
En une décennie, le paysage de la Pro D2 s’est profondément transformé. Cette saison, neuf des seize clubs évolueront sur une pelouse synthétique, contre un seul lors de l’exercice 2015-2016. Une évolution qui ne relève plus du hasard, mais d’un véritable choix stratégique mêlant considérations sportives, économiques et logistiques.
Une surface devenue la norme
L’installation du premier terrain synthétique à Oyonnax, en 2015, pouvait encore apparaître comme une exception. Dix ans plus tard, Provence Rugby, Montauban, Nevers, Soyaux-Angoulême, Biarritz, Agen, Aurillac ou encore Colomiers ont tous suivi la même voie.
À l’inverse, seuls Dax, Valence-Romans, Narbonne et Nice évolueront encore sur une pelouse entièrement naturelle cette saison, tandis que Béziers, Brive et Grenoble disposent de surfaces hybrides.
Pour Mauricio Reggiardo, cette évolution répond aussi à une réalité du championnat.
Il explique via Midi Olympique :
« En adoptant cette surface, on s’habitue aussi à la surface que l’on va rencontrer le plus souvent cette saison. Il y a aujourd’hui neuf terrains de Pro D2 en synthétique, ça veut dire qu’on va faire quinze matchs chez nous et huit à l’extérieur sur cette surface, soit vingt-trois rencontres sur ces pelouses. »
Une évolution qui accompagne le rugby moderne
Le développement du synthétique accompagne également la volonté de proposer un rugby plus rapide.
Les sorties de balle sont plus fluides, les rebonds plus réguliers et les appuis plus francs. Les équipes privilégient davantage le mouvement, ce qui contribue à faire grimper le nombre de points et d’essais inscrits.
Les chiffres illustrent cette évolution : lors de la saison 2015-2016, les rencontres de Pro D2 affichaient en moyenne 42 points et 4,1 essais. Dix ans plus tard, ces moyennes atteignent désormais 52 points et 6,4 essais.
Mauricio Reggiardo estime que cette surface correspond parfaitement au rugby qu’il souhaite développer.
« Aujourd’hui, la qualité de ces pelouses est très bonne. Ça aide à bien jouer au rugby, à avoir de bonnes conditions. Ce n’est pas la surface idéale pour proposer un rugby de combat mais la vitesse et le déplacement du ballon sont l’avenir de ce jeu. Aujourd’hui, Agen est entre Toulouse et Bordeaux, deux équipes qui produisent un rugby spectaculaire. On essaye de s’inspirer un peu de ces modèles, de mettre de la vitesse et de marquer des essais de trois-quarts. Le synthétique nous convient donc très bien. »
Même constat chez Fabien Fortassin, désormais entraîneur à Brive.
« Aujourd’hui que ce soient les terrains, l’arbitrage et les règles, tout est fait avec cette volonté de pousser pour un rugby offensif et que ce dernier soit récompensé. Même si je n’ai jamais évolué dessus, ça correspond à ma philosophie. Je sais que certains joueurs ne sont pas tous fans notamment en termes d’hygiène par rapport aux éraflures mais ce qui est sûr, c’est que ça rend le rugby spectaculaire. »
Des économies considérables pour les clubs
Si le jeu explique une partie du phénomène, l’aspect financier reste tout aussi déterminant.
Selon plusieurs clubs, l’entretien annuel d’une pelouse naturelle représente entre 100 000 et 150 000 euros, contre seulement 10 000 à 20 000 euros pour un terrain synthétique.
Au-delà des économies, ces surfaces permettent une utilisation beaucoup plus intensive.
Le président de Colomiers, Alain Carré, y voit un véritable outil de développement.
« Surtout, on n’utilisera pas ce terrain uniquement quinze fois par an. Il sera beaucoup plus utilisé par toutes les équipes du club. Féminines, Espoirs, jeunes pourront y jouer. C’est un atout supplémentaire. En période hivernale, les entraînements pourront se faire sur le terrain d’honneur. »
Des terrains qui ont beaucoup évolué
Les premières générations de terrains synthétiques avaient suscité de nombreuses critiques, notamment de la part des joueurs.
Les fabricants ont toutefois largement fait évoluer leurs produits, au point de convaincre des clubs jusque-là réticents.
Alain Carré estime que les nouvelles générations offrent désormais des sensations bien différentes.
« Si vous regardez les terrains de Montauban, Mont-de-Marsan ou Biarritz, qui viennent tous du même constructeur que le nôtre, ils sont très bien. Ce ne sera pas comme à Aix-en-Provence où le terrain a déjà 7-8 ans, et qui est moins agréable pour les joueurs. »
Si certains rugbymen restent attachés au gazon naturel, notamment en raison des brûlures provoquées par certaines surfaces, la dynamique semble désormais clairement engagée. En Pro D2, le synthétique est progressivement devenu bien plus qu’une alternative : il est en train de s’imposer comme le nouveau standard.







