La victoire de l’UBB contre Bath (38-26) en demi-finale de Champions Cup est éclipsée par une vive polémique venue d’Angleterre. Plusieurs experts britanniques accusent le réalisateur français Fred Godard d’avoir volontairement « caché » des fautes girondines aux arbitres, remettant en cause l’intégrité de la diffusion.
### Des images qui auraient « disparu » selon les Anglais
L’ancien ouvreur anglais Andy Goode est à la tête de la contestation. Il dénonce une sélection délibérée des images, affirmant que la production a sciemment évité de diffuser des ralentis compromettants, rendant la situation « insupportable ».
Il s’en prend directement aux techniciens français : « Ça devient une blague avec les réalisateurs français. Johan (van Graan, le manager de Bath) ne l’a pas évoqué, mais ça n’est pas acceptable que certains placages hauts soient manqués à cause des réalisateurs. » En ligne de mire, un contact tête contre tête entre Maxime Lucu et Alfie Barbeary, qui n’a pas été sanctionné. Ces accusations sont soutenues par Brian O’Driscoll, légende irlandaise, qui qualifie ce manque de ralentis de « grotesque ».
### La frustration du manager de Bath
Si Johan van Graan reconnaît sportivement la victoire bordelaise, il déplore néanmoins que les arbitres n’aient pas disposé de tous les outils nécessaires pour juger les trois coups à la tête reçus par Barbeary.
L’entraîneur sud-africain souligne le manque de moyens techniques : « Pour un match aussi incroyable, nous devons nous assurer que les officiels aient le matériel dont ils ont besoin, et je n’ai certainement pas vu les angles en question venir à l’écran. »
Face à ce qu’il considère comme une injustice, Andy Goode réclame désormais à l’EPCR l’instauration de réalisations indépendantes afin de garantir l’équité des rencontres européennes.
### L’interview polémique de Fred Godard refait surface
Au cœur de cette polémique, une interview réalisée en 2019 par Télérama refait surface. Fred Godard, réalisateur de France Télévisions chargé des matches de rugby, dont ceux de l’équipe de France et de la Champions Cup, y expliquait ouvertement son parti pris.
À l’époque, il confirmait être chauvin et « cocorico » : « Moi, je suis un peu cocorico. » Il reconnaissait aussi choisir lui-même les images à présenter aux arbitres vidéo lorsque ces derniers font appel au TMO.
Plus troublant encore, il avouait vouloir influencer l’arbitre en diffusant préférentiellement des images favorables au XV de France, notamment lorsque les Bleus affrontaient l’Angleterre.
Extraits révélateurs :
« Quand l’arbitre vidéo revoit une séquence, c’est moi qui lui propose différents angles. Est-ce que parfois, je peux oublier un axe ? Il faut que je fasse attention… (sourire). Un Anglais supporte les Anglais, un Français supporte les Français… Il m’est arrivé, en Coupe d’Europe, de ne pas montrer un coup donné par un joueur de Castres dans une mêlée. Le joueur aurait pu être expulsé. Il y avait un début de bagarre, on avait compris que le talonneur français avait commencé. L’arbitre vidéo m’a demandé l’image… Ah ! je ne l’avais pas. Si j’avais été anglais, je l’aurais eue. Sur un autre match, à Toulon, j’ai pu considérer qu’un essai était valable dans l’esprit. J’ai peut-être oublié un angle… C’est possible… »
Et sur une autre polémique :
« Quand l’Angleterre perd contre la Nouvelle-Zélande pour un pied qui effleure la ligne dans les dernières minutes, Rowan Kitt [l’arbitre vidéo de France/Afrique du Sud, le même jour] estime que ce n’est pas dans l’esprit du jeu, que l’essai devait être validé. N’oubliez pas qu’il est anglais ! Si j’avais été le réalisateur néo-zélandais du match, j’aurais multiplié les ralentis en avant, en arrière, pour faire capituler l’arbitre vidéo devant l’évidence. Si tu es dans l’autre camp, tu mets l’image, mais tu insistes moins. Soit l’arbitre t’a compris, soit il est intransigeant. Mais bon, on essaye d’être objectif parce que maintenant on est observés. Il y a quinze ans, c’était plus libre. »
Cette interview déjà restée dans les mémoires risque fort de nourrir un débat encore intense sur la partialité et la transparence dans les retransmissions du rugby européen.







