
Tout semble réglé. Le joueur a donné son accord, les clubs se sont entendus, le contrat est prêt à être signé. Pourtant, certains transferts s’écroulent dans les dernières heures. La raison ? Une visite médicale défavorable.
Souvent perçue comme une simple formalité, cette étape est en réalité l’une des plus importantes d’un recrutement. Chaque été, des dizaines de joueurs s’y soumettent dans la plus grande discrétion. La plupart repartent avec le feu vert. D’autres voient leur avenir basculer en l’espace de quelques heures.
Midi Olympique dévoile les visites médicales qui ont fait capoter un transfert.
Une demi-journée d’examens qui peut décider d’un transfert
Avant d’engager parfois plusieurs centaines de milliers d’euros sur un joueur, les clubs veulent éliminer le moindre risque.
La visite médicale commence généralement par un entretien détaillé retraçant toute la carrière du joueur. Chaque blessure est étudiée : rupture des ligaments croisés, luxation d’épaule, commotions cérébrales ou opérations passées.
Les examens s’enchaînent ensuite : contrôle du poids, de la composition corporelle, de la tension artérielle, auscultation cardiaque et pulmonaire, stabilité des articulations, mobilité de la colonne vertébrale — un point particulièrement surveillé chez les premières lignes.
Les médecins analysent également les IRM, radiographies et échographies déjà réalisées. Un électrocardiogramme, une échographie cardiaque, parfois un test d’effort, ainsi qu’une prise de sang complètent le bilan afin de détecter d’éventuelles anomalies.
Dans certains clubs, les recrues passent même une première batterie de tests physiques : vitesse, force, détente, équilibre musculaire ou mesures GPS.
L’objectif ne consiste pas uniquement à déterminer si le joueur est apte à jouer immédiatement. Les médecins cherchent surtout à identifier des facteurs de risque susceptibles de compromettre les saisons à venir.
Le médecin ne décide pas toujours seul
Une fois tous les examens terminés, le médecin remet un rapport détaillé au club.
Mais son avis n’est pas toujours le dernier mot. Selon l’importance de l’investissement, les dirigeants et même l’assureur du club peuvent intervenir afin d’évaluer si le risque médical est compatible avec le contrat envisagé.
Lorsqu’une fragilité est détectée, tout ne s’arrête pas forcément.
Le transfert peut être renégocié avec un contrat plus court, des clauses liées au nombre de matches disputés ou encore une signature repoussée jusqu’au rétablissement complet du joueur.
Dans les cas les plus sensibles, en revanche, le recrutement est tout simplement abandonné.
Dan Carter, l’exemple le plus célèbre
Le cas le plus emblématique reste celui de Dan Carter.
En 2019, le Racing 92 pensait faire revenir la légende néo-zélandaise comme joker médical de Pat Lambie. Le retour semblait acté.
Mais lors de l’homologation de sa licence, les experts mandatés par la Ligue nationale de rugby ont rendu un avis défavorable.
Le Racing 92 avait alors expliqué les raisons de cette décision dans un communiqué.
« Dans le cadre des contrôles médicaux préalables à l’homologation des licences, le Racing 92 a transmis certains éléments médicaux à des experts désignés par la Ligue nationale de rugby. Leur avis est unanime : Dan Carter ne pourra pas pratiquer le rugby en France. »
Le double champion du monde ne reportera jamais le maillot ciel et blanc.
Des internationaux également recalés
Dan Carter est loin d’être un cas isolé.
Le Springbok Cornal Hendricks n’a jamais rejoint Toulon après une visite médicale défavorable. Leone Nakarawa a vu son arrivée à l’Ulster échouer, tandis que Semi Kunatani n’a finalement jamais porté les couleurs de Castres.
Les premières lignes sont particulièrement concernées par ce type de dossiers. Hikawera Elliot, Max Lahiff, Paea Fa’anunu ou encore Lucio Sordoni ont eux aussi vu leur transfert être remis en cause après les examens médicaux.
Pour autant, un refus en France ne signifie pas nécessairement la fin d’une carrière.
Les critères médicaux français, notamment concernant les cervicales des premières lignes, figurent parmi les plus stricts. Plusieurs joueurs déclarés inaptes dans l’Hexagone ont ensuite poursuivi leur carrière à l’étranger, en particulier en Angleterre, où la réglementation médicale peut se montrer moins restrictive sur certains points.
Mohamed Boughanmi : « Ils m’ont traité comme du bétail »
Le dossier de Mohamed Boughanmi a marqué les esprits.
En 2021, le pilier international français s’était engagé avec le LOU. Le club lyonnais avait même officialisé son arrivée.
Quelques jours plus tard, tout s’effondrait. La visite médicale concluait à une inaptitude liée à son genou et le contrat était annulé.
Le joueur, qui rebondira ensuite à Narbonne, avait vécu cette décision comme un véritable traumatisme.
Mohamed Boughanmi n’avait pas caché son immense déception.
« J’ai récupéré cinq attestations médicales, notamment d’un kiné de la Section paloise, d’un chirurgien à Bordeaux et d’un médecin à Narbonne, prouvant que je suis apte à jouer au rugby. Les dirigeants du LOU m’ont traité comme du bétail. Ils m’ont détruit. Si Narbonne ne m’avait pas tendu la main, j’aurais tout arrêté. »
Face à ces accusations, le président lyonnais Yann Roubert avait rappelé que le précontrat comportait une condition suspensive.
Le dirigeant du LOU avait défendu la position de son club.
« Nous avions un précontrat avec une condition suspensive : l’aptitude du joueur devait être certifiée par le médecin du club. Nous n’avons pas eu ce certificat d’aptitude et le contrat n’a donc pas pu être signé. […] Au LOU, nous faisons les choses proprement. Je ne signe pas de contrat sans le feu vert de mon médecin et en l’occurrence, je ne l’ai pas eu. »
Souvent invisible pour le grand public, la visite médicale constitue pourtant l’une des étapes les plus décisives d’un transfert. En quelques heures, derrière les portes d’un cabinet médical, des mois de négociations peuvent s’effondrer, obligeant clubs et joueurs à revoir totalement leur avenir.







