
Deux victoires consécutives contre Bordeaux-Bègles et Vannes, une attaque toujours redoutable et pourtant un sentiment d’inachevé. Avant de recevoir Montpellier ce dimanche à Ernest-Wallon, l’entraîneur des trois-quarts Toulousains estime que son équipe n’a toujours pas réussi à produire 80 minutes à la hauteur de ses ambitions. Face à l’une des meilleures défenses du championnat, le Stade Toulousain espère enfin trouver cette continuité.
Montpellier représentera un test particulièrement intéressant pour mesurer le niveau actuel des Toulousains.
La finale perdue par le MHR appartient désormais au passé et le staff Rouge et Noir s’attend surtout à retrouver une formation agressive, structurée et difficile à manœuvrer.
Toulouse se méfie énormément de Montpellier
Le travail effectué par Joan Caudullo ces dernières saisons n’est pas passé inaperçu du côté de Toulouse. Clément Poitrenaud se confie dans des propos relayés par La Dépêche :
« C’est une nouvelle saison. Forcément, ils auront dans un coin de la tête cette finale perdue, mais les cartes sont rebattues. On part sur une nouvelle compétition. Je ne sais pas exactement dans quel état d’esprit ils viennent chez nous, mais ce qui est certain, c’est qu’on s’attend évidemment à une opposition solide, à beaucoup d’agressivité de leur part. On connaît maintenant depuis deux-trois ans les changements opérés dans ce groupe par Joan Caudullo sur tout ce qui est conquête, défense et occupation. On sait à quoi s’attendre. »
Le principal défi pourrait se situer face au rideau défensif Montpelliérain.
Le MHR possède une capacité à réparer ses erreurs qui impressionne particulièrement le staff Toulousain :
« C’était la meilleure défense du Top 14 la saison dernière. C’est une équipe qui est très organisée, mais au-delà de ça, elle fait preuve d’un bel état d’esprit pour rattraper les coups quand elle se fait breaker. C’est une équipe qui conteste beaucoup de ballons après des breaks ou des semi-breaks, donc ça montre sa capacité, son état d’esprit à revenir à chaque fois quand cela semble un peu désespéré. »
Et cette efficacité ne serait pas uniquement une question d’organisation.
« La défense, on le sait, c’est une grande partie d’organisation, mais c’est surtout l’envie que les joueurs mettent dans le projet défensif et force est de constater qu’ils y mettent beaucoup d’appétit. On va essayer de trouver des solutions, mais ce n’est jamais très simple. »
« On n’a pas encore fait notre match plein »
Toulouse reste pourtant sur deux succès. Mais le résultat ne suffit pas à masquer certaines imperfections.
La défaite initiale à La Rochelle, le relâchement contre Bordeaux et une première période parfois difficile à Vannes alimentent ce sentiment.
Le constat de Poitrenaud est particulièrement exigeant malgré les résultats :
« Oui, à domicile, d’autant plus. Perdre à la maison, ce serait perdre le bénéfice de cette victoire à l’extérieur qui n’a pas été simple à acquérir. Oui, on a envie de continuer sur cette lancée, même si en termes de contenu, on est toujours un peu sur notre faim. Il y a une mauvaise gestion du match à La Rochelle qui nous coûte la victoire. »
Les deux victoires suivantes n’ont pas totalement effacé cette frustration.
« Il y a 50 très bonnes minutes contre Bordeaux, puis il y a une forme de relâchement qui peut être justifiée par l’ampleur du score. Mais on n’a pas encore fait notre match plein. À Vannes, il y a eu de très bonnes choses, mais on a quand même beaucoup subi sur la première mi-temps. Il y a quelques fulgurances qui nous permettent d’être devant au score à la mi-temps, puis d’enfoncer le clou sur la seconde période. »
L’objectif contre Montpellier est donc limpide.
« Mais pour l’instant, en termes de contenu, ce n’est pas exactement ce qu’on souhaite, ce qu’on recherche. Donc quoi de mieux que cette équipe de Montpellier pour peut-être, enfin, faire un match plein sur l’ensemble de la rencontre. »
Toulouse veut encore « garder son temps d’avance »
Alors que le Stade Toulousain repousse régulièrement ses standards offensifs, son staff continue de chercher de nouveaux leviers.
Cette saison, une attention encore plus importante est portée aux qualités individuelles et à leur utilisation selon les différentes zones du terrain.
L’objectif est de continuer à stimuler des joueurs déjà installés au plus haut niveau :
« On a pris le parti cette année de se concentrer encore plus sur les individus et le rôle qu’ils pouvaient avoir sur le terrain en fonction des zones de terrain. On n’a rien révolutionné, mais on s’est attachés à essayer de trouver les meilleures combinaisons possibles, développer les compétences de nos joueurs sur l’ensemble du terrain et en fonction des zones. »
« Ce sont des joueurs de très haut niveau donc si vous arrivez sans innovation, sans capacité à les nourrir justement, vous les perdez quelque part. Donc on a essayé, encore une fois sans tout révolutionner, d’apporter des petites touches de nouveauté pour les challenger, essayer encore une fois de garder notre temps d’avance et trouver des solutions sur le terrain. »
Les joueurs participent directement à cette réflexion.
À Toulouse, les idées ne descendent pas uniquement du staff :
« On propose des choses et ensuite, ce sont eux qui sont sur le terrain donc ils doivent se l’approprier. C’est toute l’expérience du groupe qui parle à chaque intersaison puisque les joueurs arrivent de manière plutôt intelligente et pertinente à enrichir ce qu’on leur propose. En tout cas amener eux aussi des idées et des solutions. Maintenant, on a suffisamment de liant pour justement avoir ces discussions qui sont très ouvertes et qui nous permettent encore une fois de trouver des solutions tous ensemble. »
Plus d’excuse physique désormais
Le début de saison pouvait encore être marqué par une préparation particulièrement courte.
Ce n’est désormais plus une explication recevable aux yeux du staff.
Les Toulousains sont considérés comme prêts à produire davantage :
« Non. On est habitués maintenant à avoir des présaisons qui sont relativement courtes. On sait qu’on doit se mettre en marche rapidement. On sait aussi que les premières rencontres ne seront pas forcément abouties d’un point de vue physique et même rugbystique, puisqu’on a eu trois semaines pour se préparer au premier match. On essaie de faire preuve d’un peu d’indulgence vis-à-vis du groupe sur les deux ou trois premières journées. »
« Maintenant, je pense que tout le monde est à niveau physiquement. On a plutôt eu suffisamment de temps pour travailler notre rugby. C’est pour ça qu’on espère, dans les matchs qui arrivent, encore une fois faire des matchs pleins sur 80 minutes et pas un coup oui, un coup non, comme on a pu le voir ces dernières semaines. »
« La note artistique est importante »
La victoire reste évidemment prioritaire. Mais à Toulouse, la manière possède une importance particulière.
Le public d’Ernest-Wallon a été habitué aux séquences spectaculaires et aux initiatives offensives.
Cette exigence esthétique est pleinement assumée par Clément Poitrenaud :
« On a un public qui est plutôt exigeant. Même quand il y a des gros scores, parfois, on ne l’entend pas trop. Ils sont habitués aux coups d’éclat, ils sont habitués à un rugby flamboyant. En tout cas, c’est ce qu’ils attendent. Donc oui, pour moi, la note artistique est importante. Mais elle n’est pas plus importante que la victoire. »
Car derrière l’image d’un Toulouse toujours tourné vers l’offensive se cache également une autre valeur fondamentale : l’adaptation.
« Un des mots d’ordre de ce club et de cette équipe, c’est cette capacité à s’adapter. Si pour gagner un match, il faut taper cinquante fois dans le ballon, je pense qu’on le fera sans hésiter. Maintenant, on préfère tous quand on pratique un beau rugby qui permet aux gens de se régaler dans les tribunes et devant leur télévision, évidemment. »
Une philosophie inculquée dès l’âge de six ans
Ce jeu ne naît pas uniquement au niveau professionnel. Il est enseigné très tôt dans la formation Toulousaine.
Les principes sont inculqués dès l’école de rugby :
« C’est une culture qui commence dès le plus jeune âge. Vous n’avez qu’à voir nos gamins à l’école de rugby. On leur demande de jouer debout, on leur demande de ne pas passer par le sol, on leur demande de se faire des passes, on leur demande de prendre des duels, de faire des off-loads. Donc déjà à six, sept, huit ans, on voit qu’ils sont entraînés de cette manière. »
Cette continuité est entretenue entre les différentes catégories du club.
« Il y a une école à Toulouse qui est indéniable, on essaie de cultiver ça. Nous, les coachs, on essaie de passer énormément de temps aussi avec les entraîneurs de l’école de rugby, puis des moins de 16 ans et des moins de 18 ans pour essayer de cultiver ce rugby-là. Ça se fait assez naturellement au final. »
Les joueurs recrutés à l’extérieur peuvent en revanche avoir besoin de davantage de temps.
« Ce qui est un peu plus difficile parfois, c’est pour les joueurs qui arrivent de l’extérieur, qui n’ont pas été élevés à l’école de rugby et qui ne sont pas passés par notre centre de formation. Il y a forcément un petit temps d’adaptation pour acquérir ce genre de réflexes qui ne sont pas toujours évidents quand on vient de l’extérieur. »
Toulouse entraîne même le « chaos »
L’une des particularités du travail Toulousain consiste enfin à ne pas uniquement répéter des lancements parfaitement organisés.
Le staff cherche volontairement à reproduire les situations imprévisibles d’un match.
Le désordre devient lui-même un élément travaillé à l’entraînement :
« Il faut entraîner ce désordre, il faut essayer d’entraîner ce chaos forcément. On n’arrête pas forcément le jeu quand il y a un ballon tombé, on laisse jouer les turnovers, on donne des ballons de contre-attaque. On ne lance pas forcément le jeu à partir d’une phase statique comme peuvent le faire certaines équipes. On a des temps qui sont consacrés au jeu « ordonné », et des temps qui sont consacrés à essayer de créer justement le chaos et d’essayer de s’y retrouver collectivement. »
Face à Montpellier, cette volonté de provoquer le désordre devra cependant être parfaitement maîtrisée.
Car le MHR possède justement les armes pour punir les pertes de balle :
« Il faut se méfier quand même. Parce que quand on rentre dans ce rugby-là, on s’expose forcément à des turnovers. Et c’est une équipe qui sait très bien les exploiter, donc il faudra trouver le juste milieu entre essayer de les désorganiser en produisant du jeu, mais aussi en étant plutôt rigoureux sur les phases de combat, les phases de ruck, pour conserver ces ballons et ne pas leur filer à eux des munitions, encore une fois, qu’ils exploitent merveilleusement bien. »







