Pendant plus de vingt ans, Rodrigo Capó Ortega a été l’incarnation même du Castres Olympique. Guerrier respecté, leader incontesté du vestiaire, double champion de France avec le CO et international uruguayen à 41 reprises, le deuxième ligne semblait avoir construit une carrière exemplaire et une vie bien équilibrée.
Pourtant, derrière cette figure de combattant, l’après-rugby s’est transformé en cauchemar. Sans le soutien indéfectible de sa femme Julie, cette histoire aurait pu mal se terminer.
### Une carrière brusquement interrompue
Rodrigo Capó Ortega n’a jamais vraiment choisi le moment d’arrêter sa carrière. Comme beaucoup d’athlètes, il avait imaginé cette transition pendant des années. Mais la pandémie de Covid-19 est venue bouleverser tous ses plans.
« L’après-carrière, ça a été un arrêt soudain puisqu’il a arrêté pendant le Covid », confie Julie dans les colonnes de *Midi Olympique*.
Avant d’ajouter : « Il a joué son dernier match sans le savoir. »
Le joueur castrais pensait pouvoir reprendre après le confinement. Mais peu à peu, tout a basculé.
### La descente aux enfers
Au début, Julie ne détecte rien d’anormal. Rodrigo poursuit son engagement avec le club, notamment auprès des Espoirs, et tente de cacher son mal-être.
Mais les signaux d’alerte se multiplient : « Certaines personnes me disaient que Rodrigo avait une attitude bizarre », confie-t-elle.
La situation se dégrade rapidement : « Il était chargé d’amener les enfants à l’école et j’avais des messages parce qu’il ne les avait pas emmenés. »
L’ancien joueur sombre alors dans l’alcool et la drogue. La violence fait aussi son apparition dans le quotidien familial : « Il était de plus en plus violent par les mots et ça devenait physique. »
### « Je me suis sentie seule au monde »
Face à cette spirale, Julie est dépassée. Sa propre famille finit par lui ouvrir les yeux. Rodrigo est hospitalisé, mais elle comprend vite qu’elle devra assumer presque seule ce combat : « Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas le garder et qu’il fallait que je me débrouille. »
Elle confie, bouleversée : « Je me suis sentie seule au monde. »
Pourtant, Julie refuse d’abandonner son mari. Elle cherche des solutions, l’accompagne dans son sevrage et refuse notamment de le laisser dans certains établissements qu’elle juge inadaptés : « Je le vois encore me regarder et me dire : ne me laisse pas là. »
### Le Castres Olympique toujours solidaire
Durant cette période difficile, le Castres Olympique a joué un rôle crucial. Julie contacte alors directement Pierre-Yves Revol, le président du club.
« Rodrigo a donné 20 ans de sa vie au club alors j’ai joué franc jeu avec Pierre-Yves Revol », explique-t-elle.
Touché, le président s’engage à soutenir son ancien joueur : « Je lui ai promis qu’il reviendrait et demandé qu’il lui garde une place au club. »
Cette confiance a été un appui décisif dans la reconstruction de Rodrigo.
### Une renaissance et un nouvel engagement
Aujourd’hui, Rodrigo Capó Ortega va mieux. Il travaille désormais autour de la santé mentale et intervient dans différents clubs pour sensibiliser les joueurs aux difficultés de l’après-carrière.
Sa femme reste à ses côtés, attentive : « Je ne veux pas qu’il retombe alors je l’encourage dans cette nouvelle voie. »
Le couple souhaite désormais transmettre un message fort aux sportifs professionnels : anticiper l’après-carrière, et surtout ne jamais rester seul face aux épreuves.







