
La progression fulgurante du rugby féminin s’accompagne d’un revers particulièrement sombre et inquiétant. Durant la Coupe du Monde de Rugby 2025, les joueuses et les officielles de match ont été nettement plus exposées aux attaques haineuses sur les réseaux sociaux que leurs homologues masculins. Une réalité chiffrée par World Rugby, qui évalue ce surcroît de risque à 69 %.
Face à cette dérive, l’instance internationale a déployé un système de surveillance d’envergure sur X, Instagram, Facebook et TikTok. Sur plus de 440 000 publications analysées, 1 189 contenus abusifs visant 45 comptes ont été identifiés. Une proportion de 0,27 % qui peut sembler minoritaire, mais qui s’avère en forte hausse par rapport au Mondial masculin 2023.
Body shaming et poursuites judiciaires internationales
Dans le détail des signaux collectés, les attaques ciblées prennent des formes très spécifiques. Le body shaming arrive largement en tête des discriminations, suivi de près par des propos transphobes et sexistes. Avec 54 % des cas confirmés, Instagram s’impose comme le réseau le plus toxique de la compétition.
La fédération internationale de rugby dresse un constat alarmant sur l’ampleur de ce phénomène sans frontières.
« Les joueuses et les officielles de match sont près de 70 % plus susceptibles d’être victimes d’abus en ligne, de discrimination et de discours haineux que leurs homologues masculins, les abus en ligne devenant un défi complexe et sans frontières »
Certains agissements ont dépassé le simple stade du commentaire haineux. Dix-sept comptes ont fait l’objet d’enquêtes approfondies, conduisant à la transmission de huit dossiers aux autorités judiciaires et aux plateformes, ciblant des auteurs basés en France, en Belgique, au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis.
Un dispositif de sécurité étendu aux familles et aux staffs
Pour contrer cette menace, World Rugby s’est associée à la société Signify afin de combiner intelligence artificielle, analyse humaine et poursuites pénales. Le périmètre de protection a même été étendu aux familles, aux officiels et aux membres des staffs techniques.
Le directeur général de World Rugby, Alan Gilpin, reconnaît l’ambivalence fondamentale des réseaux sociaux dans le sport moderne.
« Les réseaux sociaux ont transformé le sport pour le mieux, en favorisant les liens, le partage des histoires et la croissance. Mais ils augmentent également le risque de préjudice, de stress et de souffrance »
Le dirigeant réaffirme la volonté ferme de l’instance de ne laisser passer aucun écart.
« Nous avons pris position lors de la Coupe du Monde de Rugby féminine 2025 pour affirmer qu’il n’y a pas de place pour la haine dans le rugby ni dans la société, que nous soutenons et célébrons la personnalité et la diversité de nos joueuses et de nos officiels de match, et que nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour dénoncer, identifier et agir concrètement contre les auteurs d’abus. »
Plus de visibilité, plus de pression numérique
Cette explosion des attaques en ligne constitue un défi majeur pour l’avenir des compétitions féminines. À mesure que la popularité des athlètes grandit, leur exposition aux comportements malveillants s’intensifie mécaniquement.
L’entreprise spécialisée Signify confirme la corrélation directe entre succès sportif et explosion des violences virtuelles.
« Les données issues de la Coupe du Monde de Rugby féminine 2025 et du sport mondial confirment une tendance claire : à mesure que la visibilité et le succès du sport féminin s’accroissent, le volume et la gravité des abus en ligne ciblés augmentent également. »
Déjà projetée vers l’avenir, la fédération internationale a confirmé que ce programme de protection renforcé sera généralisé à l’ensemble des arbitres et officiels dès 2026, avec l’ambition d’endiguer cette haine en ligne sans freiner l’essor du rugby féminin.







