du sang que ces gens veulent voir. » Il poursuit en dénonçant une volonté malsaine de tirer profit du drame : « Je pense même que si le malheur se répandait autour des familles, ils seraient presque heureux du malheur des autres. »
Une affaire suivie au plus haut niveau
Cette affaire sensible attire désormais l’attention des instances régionales et nationales du rugby. Florian Mercader, élu à la Ligue Nouvelle-Aquitaine chargé du rugby féminin, confirme un suivi attentif : « L’affaire est bien suivie par la Ligue et la Fédération. Nous ne souhaitons pas communiquer davantage. »
Entre drame personnel, conflits internes et polémiques publiques, le Rugby Club Cubzagais vit une crise profonde qui secoue tout le rugby amateur girondin.







