
Le manager du Stade Toulousain pousse un sérieux coup de gueule contre le fonctionnement du rugby professionnel.
Entre l’accumulation des rencontres, les nouvelles règles concernant les remplaçants, la pression médiatique et les restrictions imposées aux effectifs, le technicien Toulousain estime que la santé des joueurs est de plus en plus menacée. Il va jusqu’à comparer certaines dérives du rugby moderne aux « jeux du cirque ».
Alors que les internationaux s’apprêtent à enchaîner quatre rencontres de très haut niveau, le manager toulousain s’inquiète des conséquences physiques de cette nouvelle séquence. Pour lui, le problème dépasse largement le simple nombre de matches disputés et nécessite une réflexion sur l’organisation du rugby professionnel.
« Rendez-vous dans un mois » : Toulouse redoute de nouvelles blessures
Le changement de règle concernant le nombre de remplaçants suscite notamment des interrogations.
Interrogé par Midi Olympique, Ugo Mola reconnaît avoir initialement soutenu le principe d’une uniformisation, avant de mesurer les conséquences possibles sur un championnat aussi exigeant que le Top 14.
Il explique :
« Lors du Shape of the Game, la proposition de revenir à une uniformisation des remplaçants nous a été présentée. La grande majorité d’entre nous — très certainement à tort, et je bats ma coulpe — s’est dite que c’était normal d’uniformiser. Sauf qu’aucun autre championnat, que ce soit l’URC ou Premiership, n’a notre nombre de matches ni notre niveau d’intensité (encore que cela peut se débattre). Donc oui, cela a un impact réel. On va nous dire qu’il n’y a pas plus de blessés pendant les matches, mais c’est l’accumulation des performances et des expositions qui amène la blessure. Et le pire, c’est qu’on tire la sonnette d’alarme avant quatre matches internationaux de très haut niveau que vont devoir jouer nos internationaux… Rendez-vous dans un mois. »
Le technicien pointe ainsi les effets de l’accumulation des efforts, qui peuvent provoquer des blessures au-delà des seules rencontres pendant lesquelles elles surviennent.
« Les jeux du cirque ? Oui, un peu… »
Interrogé sur le sentiment de participer parfois à des « jeux du cirque », le manager toulousain reconnaît une certaine dérive dans la manière dont le rugby professionnel est organisé et médiatisé.
Il développe cette comparaison :
« Nous avons un impact sociétal réel. Ce n’est pas pour rien qu’on a joué pendant le Covid, pas pour rien que les stades sont toujours pleins malgré un contexte social compliqué, parce que les gens viennent prendre du plaisir au stade. Sommes-nous les acteurs des jeux du cirque d’il y a quelques siècles ? J’ai envie de dire oui, un peu… Le « coûte que coûte », la dramaturgie, le storytelling, la mise sous pression des staffs et des clubs, les descentes présentées comme des petites morts… L’enjeu devient de plus en plus médiatisé. Mais il ne faut jamais oublier l’activité principale : le jeu. Et ne jamais oublier ses principaux acteurs, qui sont les joueurs. »
Pour lui, la question de la santé physique doit rester centrale, au-delà des discussions sur la santé mentale des joueurs et des entraîneurs.
Il poursuit :
« En ce moment, tout le monde parle de la santé mentale des staffs et des joueurs, c’est la mode. Mais si tu ne remets pas la charge du travail et la disponibilité des joueurs au centre de la table et qu’à partir de là, tu construis chaque cas, ça ne marchera pas. Ou plutôt, ça continuera de marcher, mais avec une casse de plus en plus importante. »
Une solution venue de NRL pour protéger les joueurs ?
Le manager toulousain cite également l’exemple de la NRL, le championnat australien de rugby à XIII, où une période de récupération et de préparation est imposée après cinq saisons complètes.
Une disposition qu’il juge pertinente :
« En NRL, qui est pratiquement le championnat qui nous ressemble le plus, il y a une règle : après cinq saisons pleines, un joueur a une période imposée de récupération et de préparation. C’est paradoxal, mais moi qui suis contre les règles, je trouve malgré tout celle-ci intelligente. Si on n’impose pas ces périodes, les joueurs ne pourront jamais se régénérer. »
Cette proposition s’inscrit dans sa volonté de garantir aux joueurs de véritables périodes de repos et de préparation physique.
« Ceux qui sont pris en otage, ce sont les joueurs »
Au-delà du calendrier, le manager du Stade Toulousain s’interroge sur la capacité des effectifs actuels à supporter les exigences croissantes du rugby professionnel.
Il souligne notamment l’évolution des performances physiques, l’augmentation des contacts et les contraintes imposées aux clubs concernant les effectifs, les centres de formation et les prêts.
Il interpelle les instances sur ces questions :
« D’abord, se poser les bonnes questions. Dans un rugby toujours plus physique, où les performances des avants sont passées de 23-26 km/h en 2005 à 29/35 km/h aujourd’hui (et idem derrière), où le nombre de contacts augmente d’année en année, comment faire pour supporter la charge que demande notre championnat, la Champions Cup et la saison internationale ? Est-ce que cinquante joueurs suffisent, est-ce que les centres de formation sont suffisamment garnis, est-ce qu’on forme suffisamment bien pour exposer nos jeunes joueurs ? Et aujourd’hui, la seule réponse que l’on a, ce sont des règlements qui limitent le nombre de joueurs dans les effectifs ou dans les centres de formation, qui limitent le nombre de prêts… Mais à part du réglementaire répressif qui se veut équitable, ceux qui sont pris en otage, ce sont les joueurs… »







