Dimanche soir à Aix-en-Provence, Benjamín Urdapilleta disputera le dernier match de sa carrière, cette fois pour de bon. Un an après avoir envisagé de raccrocher à Clermont, l’ouvreur argentin de l’USAP se retrouve à nouveau au cœur d’un rendez-vous crucial : maintenir Perpignan dans l’élite lors de l’access-match face à Provence Rugby.
Un défi qu’il avait anticipé en acceptant de sortir de sa retraite pour rejoindre l’USAP. « Quand j’ai signé ici, je savais déjà qu’on allait probablement jouer cet access-match. Je m’étais déjà préparé pour jouer ce match. Et comme je l’avais dit, c’est pour ça que j’ai signé ici. J’aime les challenges et ça en est un bon. Finir sur un match comme ça, avec cette pression, avec tout ce peuple catalan… C’est bien de finir avec un match aussi important dans ma carrière. Mais le plus important, c’est le résultat », confiait-il à L’Indépendant. En treize rencontres cette saison, il a déjà marqué 101 points, apportant son expérience à un groupe habitué à la lutte pour sa survie.
Au-delà du maintien, un record historique est à portée de main pour Urdapilleta. Avec 2 611 points inscrits en première division française, il n’est plus qu’à deux unités du record absolu détenu par Romain Teulet. Une performance à laquelle il peine encore à croire : « C’est un truc que je ne réalise pas. Se dire peut-être que je vais être le recordman de points de l’ère professionnelle en France. Je n’avais jamais imaginé ça quand je suis arrivé en France ! Jouer en Top 14, c’était juste un rêve pour moi… Jouer contre les meilleurs joueurs du monde, c’était mon seul objectif. » Il ajoute encore, stupéfait : « Quand je vois aussi que je suis dans les recordmen de matches en Top 14… Je ne réalise pas que c’est moi, Benjamín Urdapilleta, qui suis en train de faire ça. »
Malgré son immense expérience, l’émotion est palpable à l’approche de ce dernier rendez-vous. « Si je dis non, je meurs (rires). Bien sûr que je me stresse avant ces matches. Je me stresse tout le temps ! Mais, pour moi, c’est du bon stress. Si tu ne stresses pas, tu ne joues pas à 100 %. » Conscient que certains coéquipiers pourraient céder à la pression, il entend aussi jouer un rôle de pilier mental : « Je vais bien sûr donner mon expérience et veiller à ce que l’équipe soit tranquille. Parce que dans ces moments-là, il y a des mecs qui stressent un peu plus, qui commencent à parler un peu plus que d’habitude, qui commencent à stresser tout le monde… Donc je vais être là pour aider ces mecs-là à être plus tranquilles. »
Cette fois, aucune seconde chance n’est possible. « L’année dernière avec Clermont, nous étions en barrage donc je n’avais pas la certitude que c’était mon dernier match. Là, c’est sûr que ça va être le dernier. Cette fois, je le sais. » Entouré de sa famille – ses parents, sa femme et ses enfants – il souhaite vivre pleinement cet instant chargé d’émotion : « Ça va être un moment avec beaucoup d’émotions pour moi, et il y aura ma famille, mes parents, ma femme, mes enfants… » Et il rêve déjà d’un dénouement exceptionnel : « Vous imaginez ? Ça peut être : maintien, record, devant ma famille, le dernier match de toute ma carrière. Ça peut être une fin de carrière digne d’un film ! Ça peut être incroyable et j’espère que ça va se passer comme ça. »
Quelle que soit l’issue, l’histoire s’arrêtera là pour le mythique ouvreur argentin. Après plus de quinze ans passés dans le rugby français, Benjamín Urdapilleta retournera en Argentine pour retrouver ses proches. « Je veux profiter de ma famille, de mes amis, de l’Argentine… Je suis très famille, et mes enfants, ainsi que ma femme, m’ont beaucoup manqué. » Il compte aussi prendre le temps pour lui, en pratiquant d’autres passions : « Je vais prendre le temps pour faire des choses qui me plaisent. Du golf, du tennis, du foot, du padel… Je veux profiter de tout ça aussi ! »
Dimanche soir, l’USAP jouera son maintien, mais pour Urdapilleta, ce sera surtout la dernière page d’une carrière exceptionnelle.







