
Sept avants, un seul trois-quarts et une victoire renversante contre Toulouse : le pari effectué par Ronan O’Gara a parfaitement fonctionné. Avec la nouvelle limitation à huit changements, les bancs en 7-1 pourraient rapidement se multiplier en Top 14.
Menée 24-10 à la pause puis réduite à quatorze après le carton rouge de Tolu Latu, La Rochelle s’est imposée sur une ultime pénalité d’Antoine Hastoy (30-27). Les entrées d’Alexandre Kuntelia, Louis Penverne, Paul Boudehent ou Matthias Haddad ont largement contribué à cette révolte.
Le pari longuement réfléchi de Ronan O’Gara
Popularisée par les Springboks en 2023, la répartition en 7-1 reste audacieuse. Elle permet de renouveler presque intégralement le paquet d’avants, mais expose une équipe en cas de blessures simultanées chez les trois-quarts.
Ronan O’Gara avait longuement envisagé les différents scénarios avant de prendre sa décision :
« J’avais fait beaucoup de simulations dans ma tête sur le papier avec le 7-1. »
Ce choix répondait au défi physique imposé par Toulouse, mais également à la nouvelle règle limitant chaque équipe à huit changements. Les staffs ne peuvent plus faire sortir puis revenir certains titulaires afin de les préserver pour la fin de la rencontre.
Une gestion des remplaçants complètement différente
Avant la rencontre, Rémi Talès savait que cette réforme allait demander une période d’adaptation aux joueurs comme aux entraîneurs.
L’entraîneur des trois-quarts rochelais s’attendait à devoir revoir le rythme du coaching :
« Ce n’est pas évident, on va mettre quelques matches pour trouver le bon rythme. Il va falloir que les joueurs soient fit et qu’ils aient de l’énergie. Pour nous les coachs, c’était devenu quand même sympa de pouvoir coacher autant de joueurs. Donc, on va devoir bien réfléchir et ne pas coacher trop vite. »
Face aux difficultés rochelaises, le staff a pourtant décidé d’intervenir dès la 32e minute. Karl Sorin, Charles Kante Samba et Thomas Adélaïde ont alors cédé leur place à Alexandre Kuntelia, Paul Boudehent et Sam Tuifua.
Ronan O’Gara considère que ces changements précoces ne constituaient pas une prise de risque :
« J’ai pris la décision de changer, mais après ça, j’avais encore quatre autres avants. Donc, pour moi, ce n’est même pas un risque, c’est juste assez normal. »
La polyvalence devient essentielle
Paul Boudehent est entré au poste de deuxième ligne alors qu’il évolue habituellement en troisième ligne. Cette faculté à couvrir plusieurs positions a permis au staff de conserver des solutions malgré la configuration particulière du banc.
L’international français insiste sur l’importance de cette capacité d’adaptation :
« Tout le monde doit apporter quelque chose, c’est ce qu’on s’est répété toute la semaine. Beaucoup de joueurs n’ont pas joué à leur poste. Tout le monde a fait l’effort de s’adapter. De là à dire que c’est ce qui nous fait gagner, je ne sais pas. Mais avoir des joueurs polyvalents, ça va être une clé de la réussite pour l’avenir. »
Les profils hybrides pourraient ainsi prendre une valeur considérable dans la construction des effectifs. Cette évolution concerne les avants, mais également les joueurs des lignes arrière.
Pour Rémi Talès, le rugby se dirige clairement vers une multiplication de ces profils :
« Les rôles des athlètes ont évolué, il y a des trois-quarts qui peuvent jouer devant, des avants qui peuvent jouer derrière. C’est ça, le rugby de demain, des joueurs hybrides. »
Le risque d’une blessure derrière
La frayeur connue par Nolann Le Garrec a montré les limites du système. Lorsque son genou a tourné sous un plaquage d’Antoine Dupont, La Rochelle ne disposait pas d’un véritable demi de mêlée sur son banc.
Sacha Élissalde, seul trois-quarts remplaçant, peut évoluer à l’ouverture, au centre ou à l’arrière. Il ne possède toutefois pas encore tous les repères nécessaires pour prendre la mêlée.
Antoine Hastoy reconnaît que le staff avait travaillé sur cette éventualité :
« Avant le match, on a imaginé les scénarios possibles, surtout s’il y avait des blessures derrière, parce que c’est un peu le risque quand on fait un banc en 7-1 comme ça. Mais ça apporte énormément de fraîcheur, et c’est important pour rivaliser tout le long du match dans le défi physique et dans le volume de jeu. »
Sept équipes ont déjà utilisé le 7-1
Lors de cette première journée, sept formations ont composé leur banc avec sept avants et un seul trois-quarts. Castres, Lyon et le Stade Français ont notamment battu Vannes, Clermont et Perpignan, qui avaient opté pour une répartition en 6-2.
Ces résultats ne condamnent pas encore le traditionnel banc en 5-3. Ils montrent toutefois que la nouvelle règle favorise les équipes disposant de joueurs capables de changer de poste en cours de rencontre.
Paul Boudehent est prêt à participer à cette évolution, même si certaines limites demeurent.
Le Rochelais s’est amusé de cette recherche permanente de polyvalence :
« J’aurais bien aimé jouer 10, c’est moins douloureux ! »







