
Pendant plus de vingt ans, Matthieu Lartot a raconté les exploits du XV de France et les plus grands rendez-vous du rugby mondial. Cette fois, c’est de son propre combat dont il parle. Dans le documentaire Ce qui nous tient debout, le journaliste de France Télévisions revient avec une sincérité rare sur les deux cancers qui ont bouleversé sa vie, jusqu’à l’amputation de sa jambe en 2023.
Le documentaire retrace un parcours marqué par le rugby depuis l’enfance. Fils et frère de rugbymen, Matthieu Lartot explique que le ballon ovale occupait déjà une place centrale dans sa vie. Puis tout bascule en septembre 1997, lorsqu’une tumeur est détectée à son genou alors qu’il n’a que 17 ans.
Un premier cancer qui bouleverse toute une famille
Pour Midi Olympique, le journaliste revient sur le choc de cette annonce, qui a marqué durablement ses proches.
« Pour la première fois, je vois mes parents qui s’écroulent. Face au docteur, j’étais là sans être là. Je n’avais pas conscience de la gravité de la chose. J’étais juste focalisé sur la fin du rugby. Devant moi, c’était le vide. »
Sa mère Patricia raconte également cette période particulièrement difficile, expliquant que toute la famille a dû apprendre à vivre avec le vocabulaire des examens médicaux et des traitements.
Après l’opération et la pose d’une prothèse au genou, Matthieu Lartot parvient pourtant à reconstruire sa vie. Quelques années plus tard, il intègre la rédaction de Stade 2.
Il décrit cette période comme une véritable renaissance.
« Six mois plus tôt, j’étais encore alité. Ce métier, ce fut une renaissance : j’avais enfin accès au monde que j’aimais, à ceux et celles qui me faisaient rêver. »
La récidive qui change tout
Vingt-six ans plus tard, les médecins découvrent une nouvelle tumeur, beaucoup plus agressive que la première.
Le journaliste raconte ce moment où il comprend que l’amputation devient inévitable.
« C’est un cancer quatre fois plus gros que le premier. Grade 3, le dernier grade avant d’être inéluctable. Pour survivre, il fallait amputer. Là, je me suis dit : ‘On est reparti dans le tunnel.’ J’étais vulnérable. J’ai pensé à la mort. »
Au-delà de la maladie, une autre épreuve l’attend : annoncer cette nouvelle à ses deux enfants.
Il reconnaît ne pas avoir trouvé les mots.
« Ce jour-là, mon épouse Magalie leur a parlé parce que moi, je n’avais pas les mots. »
Cette fois, impossible également de cacher son état de santé. Personnalité publique, Matthieu Lartot décide d’annoncer lui-même son retrait temporaire de l’antenne sur les réseaux sociaux.
Le soutien reçu dépasse toutes ses attentes.
« J’ai été submergé d’amour. Ça m’a donné une énergie folle. »
Son incroyable retour pour la Coupe du monde
Le 16 juin 2023, Matthieu Lartot est amputé de la jambe.
Avec le recul, il explique avoir vécu cette opération comme une délivrance.
« L’amputation fut une libération. Dans ma tête, je me débarrassais physiquement du mal. »
Il se fixe alors un objectif fou : être présent au Stade de France le 8 septembre pour le match d’ouverture de la Coupe du monde entre la France et la Nouvelle-Zélande.
Après deux mois de rééducation intensive, il atteint son objectif.
L’émotion ressentie ce soir-là reste gravée dans sa mémoire.
« Ce soir-là, j’étais accompagné de mon père et j’ai mis une heure à rejoindre ma place en tribunes. Les gens me prenaient dans les bras, me touchaient, me parlaient. J’avais l’impression d’être Mick Jagger. »
Deux jours plus tard seulement, il retrouvait déjà le micro pour commenter la rencontre entre l’Écosse et l’Afrique du Sud.
Aujourd’hui, Matthieu Lartot n’est pas encore totalement sorti d’affaire. Tous les trois mois, les examens reviennent avec leur lot d’attente et d’inquiétude.
Il conclut avec beaucoup de lucidité.
« Chaque fois, c’est la même angoisse. L’épée de Damoclès reste au-dessus de ma tête. Mais pour l’instant, ça va. »







