Le dossier autour de la tragique disparition de Medhi Narjissi prend une nouvelle dimension. Alors que Florian Grill, président de la Fédération Française de Rugby (FFR), affirmait récemment à Midi Olympique que ni la FFR ni la Direction Technique Nationale (DTN) n’étaient informées de l’organisation d’un bain en mer le jour du drame, de nouveaux éléments viennent sérieusement remettre en cause cette version.
Mis en examen en tant que personne morale pour homicide involontaire, la Fédération maintient sa position : les décisions ayant conduit au drame auraient été prises uniquement sur place, en Afrique du Sud. Florian Grill expliquait ainsi dans Midi Olympique : « C’est incompréhensible. La décision prise sur place est à l’opposé de ce qui est écrit dans le planning de la DTN qui ne prévoyait aucune baignade en mer. C’est totalement incompréhensible (…) Mais c’est bien sur place que ça s’est passé. »
Le président de la FFR insistait également sur l’absence, selon lui, de responsabilité pénale pour la Fédération ou la DTN : « Oui, elle a mis un staff conséquent, ultra-diplômé, bien supérieur même à ce qui était nécessaire en termes d’encadrement. (…) Je ne vois pas de responsabilité pénale, ni de la FFR ni de la DTN. Je vois des décisions incompréhensibles prises localement. »
Pourtant, plusieurs représentants de la DTN et de la FFR figuraient dans une boucle WhatsApp où, dès le matin du drame, la possibilité d’un bain froid en mer avait été évoquée. Selon L’Équipe, ce groupe de discussion incluait notamment Cédric L., manager des équipes de France jeunes, et Élise M., salariée de la Fédération et team manager.
À 8h14, le préparateur physique Robin Ladauge écrivait dans ce groupe : « Obligation de faire un bain froid aujourd’hui. Deux options s’offrent à vous. 1) Bain froid sur la plage du cap de Bonne Espérance – attention petite descente d’une centaine de marches pour y descendre. Prévoir serviette et maillot de bain. 2) Bain froid en rentrant à l’hôtel vers 17 h. »
Selon les informations révélées, personne dans cette boucle n’a exprimé d’opposition à cette séance de baignade, remettant en cause la version de Florian Grill qui affirme que ce bain n’était pas prévu dans le programme validé par la DTN.
Le drame s’est produit quelques heures plus tard sur la plage de Dias Beach, connue comme l’une des plus dangereuses au monde. Aux alentours de 16 heures, Medhi Narjissi disparaissait en mer lors de cette séance de récupération organisée sur place.
Le rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche précise que Robin Ladauge connaissait déjà cette plage, où il s’était baigné plusieurs fois lors d’une tournée précédente en Afrique du Sud.
Face à ces révélations, la FFR minimise l’importance de la boucle WhatsApp. Par la voix de son avocat, Me Chichportich, la Fédération estime que ces échanges n’ont aucune incidence sur sa responsabilité pénale : « La présence de Cédric L. et Élise M. dans cette boucle ne change en rien la position de la FFR. Le premier était en congés et n’a pas été sollicité pour une quelconque validation. La seconde était à Paris et n’avait ni la compétence, ni l’autorité pour intervenir sur le staff. Cette boucle est un non-sujet qui n’a aucune incidence sur la responsabilité de la FFR. »
L’avocat ajoute que la juge d’instruction n’a pas particulièrement insisté sur ces échanges lors de la procédure.
L’enquête se poursuit. Robin Ladauge et Stéphane Cambos ont été mis en examen pour homicide involontaire, tout comme la Fédération française de rugby, qui est accusée d’homicide involontaire par « maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence ».
La justice reproche notamment à la FFR des « défaillances dans l’organisation du stage des U18 en Afrique du Sud et des manquements dans la prise en charge spécifique des mineurs ».
Cette investigation, qui continue de faire grand bruit dans le rugby français, vise désormais à déterminer précisément les responsabilités dans ce drame bouleversant.







