Ce mardi, le forum international « Shape of the Game » s’ouvre à Londres, un rendez-vous crucial pour l’avenir du rugby mondial. Sous l’impulsion du nouveau président de World Rugby, l’Australien Brett Robinson, plusieurs réformes structurelles majeures sont en discussion.
Mais la France, unie comme rarement entre la FFR et la LNR, se positionne fermement contre une vision du jeu qu’elle juge dangereuse et réductrice.
### La France redoute une standardisation du rugby à XV
Le camp français s’inquiète des velléités de l’hémisphère Sud, qui souhaite transformer le rugby en un sport axé exclusivement sur le mouvement, délaissant ainsi les phases statiques comme la mêlée. Florian Grill, président de la FFR, souligne que l’enjeu dépasse la simple technique.
Il confie à *Midi Olympique* :
« Cette année, plusieurs évolutions de règles sont envisagées, et certaines nous inquiètent. Nous avons reçu de nombreux documents préparatoires, et il nous semble essentiel de nous mobiliser, car ces propositions pourraient transformer profondément notre sport. Elles mettent l’accent sur une standardisation accrue du jeu. Cela pourrait conduire à des profils de joueurs plus uniformes, proches de ceux d’autres sports cousins, mais qui ne sont pas les nôtres. Le rugby à XV repose sur la diversité des gabarits et des rôles, et surtout sur la sécurité du joueur. Nous craignons que ces réformes ne placent plus cette sécurité au premier plan. »
Pour lui, la force du rugby réside dans son inclusivité, qui permet à tous les profils de s’exprimer :
« C’est l’un des fondements du rugby à XV. La charte de World Rugby le dit clairement : ce sport laisse de la place à tous les profils. C’est ce qui fait sa richesse. Dans une équipe, il y a des grands, des costauds, des rapides, des plus lents, des stratèges. Cette diversité reflète aussi celle du rugby amateur, auquel je suis très attaché. C’est un sport d’inclusion, pas de standardisation. »
### Le modèle économique français, un rempart face aux difficultés australiennes et néo-zélandaises
Face aux tensions financières que rencontrent les fédérations australienne et néo-zélandaise, la France entend défendre son modèle performant, tant sur le plan sportif qu’économique. Florian Grill vante le poids européen dans le rugby mondial :
« Nous ne voulons pas nous voir imposer un modèle qui fonctionne moins bien que le nôtre. Il faut le dire, il y a de réelles difficultés dans le rugby australien, alors que nous avons un modèle qui brille aujourd’hui. Nous l’avons partagé avec les autres nations. L’économie du rugby repose à 80 % sur la France et l’Angleterre. Les affluences les plus fortes sont en France. Nous considérons que les résultats obtenus avec les équipes de France sont le fruit du travail mené avec la Ligue nationale de rugby. Le travail avec les clubs est désormais très entremêlé. Nous avons envie, dans cet esprit de conquête et de saine influence au service du rugby, de faire comprendre que notre modèle fonctionne. L’objectif, pour les autres nations, serait plutôt de s’en inspirer, plutôt que de chercher à faire évoluer les règles dans un sens qui ne nous paraît pas le bon. »
### Préserver l’ADN du rugby pour conquérir de nouveaux territoires
Contre l’argument du Sud visant à simplifier le jeu pour attirer de nouveaux publics, Jean-Marc Lhermet, vice-président de la FFR, plaide en faveur d’une fidélité sans compromis aux racines du rugby :
« L’idée est aussi de contrer cette argumentation, selon laquelle, pour conquérir de nouveaux territoires, il faudrait axer le jeu sur la continuité. Pour nous, ce n’est pas cela. Conquérir de nouveaux territoires, c’est d’abord s’adresser à un maximum de jeunes potentiels pour jouer au rugby, des grands, des costauds, des rapides. Il ne s’agit pas de singer d’autres disciplines. Nous avons une particularité, un ADN, et c’est en le préservant que nous conquerrons de nouveaux territoires. »
La France affirme en outre bénéficier du soutien des membres du Tournoi des Six Nations ainsi que de l’Afrique du Sud pour freiner ces réformes et défendre une « modernité » respectueuse de l’histoire bicentenaire du ballon ovale.







