Thierry Cazedevals, l’un des agents les plus influents du rugby français, a livré un témoignage captivant dans le Podcast Rugbyphysio, en revenant sur le parcours semé d’embûches de Thomas Ramos.
L’arrière du XV de France a connu des débuts particulièrement difficiles au Stade Toulousain. Selon une source interne au club, « Thomas Ramos ne jouera jamais en Top 14 ». Un pronostic négatif qui aurait pu briser la carrière du joueur. Thierry Cazedevals raconte : « Thomas Ramos, ça ne se passe pas bien au Stade Toulousain car il ne joue pas trop. À l’époque, il y a quelqu’un au Stade Toulousain qui n’y est plus aujourd’hui et il me dit : Thomas Ramos ne jouera jamais en Top 14. Je dis ok. Je l’écoute, je n’ai pas la prétention d’avoir son expertise donc je l’écoute. »
Face à cette situation, l’agent propose au joueur de tenter sa chance en Pro D2, du côté de Colomiers. Cette décision change tout. « Je dis donc à Thomas Ramos que l’on va partir et que l’on va trouver un club en Pro D2. Et tu vas leur montrer. Il m’a dit : oui, je vais leur montrer. On trouve Colomiers tout de suite car j’avais déjà parlé avec Colomiers. On signe un an à Colomiers. Il devient meilleur réalisateur de Pro D2 et meilleur joueur de Pro D2. Il s’éclate. Il retrouve une ambiance, Bernard Goutta entraîne, c’est à l’ancienne. La Pro D2 jouait le dimanche à cette époque. Il reprend du plaisir. »
Le passage vers Colomiers s’est opéré rapidement, sans débat. « Je n’ai pas souvenir de longue discussion pour le convaincre. Il était formaté. On s’est dit : s’il ne performe pas à Colomiers, il ne mérite pas de jouer au Stade Toulousain et certains gens auraient donc eu raison. À lui de montrer qu’ils avaient tort. C’était le cheminement intellectuel de Thomas sur le coup alors qu’il avait 21 ans. C’est très costaud. Et défi relevé, il a montré. »
Son retour au Stade Toulousain n’a pas non plus été une sinécure, la concurrence à son poste étant féroce, notamment avec des joueurs comme Kolbe ou Médard. « Mais ce n’est pas simple quand même. 2018 / 2019, il y a une grosse concurrence car il y a Kolbe, Médard… C’est compliqué, il s’accroche et il est champion de France en 10 après une demi-finale catastrophique contre La Rochelle. Il y avait de grosses discussions dans le staff de Toulouse pour le titulariser ou non en finale. Il n’avait pas été bon du tout sur la demi-finale, il était passé à côté. Et sur la finale, il y a deux minutes de jeu, Clermont ouvre le score, dans la foulée, Toulouse a une pénalité sous les poteaux de Clermont, il prend le ballon et tente une transversale pour Huget et ça foire alors qu’il pouvait revenir à 3 – 3. Il tente ça… Et après, sur l’action d’après, il y a une pénalité à 30 mètres et il l’a met. Ce qu’il y a d’extraordinaire avec Thomas Ramos, c’est qu’il fait trois saisons avec des performances toujours plus élevées. »
L’agent revient également sur une blessure mystérieuse lors de la Coupe du monde 2019, qui a privé Ramos d’une participation pleine et entière. « En 2019, il part à la Coupe du monde au Japon sans être titulaire indiscutable et il y a cette blessure à la cheville, on ne saura jamais. Contre les USA, il se fait une petite entorse, à priori le staff médical de l’équipe de France pense qu’il peut rejouer, mais le staff refuse de prendre le risque d’avoir un joueur blessé. Il rentre à la maison. Il n’est pas bien du tout. On passe deux ou trois heures avec Sophie qui est sa femme désormais. On boit des Perrier. Je lui demande d’appeler Ugo Mola pour lui dire qu’il n’a pas mal et qu’il a envie de jouer. Il appelle Ugo Mola et il lui dit qu’il veut jouer et il joue contre Castres. Il fait un gros match. On ne saura jamais pour quelle raison il n’a pas été gardé en équipe de France mais c’est une cicatrice qui a mis du temps à se refermer. »
Malgré la montée d’une concurrence toujours plus intense à Toulouse – avec des talents comme Melvyn Jaminet, Ange Capuozzo ou Arthur Retière –, Thomas Ramos est toujours resté le premier choix. « Il y a ensuite eu de la concurrence avec Melvyn Jaminet puis Ange Capuozzo puis Arthur Retière. Il y avait avant Huget, Médard et Kolbe. Il y avait du monde, il y a toujours eu du monde. Mais c’est lui qui est toujours sorti numéro 1 à chaque fois et c’est pareil en équipe de France. Il y a eu Bouthier, Dulin, Jaminet, il y a eu beaucoup de concurrence et il est allé se la chercher. Il est légitime. C’est une ronce, il est toujours là, il reste accroché. »
En guise de conclusion, Thierry Cazedevals souligne la maturité et la rigueur du joueur, tant sur le terrain que dans la vie quotidienne. « Ce joueur a une maturité, il a une intelligence sur le terrain mais aussi dans la vie. Quand tu parles business avec lui, tu n’as pas besoin d’expliquer les choses 10 fois, il percute directement. Parfois il te donne même des idées car il a peut-être de meilleures idées. Il te challenge en permanence. Il est très exigeant donc il sera pareil avec son entourage. Thomas Ramos est très chambreur aussi. Il a été élevé par Huget et Médard qui étaient les pires des pires. Ils te font de tout. Thomas a été élevé comme ça. Pour lui, ça fait partie de la transmission et il faut que les jeunes ramassent. C’est aussi un joueur qui dort beaucoup, qui récupère beaucoup, ça fait très attention à ce que ça mange, ça ne picole pas. C’est un vrai pro. Et il est en permanence dans la compétition sur n’importe quoi, à la pétanque, au golf… »
Un témoignage qui éclaire le parcours exceptionnel d’un joueur qui a su faire taire les sceptiques pour s’imposer au plus haut niveau.







