
Le Racing 92 avait terminé sa précédente saison par 71 points encaissés face à Toulouse. Il vient de commencer la nouvelle par une humiliation encore plus vertigineuse à Bordeaux (64-5). En deux rencontres de Top 14, les Franciliens ont encaissé 135 points.
Le score ne raconte même pas entièrement l’ampleur du naufrage. Absents dans l’engagement, dépassés par la vitesse girondine et incapables de profiter de leurs rares occasions, les joueurs de Patrice Collazo n’ont jamais donné l’impression de pouvoir rivaliser.
Six essais encaissés avant la pause
L’UBB n’a eu besoin que de trois minutes pour lancer sa démonstration avec un premier essai de Sipili Falatea. Cameron Woki a ensuite inscrit un doublé, tandis que Pierre Bochaton et Tom Willis, lui aussi auteur de deux essais, ont participé au festival.
À la pause, Bordeaux avait déjà franchi six fois la ligne et menait 38-0. Les Girondins ont même marqué deux essais durant les vingt minutes passées en infériorité numérique après le carton orange de Lasha Pkhakadze.
Le Racing a pourtant bénéficié d’une occasion de débloquer son compteur. À la 29e minute, Seru Uru est entré dans l’en-but, mais son essai a été refusé après intervention de la vidéo pour un en-avant au moment d’aplatir.
Patrice Collazo a rapidement compris que son équipe se dirigeait vers une soirée cauchemardesque :
« On a subi, ils nous ont amenés à droite pour enrouler à gauche. Et sur le peu de cartouches qu’on a eues, on s’est fait sanctionner. Même quand on est entrés dans l’en-but, on n’a pas été capables d’aplatir. J’ai vite compris que ça n’allait pas être une soirée comme on l’espérait. »
Aucune réaction après la pause
Une révolte était attendue au retour des vestiaires. Elle n’est jamais venue. Maxime Lucu puis Toma Taufa ont immédiatement inscrit deux nouveaux essais pour porter le score à 50-0 après seulement 46 minutes.
Louis Bielle-Biarrey a ensuite signé un doublé. Seru Uru a finalement sauvé l’honneur francilien à la 65e minute, avant que Bordeaux n’achève sa démonstration. Au total, l’UBB a marqué dix essais : Falatea, Woki à deux reprises, Bochaton, Willis à deux reprises, Lucu, Taufa et Bielle-Biarrey à deux reprises. Le déroulé complet confirme ce festival offensif.
Max Spring reconnaît que les Racingmen ont été totalement dépassés :
« On est un peu sonnés. On n’était pas prêts, pas au même niveau d’intensité ni au même niveau de forme qu’eux. Tout allait trop vite, on a été dépassés. À la pause, on avait déjà pris assez de points et on savait que ce serait compliqué de revenir. Mais on voulait essayer de gagner la deuxième mi-temps… Ça n’a pas été chose faite. »
Un Racing fragilisé avant la reprise
Cette débâcle survient après une préparation déjà marquée par plusieurs coups durs. Léo Carbonneau, très utilisé la saison dernière, souffre d’une rupture du ligament croisé et sera absent pendant plusieurs mois. Sa blessure avait été annoncée au mois d’août.
En l’absence de recrutement supplémentaire à la mêlée, le Racing a rappelé Maxime Machenaud et s’appuie également sur les jeunes Maxent Georgelin et Antoine Latrasse.
Wame Naituvi manque lui aussi le début du championnat. L’ailier fidjien a été suspendu cinq semaines après un geste déloyal commis lors du match amical contre Brive. La sanction a été prononcée par la LNR.
Ces difficultés peuvent expliquer une partie du manque de repères. Elles ne justifient cependant pas un tel déficit d’intensité, encore moins face à une équipe bordelaise aussi dangereuse lorsqu’elle bénéficie de ballons rapides.
« On était encore en match de préparation »
Pour Patrice Collazo, le problème a d’abord été mental. Ses joueurs n’ont pas réussi à basculer de la préparation estivale vers les exigences réelles du Top 14.
Le manager francilien refuse d’utiliser le calendrier comme une excuse :
« Je pense qu’on était encore en match de préparation. Contre une équipe qui avait certes repris avant nous, mais ce n’est pas une excuse. À partir du moment où on nourrit l’UBB avec un manque d’intensité, des ballons rendus et de l’indiscipline, ça devient compliqué. Il faut qu’on comprenne que le Championnat a commencé. »
Bordeaux a constamment bénéficié de rucks rapides et de défenseurs franciliens en retard. Plus inquiétant encore, Collazo n’a pas retrouvé chez ses joueurs l’enthousiasme normalement provoqué par la reprise de la compétition.
C’est avant tout l’attitude collective qui dérange profondément l’entraîneur :
« C’est plus le mood collectif qui me dérange, le manque d’énergie. On s’est entraînés pour le Top 14, on se dit : “Vivement que ça recommence.” Moi, j’en avais marre de m’entraîner, faire des entraînements, ça va deux minutes ! Mais je n’ai pas senti cette excitation, ce truc. »
Le traumatisme de Toulouse toujours dans les têtes ?
La comparaison avec la demi-finale perdue 71-17 face au Stade Toulousain est inévitable. En deux sorties de championnat, le Racing a encaissé 20 essais et deux corrections qui interrogent sa solidité mentale.
Collazo refuse néanmoins d’établir un lien direct entre les deux rencontres. Il rappelle que son équipe avait mérité sa place dans le dernier carré après avoir battu plusieurs grosses formations.
Le manager s’est montré agacé par les questions concernant le précédent naufrage :
« La demi-finale, c’était la saison dernière. Là, on est sur une nouvelle saison. Pour arriver en demi-finales, on a gagné les matches, on a battu toutes les grosses équipes. On n’est pas arrivés là par hasard. Si vous avez envie de faire des parallèles, c’est votre droit. »
Lyon, déjà un rendez-vous sous pression
Le Racing 92 recevra le LOU samedi prochain. Dès la deuxième journée, les Franciliens se retrouvent donc dans l’obligation de réagir pour éviter qu’une crise ne s’installe.
Patrice Collazo assure connaître suffisamment son groupe pour anticiper son comportement durant la semaine. Il ne souhaite pas déclencher l’alarme après une seule rencontre, mais attend désormais un changement radical d’attitude.
Le technicien ne réclame aucun discours, seulement une réponse sur le terrain :
« Après des matches comme ça, il n’y a rien à dire. Il y a juste à avoir une réaction. Je les connais par cœur, mes joueurs. Je sais déjà comment ça s’est passé cette semaine, comment on va rentrer, comment ils vont être lundi. Il faut qu’on arrive à passer un cap. On a manqué l’un des premiers rendez-vous de la saison, mais il y en a tous les week-ends. »







