Paul Boudehent, troisième ligne du Stade Rochelais et international français, ne laisse personne indifférent. Sur le terrain comme en dehors, il cultive une personnalité singulière, loin des discours formatés qui dominent souvent le rugby professionnel.
Invité de l’émission « L’entretien des Potos » sur RMC Sport, ce joueur de 26 ans s’est livré avec une franchise rare sur son caractère, son rapport aux autres, aux médias, et bien sûr, au rugby.
### « Je suis plus qu’un physique »
Confronté depuis des années aux préjugés liés à sa puissante carrure, Boudehent se défend : « Quelque chose qui me chagrine un peu depuis pas mal d’années, et qui m’agace avec le temps, c’est que les gens me réduisent vachement à mon physique, au fait que je sois costaud. Quand je parle avec des gens avec qui je n’avais jamais eu l’occasion de parler avant, ils me disent: ‘Ah, mais tu piges, tu comprends, tu…’ J’ai envie de leur dire… Toutes ces personnes-là pensent juste que je suis un abruti qui s’enferme dans une salle de muscu et qui… Si vous saviez le nombre de fois (où l’on m’a tenu ce discours). »
Il ajoute : « Je me rends compte que les gens le font inconsciemment, c’est souvent maladroit de leur part, mais tu lis un peu la surprise en eux. Ils s’attendent vraiment au benêt. Mais non, les gars, on sait tenir une phrase, on sait conjuguer des verbes… »
Cette image réductrice a parfois fini par l’agacer : « Il y a des moments où ça m’a agacé. Je suis plus qu’un physique! Après, je me dis, écoute, laisse couler. Je préfère qu’on retienne de moi que je suis un beauf plutôt qu’un abruti, parce qu’à la rigueur, s’ils se disent que je suis un beauf mais que je réfléchis, au moins, j’aurais gagné ça. »
### Un caractère fort qu’il a appris à maîtriser
Très porté sur l’introspection, Boudehent a beaucoup travaillé sur lui-même. « J’aime bien faire vachement de travail d’introspection. Comprendre et analyser les gens, aussi. Comprendre pourquoi ça se passe très bien avec cette personne-là, pourquoi est-ce plus compliqué avec celle-ci, ou pourquoi ça ne se passe pas bien du tout avec celle-là? »
Ce travail lui a permis de mieux gérer ses relations : « Au début, je ne comprenais pas que mon caractère puisse ne pas être compris par certaines personnes. Je me disais: ‘Ce mec-là, il ne m’aime pas, c’est un gros con!’ En fait, non, c’est juste que j’ai pris conscience que j’avais cette personnalité-là et qu’elle pouvait déranger. »
Aujourd’hui, il cherche à s’adapter : « Moi, j’ai envie de bien m’entendre avec tout le monde, alors, évidemment ce n’est pas possible, on ne vit pas dans le monde des bisounours, mais, du coup, tu sais un peu quoi mettre en place pour adapter ton dialogue. »
### Sa relation mouvementée avec Ronan O’Gara
Doté d’un fort tempérament, Boudehent avoue avoir longtemps eu des difficultés avec l’autorité. « Gamin, j’avais un gros problème avec l’autorité. Un prof qui me tenait tête, ça devenait un challenge. »
Cette facette de sa personnalité a marqué ses débuts avec Ronan O’Gara au Stade Rochelais. « Au début et pendant très, très longtemps, c’était le feu, avec Ronan O’Gara. »
Avec le recul, il comprend mieux l’exigence de son entraîneur : « C’est juste que Ronan est quelqu’un d’hyper exigeant, et quand tu ne comprends pas ça, t’as l’impression qu’il te déteste. »
Ce tempérament, autrefois difficile à canaliser, est désormais un atout : « Maintenant, j’estime que c’est une force parce que je connais un peu plus mes limites, mes forces, mes faiblesses, et je pense avoir beaucoup plus de contrôle maintenant sur mon caractère que quand j’étais gamin. »
### Un regard détaché sur le rugby
Malgré son statut d’international, Boudehent refuse de faire du rugby le centre absolu de sa vie : « Il y a des personnes, leur métier, c’est de sauver des vies. Il y a des métiers mille fois plus importants que le nôtre. »
Pour lui, le rugby reste avant tout une passion, mais aussi un métier temporaire : « Je ne suis pas marié avec le rugby. Potentiellement, dans neuf ou dix ans, c’est fini. »
Cette vision lui permet d’adopter une distance critique avec la perception qu’ont certains supporters des joueurs : « Les gens nous placent sur un piédestal qui ne devrait pas avoir lieu d’être. »
Enfin, il s’adresse directement aux internautes agressifs sur les réseaux sociaux : « Je suis désolé pour les personnes qui l’ont déjà fait, je me dis qu’il faut être un blaireau pour envoyer un message en disant à un mec qu’il est nul à chier parce qu’il n’a pas fait ci ou ça. »
Paul Boudehent, un joueur au fort caractère et à la personnalité atypique, continue ainsi de bousculer les idées reçues avec franchise et authenticité.







