Bastien Chalureau, deuxième ligne de Montpellier, traverse une épreuve bouleversante. Récemment devenu papa de jumeaux nés 12 semaines avant terme, il partage désormais son temps entre les entraînements et l’hôpital, où ses enfants fragiles combattent pour grandir.
« Ils sont sortis à sept mois, c’était très chaud. La grossesse était compliquée depuis un moment, ma compagne était alitée depuis un mois déjà à l’hôpital. Puis tout s’est accéléré. Il y a eu des contractions, le petit ne grossissait plus, il ne se nourrissait pas bien, il y avait un problème de fluide. On a essayé de retarder au maximum, mais il a finalement fallu que les enfants arrivent », confie le joueur à RMC Sport. « Là, tu passes dans une autre dimension. Heureusement, on était en vacances avec le club, j’ai pu être là. J’ai pu leur apporter vraiment la force, dès le début, parce que dès qu’ils sont sortis, je les ai pris direct en peau à peau, un premier contact, une heure après. C’était la furie. Le garçon faisait la taille de ma main. »
Leur état a marqué profondément Bastien Chalureau, qui précise: « Le garçon est né à 680 grammes, et la fille à 1,2 kg. C’était minuscule. Quand tu vois ça, tu comprends tout de suite que tu entres dans quelque chose de très fragile. C’est impressionnant, bouleversant, et forcément très émouvant. »
Son quotidien est rythmé par cet équilibre fragile entre sa vie de sportif et son rôle de père. « Ma femme est au CHU tous les matins de 8h à 15h. Moi, je viens au club pour continuer de m’entraîner et être performant le week-end. Le terrain me fait du bien. Ça me permet de respirer un peu, de garder mon équilibre. Et puis je sais que je dois être en forme pour eux aussi. Le rugby, dans ce contexte, reste une respiration nécessaire. Ensuite, l’après-midi, je la rejoins à l’hôpital » (il est pris par l’émotion) « et je prends le relais pour que ma femme puisse souffler. Je suis avec les petits, je fais du peau à peau, je les porte, je leur parle pour leur donner de la force. C’est devenu une routine, mais une routine lourde d’émotion. »
Chaque après-midi, Chalureau s’impose un rituel : « Je me suis fixé un objectif : au moins deux heures de peau à peau par jour. Les médecins nous ont expliqué que c’était très important, qu’il y avait un vrai transfert de force, de confiance, quelque chose de très fort entre eux et nous. Je m’accroche à ça. Quand tu es là, tu oublies presque le reste. Tu changes les couches, tu les prends contre toi, tu leur parles. Ce sont des moments simples, mais essentiels. Tu es dans un service ultra-protégé, avec des machines partout, des alertes possibles à tout moment. C’est pesant, mais tu sens que ta présence leur apporte quelque chose. »
Il décrit aussi la difficulté des instants critiques. « La première bradycardie, par exemple, c’était très dur. Les enfants prématurés oublient de respirer. Et là, tu vois les équipes arriver en courant pour le réanimer et tu comprends immédiatement que la situation peut devenir sérieuse. Ce sont des instants qui marquent. Après, tu t’adaptes à cette ambiance. Tu n’as pas vraiment le choix, alors tu avances. »
Un tournant optimiste semble se dessiner : « Le plus dur est probablement passé. Ils sont toujours sous couveuse, toujours sous oxygène. Mais ils ont quitté les soins les plus lourds, ils vont mieux, ils progressent. Ils commencent à ouvrir les yeux, c’est énorme. On peut désormais les prendre nous-mêmes sur nous, il y a moins de surveillance qu’au début. On sent qu’ils avancent, et ça change tout. »
Soutenu par ses proches, ses coéquipiers et même ses adversaires, il tient bon, notamment grâce aux réseaux sociaux où il partage régulièrement des nouvelles. « J’ai tellement de soutien sur les réseaux, mes coéquipiers, adversaires… c’est hyper dur de raconter 50 fois la même histoire par jour, et je n’ai pas l’énergie pour. Sur les vidéos, je permets de tenir un peu les gens au courant et les gens, ils me le rendent. Et là, aujourd’hui, le petit garçon, il est à 1,4 kg, donc il a plus que doublé, et la fille, elle est à 2,4 kg, donc 1 kg de plus. »
Enfin, il espère un retour à la maison d’ici cinq semaines, prêt à accueillir une nouvelle vie chamboulée : « Dans cinq semaines peut-être on va pouvoir rentrer oui. Ça va être un grand bouleversement. On ne s’attendait pas à avoir des jumeaux, et finalement tout notre équilibre va changer avec cette tribu. Mais on va s’adapter, on a envie d’avancer avec eux, ce sont de vrais petits gladiateurs. Ça va être énorme. »







