Ce vendredi, la Fédération Française de Rugby (FFR) a été mise en examen dans le cadre de l’affaire Narjissi, relative à la disparition tragique de Medhi Narjissi. Une décision judiciaire lourde de sens, au cœur de laquelle s’exprime le père du jeune homme disparu.
Interrogé par L’Équipe, Jalil Narjissi, père de Medhi, a partagé son ressenti avec émotion et lucidité. « Je n’ai pas à me réjouir, il n’y a absolument rien de réjouissant. Notre fils a disparu. C’est une étape de franchie, il y en a encore d’autres », confie-t-il. Il souligne la nécessité que « les responsables de ce drame soient placés devant leurs responsabilités » et espère que d’autres mises en examen suivront.
Dans sa déclaration, il ne fait pas de distinction entre les différents acteurs impliqués ce jour-là, incluant le président de la FFR, Florian Grill. « Aucun encadrant ne peut échapper à ses responsabilités. Le président de la Fédération non plus. Lui aussi doit répondre de ses responsabilités », insiste-t-il. Il vise directement le dirigeant : « Qui dirige la Fédération ? Ce n’est pas Pierre, ce n’est pas Paul. Il y a une personne qui dirige cette Fédération, il y a une personne qui prend des décisions… Florian Grill doit répondre de ses manquements, c’est tout. Mais c’est à la justice de faire son travail et on a confiance en la justice. »
Malgré cette avancée judiciaire, le père de Medhi affirme qu’aucun soulagement n’est à attendre. « Il n’y a aucun soulagement à avoir. C’est la suite logique de cette catastrophe. Non, il n’y a vraiment aucune raison de se réjouir de quoi que ce soit. On a perdu notre fils. Il n’est jamais rentré à la maison. Pour ces gens-là, depuis un an et demi, bientôt deux ans, la vie continue. La vie de notre fils, elle, s’est arrêtée. La nôtre également. Même si on respire, on ne vit plus. On veut juste que justice soit faite. »
Son épouse, également bouleversée, ajoute : « J’ai attendu toute la journée et je pensais que cette décision allait me satisfaire mais pas du tout, je suis anéantie. Chaque fois qu’il y a quelque chose, cela ne fait que remuer la douleur. À chaque fois, c’est pire. Pour nous, elle sera toujours là. Cette mise en examen, ce n’est qu’une étape mais il faut qu’il y en ait d’autres. Tous les responsables doivent être inculpés. »
Près de deux ans après le drame, la colère reste vive au sein de la famille Narjissi. « Medhi faisait confiance à ses encadrants, il faisait confiance à sa Fédération. Bien sûr que notre colère est toujours là. On a perdu notre enfant. On a été abandonnés par la Fédération, abandonnés par une grande partie du monde du rugby », déplore le père. Seuls le Stade Toulousain et le SU Agen ont apporté un soutien tangible, alors que « la Ligue de rugby, toutes ces grandes institutions, elles sont où ? »
La famille continue son combat pour la vérité et la justice. « Notre temps s’est arrêté le 7 août 2024 à 17h55. On ne lâchera pas, quel que soit le temps que cela prendra. Cela fait bientôt deux ans. Mon fils aurait dû passer son permis, avoir une copine aujourd’hui. Il n’est plus là. On n’a jamais récupéré son corps. Il a perdu la vie et la nôtre a été détruite », conclut Jalil Narjissi, dans une douleur toujours aussi présente.







