Comme chaque équipe française se rendant en Afrique du Sud pour un match de Champions Cup, La Rochelle a essuyé de nombreuses critiques liées à la longueur et la difficulté du déplacement. Mais un joueur fait figure d’exception : Dillyn Leyds.
L’ailier et arrière rochelais se réjouit en effet de retourner jouer dans son pays d’origine. Interrogé par Rugby Pass, il témoigne de son attachement profond à l’Afrique du Sud :
« J’étais très jeune quand Nelson Mandela est devenu président. Mes parents ont vécu l’apartheid, je sais que c’était dur. C’est quand j’ai grandi, que je suis allé à l’école, que j’ai compris exactement ce qu’il avait fait pour changer le pays. Il a amené des valeurs, a essayé d’insuffler à tout le monde le bon état d’esprit. C’est un homme très charismatique. Tout le monde a passé des moments difficiles et essayé de grandir ensemble. »
Dillyn Leyds revient aussi sur sa décision de quitter son pays pour la France, motivée par une opportunité rare et encouragée par des joueurs comme Cheslin Kolbe :
« J’avais déjà un lien avec la France. Sur mes dix sélections avec les Springboks quand je jouais aux Stormers, quatre l’ont été contre la France. C’est rare d’avoir l’occasion de venir en France. Quand j’ai été en contact avec La Rochelle, j’ai dit à ma femme qu’on serait bêtes de refuser cette opportunité. J’ai demandé à Cheslin Kolbe qui était à Toulouse comment était la vie, le rugby, tout ça… Il m’a dit que venir en France avait été son meilleur choix. Quand j’ai signé, j’ai envoyé des messages aux étrangers d’ici, ils m’ont écrit « Ça va être cool, viens nous rejoindre ». »
L’adaptation n’a pas été simple, notamment en raison de la pandémie :
« Je suis arrivé pendant le Covid, c’était dur. Je venais à l’entraînement et quand je rentrais, j’étais tout seul à la maison. Cette première année m’a beaucoup aidé, elle m’a forcé à m’intégrer avec la culture, avec les mecs ici, à parler la langue qui est difficile. Ma femme est très contente ici, elle aime bien La Rochelle et quand elle est contente, c’est plus facile pour moi d’aller jouer. Je me suis senti vraiment Rochelais quand on était sur le Vieux-Port après le premier titre en Champions Cup. C’est quelque chose d’inoubliable de voir notre ville et nos supporters comme ça. On a créé quelque chose de fort. »
Samedi, Leyds retrouvera son ancienne équipe des Stormers avec beaucoup d’émotion :
« C’était il y a deux ans et c’était très particulier, avec beaucoup d’émotions. Jamais je n’aurais pensé, quand je suis parti de là-bas, que j’allais jouer un jour contre eux. C’était à la fois dur de les affronter mais aussi cool car je connais tout le monde par cœur. J’ai des amis dans l’équipe, il y avait ma famille au stade et c’était spécial de jouer devant eux, sûrement l’un des meilleurs souvenirs de ma carrière. Et le destin s’en est mêlé, on y est retournés quatre mois après en huitièmes de finale. On avait perdu d’un point le premier match (21-20), tout le monde était venu me voir pour me dire « Tu devrais rester avec nous ». Quand on a gagné le huitième d’un point (22-21), c’était cool. »
Surtout, il se dit heureux de pouvoir effectuer ce retour sur sa terre natale :
« Retourner dans mon pays me fait toujours plaisir. C’est une opportunité pour beaucoup de mecs d’aller en Afrique du Sud pour la première fois. C’est cool pour moi de leur montrer des choses de mon pays qui me rendent fier. Et je dois être un des rares (joueurs ou staffs d’un club français) à me réjouir d’aller jouer là-bas malgré la chaleur, le voyage et c’est normal. Si un joueur français évolue en Afrique du Sud, il sera ravi d’aller jouer un match en France, de retrouver son pays, sa famille, ses amis… »
Dillyn Leyds incarne ainsi un pont entre deux mondes, mêlant passion, respect et fierté dans ce voyage sportif et humain.







