Quinze ans après avoir disputé la seule finale de Top 14 de son histoire face au Stade Toulousain, François Trinh-Duc observe un parallèle saisissant entre la génération actuelle du Montpellier Hérault Rugby (MHR) et celle qu’il incarnait en 2011. Pour l’ancien ouvreur international, le renouveau du club ne se mesure pas uniquement aux résultats, mais surtout à une identité retrouvée.
À la veille de la finale programmée ce samedi au Stade de France, Trinh-Duc met en lumière la reconstruction du MHR, fondée sur un retour aux sources et une cohésion d’équipe profondément ancrée. « Le retour aux sources, tout ce qui est identitaire, j’y crois vachement », affirme-t-il. Il souligne l’importance d’un groupe soudé, constitué en grande partie de joueurs formés au club et liés par une longue histoire commune. « C’est une histoire de joueurs, effectivement. Avec « Fufu » (Ouedraogo), on se connaît depuis l’âge de 6 ans. Les autres avaient tous fait le centre de formation de Montpellier, depuis les Crabos jusqu’à l’équipe première, pour vivre cette épopée. Aujourd’hui, dans un contexte difficile, le retour aux sources, tout ce qui est identitaire, j’y crois vachement. Je ne parle pas seulement des gens du cru, mais aussi de ceux qui viennent d’horizons différents pour le maillot, pour la région, pour avoir envie d’écrire l’histoire de ce club. »
Selon lui, cette identité doit devenir le pilier du projet montpelliérain. « Il y a eu énormément de changements, ça a été les montagnes russes sur pas mal de sujets. De parvenir à se hisser de nouveau en finale, il faut maintenant capitaliser sur cette identité locale, sur ces jeunes qui poussent et les leaders qui se sont affirmés toute l’année. Il faut rappeler que le début de saison a été complexe, personne n’aurait alors mis une pièce sur eux. Ils se sont construits dans l’adversité. Aujourd’hui, ils sont récompensés et payés. »
Le récit de cette progression lui évoque inévitablement l’aventure humaine qu’il a vécue avec sa génération. En 2011, Montpellier avait créé la surprise en accédant à la finale du championnat, portée par une bande d’amis grandis ensemble. « 2011, c’est d’abord l’apothéose en demie, au Vélodrome de Marseille, avec un stade acquis à notre cause et des drapeaux montpelliérains de partout. On a vécu notre parcours comme une épopée, une aventure avec une bande de potes qui a grandi ensemble dans ce club et, avec l’apport d’un Fabien Galthié, d’un Éric Béchu, on a réussi à se hisser en finale. C’était une année exceptionnelle parce qu’on était content de jouer ensemble, avec des résultats incroyables. Il y avait chaque semaine ce plaisir de prolonger l’aventure humaine. On ne voulait pas se quitter ni partir en vacances séparément… J’en garde des amitiés et des souvenirs forts. »
Cette finale perdue face au Stade Toulousain reste cependant une déception amère. « Ça aurait couronné une année exceptionnelle. C’est vrai qu’on meurt à quelques points mais on a beaucoup appris à cette époque-là. Il y a des regrets de ne pas avoir gagné parce qu’on était plein d’énergie et de confiance. Mais on est tombé sur une équipe de Toulouse à l’expérience, habituée aux phases finales et, surtout, aux finales. »
À l’approche de l’ultime confrontation, Trinh-Duc rappelle que la seule rage ne suffira pas à faire basculer le match. « La rage est un levier de motivation. Quand tu sais ce qu’ils ont vécu, par tous les déboires où ils sont passés il y a deux ans avec l’access-match, ça renforce les liens. Une certaine forme d’humilité s’est installée spontanément, avec une immense motivation. Sauf qu’une finale, malheureusement ou heureusement, ça ne se joue pas qu’à la motivation. Il faudra d’autres ingrédients. Mais je pense justement que d’avoir vécu et surmonté tout ça a permis de connaître le vrai visage des uns des autres, ce qui permet aujourd’hui de jouer plus libéré, en prenant du plaisir dans un jeu qui leur correspond. »
Selon lui, la finale entre Montpellier et le Stade Toulousain sera bien plus qu’une simple opposition de style. « Entre le beau jeu et le jeu pragmatique, celui qui a raison, c’est celui qui gagnera. Montpellier a des bases très solides en défense et en conquête, c’est très important parce que le Stade Toulousain est capable d’allumer le feu et d’avoir des facteurs X à tous les coins du terrain. Il va falloir rester confiants, unis, ça va être une belle finale. Certes il y a une opposition de style, mais aussi d’autres choses à faire valoir des deux côtés, aussi bien sur le côté stratégique, émotionnel, énergétique. »
L’ex-international conclut en soulignant que l’issue d’une finale se joue souvent sur des détails infimes. « Ça se joue tellement à un détail… En demi-finale, quand l’essai est refusé au Stade Français, ça ne tourne pas à grand-chose, la physionomie du match aurait pu changer. Donc il peut y avoir des faits de match, un placage sanctionné sur vidéo, une bonne pénalité, un drop, un carton. Ça va se jouer à pas grand-chose, les joueurs en sont conscients. »
Pour François Trinh-Duc, cette finale est aussi une occasion en or de confirmer la renaissance du Montpellier Hérault Rugby. « C’est toujours compliqué d’enlever une étiquette à un club. Mais aujourd’hui, ça évolue dans le bon sens, avec une formation qui commence à porter ses fruits, avec des Crabos champions de France, des cadets qui l’ont été il y a un an… Voilà, ça met beaucoup de temps, c’est un travail de sape, petit à petit le club se reconstruit. Ce qui incarne le mieux Montpellier, ce sont ses résultats. Un club sportif est suivi, on s’attache à son identité quand les résultats sont là. »







