
À un an de la Coupe du monde 2027 en Australie, Eddie Jones a déjà une idée très précise de ce qui pourrait poser problème au XV de France. Le sélectionneur du Japon, futur adversaire des Bleus en phase de poules, considère l’équipe de Fabien Galthié parmi les quatre meilleures nations du monde.
Mais lorsqu’il est interrogé sur ses chances de remporter le Mondial, l’Australien pointe immédiatement une faiblesse : la mêlée française et, plus précisément, le poste de pilier droit.
Eddie Jones sait mieux que beaucoup ce que réclame une Coupe du monde.
À 66 ans, l’actuel sélectionneur du Japon se dirige vers la sixième Coupe du monde de sa carrière. Il a surtout participé à trois finales sous différents maillots : avec l’Australie en 2003, l’Afrique du Sud en 2007 en qualité de consultant, puis l’Angleterre en 2019.
Une expérience qui l’amène à accorder une importance considérable à certains fondamentaux lorsque arrivent les matches couperets.
« Le gros problème sera la mêlée »
Interrogé par L’équipe sur les chances françaises de soulever enfin le trophée Webb Ellis en Australie, Eddie Jones n’a pas commencé par évoquer Antoine Dupont, la puissance offensive des Bleus ou leurs qualités défensives.
Son regard s’est immédiatement porté sur le cinq de devant.
Pour le technicien Australien, le principal doute concernant le XV de France se situe actuellement en première ligne.
« Le gros problème sera la mêlée. Les Français sont un peu légers au poste de pilier droit. Historiquement, on sait que la mêlée et la touche sont des secteurs capitaux en Coupe du monde. Et ce sera encore le cas en Australie l’an prochain. »
Jones s’appuie notamment sur ce qu’il a observé récemment au plus haut niveau international.
La série de quatre rencontres entre l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande lui a confirmé que, malgré les évolutions du rugby moderne, les phases de conquête restent déterminantes lorsque le niveau s’élève.
Son diagnostic sur les Bleus est donc particulièrement direct.
« La série opposant l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande l’a encore prouvé. La France a une bonne touche mais sa mêlée sera son point faible. »
Une leçon tirée de ses trois finales mondiales
Cette importance accordée aux fondamentaux n’est pas nouvelle chez Eddie Jones.
Lorsqu’il revient sur la finale de la Coupe du monde 2003 perdue par l’Australie contre l’Angleterre (17-20 après prolongation), il retient notamment l’importance de pouvoir compter sur un buteur extrêmement fiable.
Jonny Wilkinson avait finalement offert le titre aux Anglais grâce à son drop désormais historique.
Plus de vingt ans après, Jones estime que certaines exigences d’un Mondial n’ont absolument pas changé.
« Déjà à l’époque, il était capital de pouvoir se reposer sur un buteur fiable. Ça n’a pas changé. J’en retiens aussi qu’il est important, une fois que tu as identifié les domaines dans lesquels tu dois t’améliorer, d’être capable de hiérarchiser, prioriser. »
Quatre ans plus tard, il se trouvait dans le camp Sud-Africain lorsque les Springboks avaient remporté le Mondial 2007 en battant l’Angleterre au Stade de France (15-6).
Cette fois, l’Australien avait surtout été marqué par l’influence des cadres.
« La victoire, on la doit aux cadres »
Fourie du Preez, Victor Matfield ou encore John Smit avaient alors constitué l’ossature d’un groupe champion du monde.
Jones estime que ces joueurs avaient joué un rôle déterminant lorsque la pression était devenue maximale.
« On avait un staff de classe mondiale mais il faut avouer que ce sont les anciens du groupe qui ont posé les fondations. Avec des gars tels que Fourie du Preez, Victor Matfield, John Smit… Des cadors dont l’aura et l’influence ont guidé l’équipe à des moments clés. »
Il conserve notamment un souvenir très fort de cette finale.
« La finale était absolument incroyable. Un match acharné, un véritable combat de titans. La victoire, on la doit aux cadres de l’équipe, ils ont tenu la barre dans les moments agités. »
Autant d’expériences qui expliquent pourquoi le sélectionneur Japonais scrute aujourd’hui avec autant d’attention les secteurs susceptibles de devenir décisifs en 2027.
Et malgré son avertissement concernant la mêlée, Eddie Jones place bien la France parmi les principales nations de la planète.
La France dans son « top 4 » mondial
Lorsqu’il dresse la hiérarchie actuelle du rugby international, le technicien distingue clairement un premier groupe.
Quatre sélections se détachent selon lui : l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande, l’Irlande et la France.
« Aujourd’hui le rugby, c’est tellement resserré. Il y a le top 4 : Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Irlande, France. Derrière, du cinquième au huitième, des nations capables, dans un bon jour, de battre le top quatre ; et puis tu passes au groupe suivant dans lequel on est. »
Le Japon, actuellement neuvième selon le classement cité dans l’entretien, affrontera justement la France lors de la prochaine Coupe du monde.
Eddie Jones connaît donc déjà très bien l’adversaire. Et à ses yeux, si les Bleus disposent des armes pour appartenir au cercle des meilleures nations mondiales, la solidité de leur mêlée et particulièrement leur situation au poste de pilier droit constituent un chantier majeur à l’approche du Mondial australien.







