
**Didier Lacroix appelle à une réforme urgente du salary cap face aux enjeux du droit à l’image**
Dans un contexte où le rugby professionnel évolue rapidement, Didier Lacroix, président du Stade Toulousain, s’est exprimé sur un sujet délicat : le droit à l’image des joueurs et son impact sur le salary cap. Dans une interview accordée à *Midi Olympique*, il a partagé plusieurs anecdotes révélatrices et lancé un appel à une grande réflexion.
### « S’ils peuvent gagner un peu plus, je les soutiendrai »
Pour Didier Lacroix, il est essentiel que les joueurs puissent tirer pleinement profit de leur image, surtout dans une carrière souvent courte. Il affirme ainsi :
*« S’ils peuvent avoir l’opportunité, sur une carrière courte, de gagner un peu plus d’argent, je les comprends complètement et je les soutiendrai. Je ne suis pas président de Provale pour tenir le flambeau, mais je les soutiendrai. »*
Le dirigeant regrette par ailleurs que la question du salary cap n’ait pas été abordée plus en profondeur, plaidant pour une large concertation :
*« Il fallait organiser un véritable Davos des règlements du salary cap et mener une réflexion profonde où l’on pourrait poser autant de questions que l’on veut, peut-être même avec la présence de sommités, de juristes qui auraient pu être consultés, voire des membres du Conseil d’État, afin d’avoir une vraie consultation. »*
### Antoine Dupont, joueur et influenceur : un nouveau défi économique
Didier Lacroix souligne que le rôle du joueur a profondément changé avec l’essor des réseaux sociaux et du marketing personnel. Illustrant son propos avec l’exemple d’Antoine Dupont et d’un partenariat potentiel avec Peugeot, il explique :
*« La nature du rôle du joueur évolue. Le joueur n’a rien à voir avec un joueur d’il y a dix ans, ou même d’il y a cinq ans. Pourquoi ? Parce qu’il est à la fois un joueur et un influenceur. Il est à la fois un membre du club mais il peut être, demain, en partie un concurrent économique du club. Pourquoi ? Parce que, si son image associée à une entreprise vient concurrencer le club, on peut avoir les prémices d’un affaiblissement de l’économie dans les clubs. »*
### Le dilemme Romain Ntamack et Red Bull
Autre illustration des difficultés posées par les règles actuelles : le cas de Romain Ntamack. L’ouvreur international collabore depuis plusieurs années avec Red Bull, aujourd’hui nouveau sponsor du Stade Toulousain. Didier Lacroix avertit :
*« Des joueurs qui ont déjà un partenaire personnel qui devient sponsor du club, il y en a eu d’autres. A priori, il y a une tolérance parce que le joueur avait déjà le partenaire avant qu’il ne devienne partenaire du club. […] Mais quand on renouvelle ces partenariats, ils deviennent concomitants et ils peuvent être considérés parties associées. Et cela ne nous paraît pas gérable. »*
### Une anecdote révélatrice autour de Tommaso Menoncello
Le président toulousain raconte aussi une histoire impliquant un futur joueur, probablement Tommaso Menoncello, et l’entreprise Stiga, partenaire officiel du club :
*« Nous avons intégré une entreprise partenaire pour des tondeuses autonomes, Stiga. C’est une entreprise italienne et elle nous accompagne dans le cadre d’un partenariat de fournisseur officiel du club. Cela veut dire qu’elle peut également communiquer avec l’image du club. Après avoir contractualisé, l’entreprise a su que nous allions peut-être faire signer un joueur italien. Elle a immédiatement sauté sur l’occasion en disant vouloir être partenaire de ce joueur, d’autant plus qu’il était en plein Tournoi des 6 Nations. Nous lui avons répondu que c’était impossible car cela rentrerait dans l’assiette du salary cap. On ne peut pas dépasser. Et le joueur se trouve privé sans raison de revenus supplémentaires. »*
### Quand une simple tondeuse « pèse » lourd dans le salary cap
Didier Lacroix relate un autre cas concret avec le troisième ligne anglais Jack Willis :
*« Le même partenaire se dit alors : « Bon, je vais utiliser la force du Stade toulousain. » Nous organisons des “Sponsordays” sur lesquels nous avons nos joueurs présents : trois d’entre eux sont invités à être acteurs de tel ou tel storytelling pour les entreprises. Parmi eux, il y a un de nos capitaines, Jack Willis. Et Jack, malin qu’il est, me dit : “Ah, c’est chouette ! On ne pourrait pas avoir chacun une tondeuse pour chez nous, pour ceux qui ont des maisons individuelles ?” »*
*« Jérôme Cazalbou répond : “Si vous offrez une tondeuse, c’est considéré comme avantage en nature et cela rentre dans le salary cap.” Avec 52 joueurs dans l’effectif et la tondeuse valorisée à 1 500 euros, cela fait plus de 75 000 euros au total à déclarer. Nous n’avons pas la place pour cela dans notre salary cap, aujourd’hui.” »*
### Un cadre rigide né des excès du passé
Didier Lacroix reconnaît que ces règles strictes ont été instaurées pour éviter les abus d’antan :
*« À aucun moment je n’ai dit qu’un référent d’un club devait trouver une autre organisation pour payer ses joueurs. Ce n’est pas du tout mon propos. »*
Avant d’ajouter :
*« Je n’y étais pas. J’en ai un peu entendu parler, je pense qu’il y a un certain nombre de présidents de cette période-là qui savent beaucoup mieux que moi comment était ce système-là. Et il est évident qu’on ne doit pas, et qu’on ne pourra jamais, réautoriser ce genre de choses. »*
### La nécessaire responsabilisation des joueurs
Enfin, Didier Lacroix insiste sur la responsabilité individuelle des joueurs dans la gestion de leurs contrats personnels :
*« Quand les joueurs ont d’eux-mêmes contracté avec un partenaire sans nous le dire, on a une responsabilité, mais il faut qu’on trouve également, avec Provale (syndicat des joueurs, N.D.L.R.), avec leurs agents, la capacité à les contraindre, c’est-à-dire qu’ils prennent leurs responsabilités. […] Quelle sanction peut-on mettre envers un joueur qui n’a pas rempli cette obligation de transparence ? On peut lui reprendre la quote-part de sa prime d’éthique, oui. Mais il faut aussi les responsabiliser. Il faut définir un cadre avec eux. C’est nouveau. »*
Face à ces évolutions, le rugby professionnel se trouve à un carrefour. L’appel de Didier Lacroix à une large consultation avec tous les acteurs du rugby est un signal fort : sans adaptation des règles, la gestion du salary cap risque de freiner à la fois le développement économique des clubs et l’épanouissement des joueurs.







