Ce samedi soir, Gaël Fickou disputera probablement l’un des matchs les plus particuliers de sa carrière. Sur la pelouse de Paris La Défense Arena, face au Stade Toulousain, le trois-quarts centre du Racing 92 jouera son dernier match de saison régulière sous les couleurs franciliennes avant de rejoindre, dès cet été, le Rugby Club Toulonnais.
Ce retour aux sources est chargé de symboles pour le joueur de 32 ans, formé dans le Var, mais qui n’a pourtant jamais porté le maillot toulonnais au niveau professionnel.
### Une page qui se tourne au Racing
Avant de penser à Toulon, Gaël Fickou a une ultime mission à accomplir avec le Racing 92. Les Franciliens luttent pour se qualifier pour la phase finale du Top 14, face à un Stade Toulousain déjà assuré de figurer dans le dernier carré. L’international français pourrait ainsi prolonger son aventure de quelques semaines encore et tenter d’aller chercher ce titre qui lui échappe toujours.
Malgré une carrière d’exception, l’ancien joueur de Toulouse, du Stade Français puis du Racing n’a jamais remporté ni le Top 14 ni la Coupe d’Europe. À ce sujet, Fickou s’est récemment montré philosophe :
« Il y en a qui ont attendu jusqu’à la fin de leur carrière pour gagner un titre. C’est la vie. Il y en a plein qui ont la chance de gagner plus tôt. C’est une chance pour eux, moi j’attends mon tour. »
### Le XV de France s’éloigne
Ce retour à Toulon arrive à un moment clé de sa carrière. Avec 98 sélections sous le maillot du XV de France, trois Coupes du monde disputées et treize Tournois des Six Nations à son actif, Gaël Fickou fait partie des joueurs les plus capés de l’histoire récente des Bleus. Pourtant, son avenir international semble désormais incertain.
Éric Blanc, ancien joueur et président du Racing, souligne dans *Le Parisien* l’impact de cette réalité dans la décision de Fickou :
« Gaël est fatigué. C’est dur pour lui. Il est usé mentalement aussi. Depuis un ou deux ans, il n’est plus le même au Racing, il ne joue plus autant. Il sent qu’il sera compliqué pour lui de participer à la prochaine Coupe du monde (du 1er octobre au 13 novembre 2027 en Australie). Il n’a pas été retenu lors du dernier Tournoi des Six Nations. La messe est dite. Revenir à Toulon, revêtir un maillot qu’il n’a jamais porté chez les pros, c’est boucler la boucle d’une carrière fantastique. »
### Un retour qui dépasse le rugby
Si l’aspect sportif a évidemment pesé dans sa décision, ceux qui connaissent bien Gaël Fickou insistent sur la dimension affective de ce choix. Un proche explique :
« Gaël n’en est plus là. Il voit que son temps de jeu diminue au Racing. Il veut essayer de retrouver un peu plus d’exposition, donner tout ce qu’il peut pour ne pas avoir de regrets. Mais il y a aussi un côté affectif dans son retour à Toulon. C’est le petit supplément qu’il cherche. »
Très attaché à sa région natale, le centre n’a jamais coupé le lien avec le Var et sa ville d’enfance, La Seyne-sur-Mer. À l’approche de la Coupe du monde 2023, il soulignait déjà l’importance de cet équilibre personnel :
« Je suis arrivé très jeune en équipe de France, à 18 ans. J’ai été exposé très tôt et j’ai toujours eu besoin de retourner chez moi, auprès de ma famille, quand mon emploi du temps me le permettait. »
### Un joueur marqué par les années
Pour Éric Blanc, il ne faut pas se fier qu’à l’âge affiché sur la carte d’identité :
« On ne se rend pas compte de ce que cela représente car il n’a que 32 ans, mais rugbystiquement il est beaucoup plus vieux. Quand on sait qu’un joueur non international dispute environ 25 matchs par an, ses 98 sélections avec le XV de France lui ajoutent facilement quatre années de rugby… C’est lourd. »
L’ancien dirigeant francilien reste toutefois confiant dans la capacité de Fickou à rester performant grâce à son expérience :
« À son âge, Gaël ne sera plus jamais aussi bon qu’il a été mais il va miser sur son expertise, sur son expérience. Il ne sera jamais mauvais non plus. Et il jouera devant sa famille et ses amis. »
Après quatorze années passées loin de son club formateur, Gaël Fickou s’apprête donc à retrouver ses racines, dans un choix qui oscille entre défi sportif et décision de cœur.







