Ce samedi, Nice et Narbonne s’affrontent en finale de Nationale, une rencontre qui suscite déjà de vives attentes. Jean-Baptiste Aldigé, président de Nice, s’est confié à L’Indépendant au sujet de cet affrontement, brossant un tableau à la fois lucide et critique du rugby français.
Dès le départ, Aldigé tempère l’enjeu de cette finale : « Ce n’est pas une semaine normale, elle est particulière, mais ce n’est pas non plus la finale de la Coupe du monde. Et même si ça l’était, cela ne reste que du rugby. Cela n’empêche pas tout le monde de dormir, tout le monde ne tremble pas. Après à Nice, ce n’est pas un territoire qui vit les choses comme à Narbonne, ou à Agen et au Pays basque par rapport au rugby. Dans notre quotidien, pas grand-chose ne change. »
Le président niçois souligne l’importance du club de Narbonne et son attachement populaire : « Je reconnais à Narbonne beaucoup de similitudes avec ma terre d’origine Agen. C’est une ville qui vit pour le rugby, pour le Racing, un club historique. Le public narbonnais a toujours été là et vit pour son club. C’est un vecteur de cohésion sociale et de vivre-ensemble pour ce territoire. »
Pour Aldigé, Nice et Narbonne sont les deux meilleures équipes de Nationale, une assertion qui lui a valu des commentaires virulents, notamment du côté d’Albi : « Cela m’a valu des insultes à Albi par le public d’ailleurs, peut-être que leur entraîneur n’avait pas réalisé qu’il n’avait pas un staff d’expérience, que les déclarations dans les journaux, cela a un impact sur les publics passionnés sur les réseaux. J’ai eu le malheur, aujourd’hui le bonheur comme c’est la réalité, que ma liberté d’expression me fasse dire ça, cela ne fait pas de moi un sale ou un bon type, c’est mon avis. Je suis en charge de clubs de rugby depuis des années, j’ai un peu d’expérience. Mon avis, qui peut-être faux, se vérifie. »
Il défend son équipe : « Déjà je crois en Nice, je ne vais pas dire le contraire. J’ai vu beaucoup d’analyses sur notre équipe, mon rugby ce n’est pas trop les mercenaires et le “pas copain”. Vous demanderez aux Biarrots avec qui je suis monté, dont Gilles Bosch. Et après Narbonne, parce que cela fait plusieurs fois qu’ils chatouillent les phases finales, ils ont un effectif d’expérience et qu’ils sont allés gagner à Massy et Albi. Ils ont aussi un bon staff d’expérience, depuis la première journée, j’ai dit à Jacques, “c’est toi ou c’est moi pour le barrage contre Biarritz”. Il y a moins de pression, donc sur cette finale, puisque ça ne devrait pas être Biarritz en access-match. »
Mais le président ne cache pas sa déception concernant le choix du Stade Marcel-Verchère, à Bourg-en-Bresse, pour accueillir la finale : « Il y a deux ans, la FFR n’avait pas eu de problème à donner la finale à Chambéry, l’an dernier non plus à Narbonne. A priori, cette année non plus dans un club que j’apprécie peu, je ne me ferai pas des copains, je m’en fous, c’est de notoriété publique. Peut-être qu’ils considèrent ce stade comme un stade de Ligue des Champions comme l’OM a joué là-bas en Coupe de France. Toujours est-il qu’ils ont réussi à noter un cahier des charges en disant que Marcel-Verchère avait plus de qualités que le stade FIFA de l’Allianz Riviera. Et ils ont des meilleures notes, c’est fort. Et il faut mettre au cahier des charges que la capacité ne doit pas dépasser 10, 20, 30 ou 40 000 personnes et dire “notre ambition est de ne pas faire plus de 10 000 pour la finale”, cela montre justement leur ambition. »
Il rappelle ses expériences passées et son attachement à l’avenir du rugby : « J’étais à l’UBB les premières années, un jour, nous avons pris le pari fou de jouer à Chaban-Delmas et aujourd’hui, tout le monde voit ce que ça donne. Un jour, Max Guazzini a inventé le rugby professionnel, et a décidé de faire un match au Stade de France. Visiblement, ce genre de type, nous les trouvons du côté de la Ligue nationale de rugby, plutôt qu’à la Fédération. C’est triste. L’Allianz devra faire des travaux pour être à la hauteur la prochaine fois. »
Il dénonce aussi la gestion financière et organisationnelle autour de la finale : « Marcel-Verchère a eu une meilleure note sur la capacité d’accueil des joueurs, dirigeants, arbitres. Nous avions déjà 400 000 euros de billetterie achetés, de chiffres d’affaires pour la FFR, pour inviter toutes les collectivités, tous les jeunes du territoire des Alpes-Maritimes, les collèges et lycées. Là, nous avons des places à 30 ou 50 euros, et encore mieux les dirigeants de Nice et Narbonne doivent payer 180 euros pour s’asseoir en tribune officielle, sans parking, alors qu’on paye les acteurs du spectacle. Donc nos actionnaires, il faut leur dire “c’est votre équipe, vous avez mis des millions et devez payer pour s’asseoir sans le parking”. Nous sommes chez les fous, ce n’est pas la fête de Bourg-en-Bresse, c’est celle de Narbonne et Nice et du rugby. Il ne faut pas se tromper. Donc c’est un problème. »
Enfin, Jean-Baptiste Aldigé ne cache pas son amertume face au fonctionnement du championnat de Nationale : « L’organisation c’est n’importe quoi, c’est le Far West. Je n’ai pas l’impression qu’ils aient envie d’en changer, nous pouvons faire ce qu’on veut quand un championnat n’est pas régi économiquement, il est déjà truqué. L’intérêt est encore plus important, c’est à se rendre malade de ne pas savoir ce qui va se passer, quelle règle va sortir, ce n’est pas possible. »
À la veille de la finale, ces propos révèlent non seulement la passion du président niçois pour son club, mais également une forte critique du système et de l’organisation autour du rugby de Nationale. Une finale qui s’annonce donc aussi tendue en dehors du terrain qu’elle ne le sera sur la pelouse.







