Longtemps réputé pour son rugby offensif et spectaculaire, le Racing 92 a profondément changé de visage cette saison. Ce tournant s’explique en grande partie par l’influence de Joe Rokocoko, ancien ailier des All Blacks, qui a contribué à forger une nouvelle identité défensive au sein du club francilien.
Pour le technicien néo-zélandais, tout a commencé par un constat simple réalisé lors de l’intersaison. Il confie à Midi Olympique : « À l’intersaison, nous avons voulu changer l’état d’esprit de l’équipe. La première question que nous avons posée aux recrues fut celle-ci : « Que représente le Racing à vos yeux ? » Ils ont parlé de flair, de contre-attaque, de privilèges, d’argent, d’infrastructures, de stars mais jamais de défense. »
Face à cette perception, le staff a adopté une nouvelle ligne directrice : « Dès lors, nous avons tout fait pour changer l’opinion que les autres avaient de nous et devenir une équipe de gros plaqueurs, pas juste un empilement d’internationaux. »
Au cœur de ce projet se trouvent les joueurs du Pacifique, dont la culture du combat est une véritable valeur ajoutée aux yeux de Rokocoko. « Les Polynésiens ont l’agressivité dans le sang. C’est le côté tribal, ancestral. Ils aiment repousser l’assaillant et défendre fort. Très fort, même. Mon job, c’est donc aussi de contrôler leur impact en défense. »
Parmi ces guerriers, Joey Manu symbolise cette transformation ambitieuse. « Joey a mis du temps avant d’assimiler le système de défense collective du rugby à XV. À XIII, il mettait vingt plaquages par match au minimum : vingt plaquages appuyés, terribles, le plus haut possible afin de possiblement sortir l’adversaire du terrain. » Aujourd’hui, Manu a franchi un cap majeur : « Il a désormais appris à ne pas forcer le moment du gros plaquage mais à le choisir. Et croyez-moi : le Top 14 n’a vu que 60 % de ce qu’est capable de faire Joey Manu. »
Autre pièce maîtresse de cette métamorphose, Vinaya Habosi a lui aussi évolué. Repositionné au centre par Patrice Collazo, le Fidjien est devenu un pilier du Racing, avec un rôle que Rokocoko a largement soutenu. « Lorsque Patrice a décidé à juste titre de replacer Vinaya au centre, je l’ai beaucoup accompagné. Tu as la vitesse d’un ailier et la force d’un numéro 8. Tu peux devenir le meilleur défenseur de l’équipe si tu restes connecté aux autres ! »
Les résultats ont rapidement été au rendez-vous : « Il y a encore quelques mois, beaucoup de gens pensaient qu’il n’était pas assez intelligent pour évoluer au centre. Sa réussite actuelle montre tout le chemin qu’il a parcouru. Pour moi, il est devenu l’un des meilleurs centres d’Europe : il plaque, perce, passe les bras, déblaye et donne une énergie incroyable au Racing. »
Enfin, Rokocoko souligne la progression en leadership de Josua Tuisova, devenu cadre incontournable du vestiaire. « Ces derniers mois, il a beaucoup travaillé sur lui pour devenir un leader du groupe. » Pour renforcer sa confiance, il n’hésite pas à lui rappeler ses réussites : « Josh est très timide et quand il doute de sa légitimité, je lui dis : « Qui est le seul joueur de ce groupe à avoir gagné une médaille olympique ? » » Selon Rokocoko, le potentiel du puissant trois-quarts est immense : « Il est à mes yeux un géant et s’il arrive, comme Ma’a Nonu en son temps, à se servir un jour de son pied droit, il n’aura plus aucun équivalent. »
À l’heure d’affronter le Stade Toulousain en demi-finale du Top 14, le Racing 92 avance avec une identité nouvelle, bien éloignée de l’image qui lui collait à la peau. Cette évolution, grâce à l’impulsion de Joe Rokocoko, pourrait bien faire basculer le club dans une nouvelle ère.







