À l’approche de la demi-finale de Top 14, le Stade Toulousain se réinvente avec l’émergence de deux nouveaux leaders. Alors qu’Antoine Dupont, fragilisé par une saison difficile et une blessure aux adducteurs, est invité par le staff à se recentrer sur son jeu, Jack Willis et Romain Ntamack prennent peu à peu les rênes du collectif rouge et noir.
Cette évolution s’inscrit dans la philosophie d’Ugo Mola, qui refuse de voir son équipe dépendre d’un seul capitaine.
**Jack Willis, un leadership incontestable**
Depuis plusieurs mois, le troisième ligne anglais est devenu une figure centrale du vestiaire toulousain. En novembre dernier déjà, Ugo Mola exprimait son admiration : « Aujourd’hui, j’ai un leader dans mon effectif qui supplante un peu tous les autres, juste par l’exemple qu’il provoque. C’est un joueur arrivé d’Angleterre et c’est le seul non international, parce qu’il a effectué ce choix, à faire l’unanimité auprès de tous les autres gros joueurs. »
Cette saison, Willis a dépassé son simple statut de cadre. Lorsque Dupont a été déchargé partiellement de ses responsabilités pour se concentrer sur ses performances, le flambeau a naturellement été transmis à l’Anglais. Virgile Lacombe expliquait la démarche : « C’était pour qu’Antoine se concentre davantage sur son jeu. Jack a la faculté à faire le lien entre les joueurs qu’on a eus pendant la période de doublons et les internationaux qui ont ensuite fait leur retour. Il a été là toute la saison et on trouvait judicieux de lui donner cette responsabilité. »
Au-delà du brassard, c’est surtout l’impact quotidien de Willis qui séduit ses coéquipiers. François Cros témoigne avec admiration : « Jack Willis, c’est un leader d’énergie, de vie, parce que c’est un boute-en-train. Il arrive toujours avec le sourire, à faire plein de blagues. C’est un mec drôle, avec qui les autres aiment passer du temps. Le voir au quotidien, c’est un pur bonheur. »
Mais sur le terrain, l’ambiance change radicalement. Selon le troisième ligne international : « Sur le terrain, c’est lui qui nous guide dans le combat. Il a toujours cette agressivité, cette rage d’avancer, de dominer, de récupérer des ballons. Ça fait du bien d’avoir un joueur pareil à côté. C’est un moteur, un exemple, et il faut qu’on se mette à son niveau. »
**Romain Ntamack, un retour en force**
L’autre leader affirmé de Toulouse cette fin de saison est Romain Ntamack. L’an passé, l’ouvreur avait connu une période compliquée, gêné par un genou douloureux et les séquelles de ses blessures. Il confiait alors : « Au vu de mes capacités, je ne me sentais pas la légitimité de parler, de dire ce que j’avais envie de dire alors que je n’avais pas la faculté de faire ce que je voulais. Je n’étais pas à 100 %, mes matchs n’étaient pas aboutis. »
Malgré une nouvelle blessure au rein cette saison, Ntamack a retrouvé toutes ses sensations depuis son retour. Son leadership ne porte pas les mêmes traits que celui de Willis : plus discret, moins expansif, il s’exprime à travers ses performances. Son père Émile Ntamack le décrit ainsi : « Romain n’a jamais été un leader de parole. Il l’est par les actes, la manière et la justesse dans la conduite du jeu, ce qui en fait un leader naturel de stratégie. »
François Cros confirme cet état d’esprit : « Il parle davantage dans le vestiaire, est beaucoup plus meneur. C’est parce qu’il se sent mieux, qu’il a retrouvé confiance en lui et en son corps. Il est en pleine possession de ses moyens et ça se ressent aussi sur ses performances. » Puis il conclut : « Romain, quand il est bon sur le terrain, c’est bénéfique pour toute l’équipe. »
À quelques jours du choc face au Racing 92, Toulouse peut compter sur le retour d’Antoine Dupont. Mais les Rouge et Noir savent surtout qu’ils disposent désormais de deux nouveaux patrons capables de porter l’équipe dans les instants décisifs.







