Le passage de Rocky Elsom à la tête du Racing Club Narbonnais Méditerranée (RCNM) entre 2013 et 2016 reste une période noire dans l’histoire du club audois. Ancien troisième ligne international australien, vainqueur des Tri-Nations et de la H Cup, Elsom est aujourd’hui traqué par la justice française.
### Une gestion opaque et un climat tendu
Arrivé à Narbonne en tant que joueur en 2013, Rocky Elsom devient président et actionnaire majoritaire à 97 % en 2015. Son management, jugé autoritaire et parfois violent, suscite de nombreuses critiques. « Je n’irais pas à dire qu’il faisait régner un climat de terreur, mais il faisait peur », confie Eric Sirach, ancien journaliste à l’Indépendant, au Midi Olympique.
Parallèlement, les relations avec la mairie et les partenaires se dégradent, entraînant le club dans une crise financière majeure avec une dette d’environ 750 000 euros en juin 2016.
### Détournements de fonds et condamnation
Les enquêtes judiciaires révèlent plusieurs irrégularités financières. Elsom est notamment accusé du versement de 79 000 euros à un ancien entraîneur, ainsi que de l’embauche d’un directeur général basé en Australie, rémunéré 7 200 euros par mois sans jamais avoir mis un pied à Narbonne. Au total, près de 675 000 euros lui sont reprochés comme ayant été détournés.
En octobre 2024, le Tribunal Correctionnel de Narbonne le condamne à cinq ans de prison pour abus de biens sociaux. En appel, le 14 mars 2025, il est relaxé des délits de faux mais écopera de deux ans de prison ferme et de lourdes amendes dépassant 300 000 euros.
### La fuite vers l’Australie
Alors qu’il entraînait en Irlande sous une fausse identité, Elsom prend la fuite avant une perquisition de la police irlandaise. Il regagne l’Australie où il travaillerait aujourd’hui comme charpentier dans le Queensland. Un troisième mandat d’arrêt international a été émis contre lui, mais son avocat a interjeté appel, contestant la validité de la procédure.
Le club de Narbonne, placé en liquidation judiciaire après son départ, tente encore de se reconstruire après ce séisme institutionnel.
### Les démentis de Rocky Elsom
Dans un entretien accordé à Midi Olympique, Elsom se dit boudé par la presse : « J’ai toujours été d’accord pour m’exprimer. Ce sont juste les journalistes qui ne veulent pas me parler. » Il affirme n’avoir jamais été informé officiellement de son procès : « La première des choses, c’est qu’ils ne m’ont jamais notifié de ma convocation pour ce procès et qu’ils n’ont jamais essayé de me notifier. […] La peine de cinq ans de prison a été prononcée par défaut. N’étant pas présent, le juge a pu trancher sans que je puisse me défendre correctement. »
Il se dit totalement innocent et minimise la gravité des charges : « Non seulement je suis non-coupable, mais en plus, même si j’avais fait ce qu’on me reproche, les charges ne sont pas si graves. Par exemple, ils ont dit que 100 000 euros ont été payés à mon entreprise […] J’ai dit que c’était vrai et que cette transaction avait même été validée par le conseil de surveillance. »
Concernant l’accusation sur un Australien payé 7 200 euros par mois « pour ne rien faire », Elsom lance : « Montrez-moi un seul euro qui est allé vers cette personne. Vous avez tous les comptes du club, montrez-moi ! » Il assure également que l’augmentation du salaire du joueur Daniel Halangahu ne vient pas de lui, mais d’un ancien président.
Il justifie la mauvaise relation avec la mairie par l’implication controversée d’un fonds d’investissement en 2015 : « Depuis le début de l’affaire, j’ai dit que ce mec n’était pas le bon […] Mais le maire et l’ensemble du conseil de surveillance m’ont rétorqué que c’était une opportunité de tirer le club vers le haut et que j’étais le problème. »
Selon lui, le club était en bonne santé financière sous sa présidence : « À la fin de mon aventure, en 2016, ils ont essayé de dire que le club n’était pas en bonne posture financière. C’était faux. Nous étions solides financièrement. »
Il dénonce également la décision de licencier l’entraîneur Christian Labit en 2018, causant selon lui la relégation sportive du club.
### Un retour impossible en France pour le moment
Rocky Elsom refuse de revenir en France, craignant d’être immédiatement arrêté : « Ce serait bien mais si je prends l’avion pour la France maintenant, je serai arrêté et placé en prison. » Il se dit prêt à venir s’expliquer seulement s’il est garanti de ne pas être emprisonné.
Interrogé sur son statut d’homme en fuite, il répond : « Je comprends votre question, j’adorerais y répondre. […] Il y a un mandat d’arrêt contre moi en France et vous devriez poser de sérieuses questions au procureur : pourquoi n’ai-je pas été notifié de ma convocation au tribunal ? »
Cette affaire laisse Narbonne marqué au fer rouge, alors que le club tente toujours de panser ses plaies et de tourner la page.







