La démonstration de force de l’Union Bordeaux-Bègles (UBB) contre Leinster samedi à Bilbao (41-19) a une nouvelle fois mis en lumière la magie de la Champions Cup. Mais, en marge de ce week-end basque, les discussions ont surtout porté sur un enjeu majeur : la refonte du format de la compétition.
Réunis en marge des finales, les dirigeants de l’EPCR, les représentants des ligues et les décideurs du rugby européen ont abordé un sujet devenu central : faut-il transformer en profondeur la Coupe des champions ?
### Une phase de poules de plus en plus contestée
Le principal reproche vise la phase de poules actuelle, jugée « difficile à suivre, peu lisible et parfois peu compétitive ». Ce constat est partagé en interne où l’intérêt pour ce format s’érode progressivement.
Les clubs anglais, notamment, militent pour une réforme radicale. Selon *The Telegraph*, plusieurs dirigeants britanniques souhaitent réduire le nombre de participants de 24 à 16 équipes, tout en supprimant la phase de groupes. La compétition commencerait alors directement par des huitièmes de finale en aller-retour, suivis des quarts, demi-finales et finale, sur trois week-ends consécutifs.
### La LNR favorable à des évolutions
Du côté français, la réflexion est également en cours. Yann Roubert, président de la Ligue nationale de rugby (LNR), Emmanuel Eschalier et Thomas Castaignède étaient à Bilbao pour débattre de l’avenir de la compétition. Selon *L’Équipe*, la LNR verrait d’un bon œil une évolution du format, notamment pour alléger le calendrier et réduire la surcharge physique des joueurs, un point désormais central dans toutes les discussions.
### La préservation de “la magie” des phases finales
Si la critique du format de la phase de poules est unanime, la plupart refusent de toucher à l’essence même des phases finales. Yannick Bru, manager de l’UBB, l’exprime clairement : « Ce qui pose question, c’est une phase de poules illisible dans sa préparation et compliquée dans son exécution. »
Pour lui, la magie de la Champions Cup demeure intacte lors des matchs couperets. Il souligne la dimension unique des confrontations entre les meilleures équipes européennes : « Affronter Toulouse en quarts, Bath, le champion d’Angleterre, en demies… c’est cette dimension passerelle entre le rugby international et le rugby des meilleurs clubs. »
Ancien talonneur, Bru tient à préserver ce qui, selon lui, constitue l’âme de la compétition : « J’ai été élevé aux confrontations avec Brian O’Driscoll, Leo Cullen, et le Leinster et je l’ai au fond de moi. » Il conclut : « Toute sa magie naît au moment des phases finales et, en ce sens-là, elle n’est pas égalable. »
### Leo Cullen partage les mêmes préoccupations
Du côté du Leinster, Leo Cullen partage cette même inquiétude. Avant la lourde défaite de son équipe contre Bordeaux, le manager irlandais avait insisté sur la nécessité de préserver l’identité de la Champions Cup : « J’espère que les organisateurs sauront le préserver, car c’est un tournoi vraiment unique, et incroyablement difficile à remporter. »
### Pas de changement avant 2030
Malgré l’intensité des débats, aucune décision concrète n’a été prise lors du week-end à Bilbao. Selon une source proche du dossier, « pour le format, il n’y a pas d’urgence. Rien ne bougera avant 2030. »
Néanmoins, les discussions devraient s’accentuer dans les mois à venir, notamment à l’approche de la future Coupe du monde des clubs, prévue dans deux ans.
### L’avenir des franchises sud-africaines en suspens
Autre dossier épineux : la place des franchises sud-africaines dans les compétitions européennes. *The Times* révélait récemment que l’Afrique du Sud envisageait un retrait de la Champions Cup, une affirmation nuancée par la suite. Si la fédération sud-africaine réclame des changements, les franchises souhaitent continuer leur participation via l’United Rugby Championship (URC).
Le président de la fédération sud-africaine, Mark Alexander, a reconnu la complexité de la situation : « Nos revenus proviennent de notre participation aux tournois. La participation est importante, mais nos joueurs sont surmenés. » Avant de conclure : « Nous devons prendre des décisions difficiles en tant qu’organisation. »
Derrière le spectacle et les performances sur le terrain à Bilbao, l’avenir économique et sportif du rugby européen se joue donc toujours en coulisses.







