Le débat sur le salary-cap en rugby français fait toujours rage. Malik Hamadache, président de Provale, a récemment plaidé pour l’instauration d’un « marquee player », un dispositif permettant à chaque club d’exclure un joueur du calcul de sa masse salariale. Une idée qui ne séduit pas Yann Roubert, président de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), qui s’est expliqué sur son opposition.
Yann Roubert rappelle que ce sujet a déjà été débattu en profondeur par les présidents de clubs. Dans une interview accordée à L’Équipe, il souligne : « Ce sujet n’est pas nouveau. Il est encore entré dans les débats cet automne mais il avait assez vite été évacué et refusé par les présidents. Le marquee player existe à l’étranger. Mais est-ce que ça rend le Championnat d’Angleterre meilleur que les autres ? Je ne suis pas sûr qu’eux-mêmes en soient si convaincus. Chez nous, beaucoup jugent que ce n’est pas dans l’esprit du rugby. »
Le président de la LNR assume toutefois un changement de position. « Oui, effectivement, je l’avais envisagé il y a une dizaine d’années. J’avais sans doute l’espoir de recruter Beauden Barrett, et que mes actionnaires soient aussi disposés à une telle perspective », confie-t-il, se souvenant de son époque à la tête du LOU Rugby.
Mais c’est l’influence de plusieurs figures historiques du rugby français qui l’a fait changer d’avis. « Éric de Cromières, comme d’ailleurs Laurent Marti, était fondamentalement opposé à ce principe du marquee player. Il m’avait convaincu, à une époque où on craignait un risque de triche, en disant : “Tu peux payer 2 millions d’euros un joueur qui en redonnera 500 000 à un autre. C’est très dur à contrôler et à réguler.” Il y a aussi un problème d’équité entre les joueurs », détaille Yann Roubert.
Pour lui, ce dispositif ne concernerait en réalité qu’une poignée de joueurs. « Là où Malik a raison, c’est que les différences de salaires sont déjà connues dans les vestiaires. Est-ce que cela mérite pour autant une telle évolution pour seulement cinq à dix joueurs ? Je n’en suis pas si sûr. Ça doit être tranché de manière collective pour le bien de l’ensemble du rugby professionnel. »
Le président de la LNR affirme par ailleurs que le Top 14 n’a pas besoin de ce système pour attirer les stars, soulignant la vigueur du championnat français. « Je ne sais pas si on est le meilleur Championnat du monde mais on est de très loin celui qui attire le plus de monde dans les stades, le plus de téléspectateurs, le plus de sponsors, le plus de revenus et qui distribue le plus à ses clubs et à ses joueurs en termes de masse salariale. »
Selon lui, l’arrivée de quelques stars supplémentaires ne justifie pas un changement fondamental. « A-t-on vraiment besoin d’un changement de système pour que trois, quatre ou cinq stars de plus viennent en Top 14 plutôt qu’au Japon ou en Angleterre ? Je me réjouis que les stars soient françaises et que les Real Madrid, Barcelone, Arsenal, Manchester City, le Bayern Munich ou le PSG du rugby soient quasiment tous en Top 14. »
Yann Roubert défend aussi le principe de solidarité qui sous-tend le système actuel. « Les meilleurs joueurs ont déjà les moyens de gagner beaucoup d’argent parce qu’ils ont accès à toutes les entreprises qui ne sont pas parties liées de leur club. »
Il insiste surtout sur le rôle protecteur du salary-cap pour l’ensemble du rugby professionnel français. « Effectivement, certains pourraient prétendre à plus s’ils évoluaient dans un autre sport ou avec un autre système. Mais ce principe de solidarité est prépondérant car il permet de faire vivre un écosystème de 2 000 joueurs. »
Pour conclure, Yann Roubert rappelle l’importance de privilégier l’intérêt collectif. « On parle de joueurs qui gagnent déjà beaucoup d’argent. Et c’est tant mieux parce qu’ils le méritent. Merci à eux d’être solidaires. Le salary-cap est contraignant pour certains mais chacun doit être conscient de l’intérêt général. »






