Dimanche soir, Clermont a créé la surprise en s’imposant sur la pelouse du Stade Toulousain lors de la 22ème journée du Top 14, signant une performance mémorable qui relance leur saison.
Anthime Hemery, troisième ligne de l’ASM, est revenu sur ce match hors norme dans une interview accordée à Midi Olympique. « On ne va pas se mentir, ce n’était pas le début de match idéal. Tu es mené largement, il y a ce carton orange qui rajoute encore plus de pression. Quand Marcos (Kremer) quitte le terrain, on se dit : “soit on continue à se regarder dans le blanc des yeux et on va ramasser à la fin, soit on met en place ce qu’on a dit dans la semaine” », explique-t-il. L’équipe a choisi de rester soudée et disciplinée : « Nous étions comme une bande de chiens, surtout en défense, pour colmater la moindre brèche. »
Le tournant de la rencontre est venu des joueurs cadres, porteurs d’un discours clair et fédérateur. « Il y a eu les prises de parole des leaders et du capitaine, avec un discours très simple : plaquer, se relever, être discipliné sans se consommer dans les rucks, garder la tête froide. Ça nous a permis de rester dans le match et d’aller chercher cette victoire. Il y a aussi ce carton orange qui, sur le moment, fait ch***, mais qui nous oblige à être encore plus vigilants sur la discipline. La moindre faute allait être sanctionnée de nouveau. Dans un sens, il nous a fait du bien. »
Malgré un score défavorable de 21-0, le doute s’est installé au sein de l’ASM. « Je vous avoue que le premier sentiment n’est pas très positif. Je vois le tableau d’affichage et je me dis que si on continue comme ça, on va repartir les valises chargées. Et puis ça me rappelle le scénario face au Stade français, et je me souviens très bien de comment ça avait fini. Personnellement et collectivement, on n’avait pas du tout envie de renvoyer la même image. On voulait se révolter, ne pas se laisser marcher dessus. »
Après la victoire, l’équipe a d’abord ressenti une joie intense, mêlée à la conscience de l’enjeu. « On ne réalise pas tout de suite mais on ressent d’abord une immense joie, profonde, intense, parce que tout le monde nous voyait repartir avec une belle trempe. Il y a le plaisir de gagner alors que personne n’avait pris un seul point ici. C’est monstrueux. Et puis aussi la satisfaction d’avoir fait taire certaines personnes. Mais je préfère le dire tout de suite : on a gagné un match, pas un titre. On n’est champions de rien du tout. C’est beau d’avoir battu Toulouse chez eux, il ne faut pas banaliser, mais il ne faut pas non plus vivre sur ce résultat toute la fin de saison. »
La ferveur des supporters a marqué les joueurs. « Au moment du tour de terrain, la sécurité devait les retenir, ils étaient à deux doigts de rentrer sur la pelouse pour célébrer avec nous. C’est beau. C’est une des forces du club : à chaque déplacement, ils sont derrière nous pour nous pousser à faire de grosses performances. On ne leur a pas toujours rendu cette confiance, mais cette victoire, ils vont s’en souvenir. Pour lancer le sprint final, elle va leur faire du bien, et à nous aussi. »
Sur le plan individuel, Hemery constate ses progrès et se dit motivé pour continuer à s’améliorer. Il souligne également l’impact de l’entraîneur Christophe Urios dans sa progression : « J’ai encore énormément de choses à travailler, c’est une certitude. Mais si je compare à mes années précédentes, il y a une évolution, une progression. Il reste du chemin. En revanche, au sein du collectif, je me sens bien, intégré, en confiance. Je sens que mon jeu et mon travail de l’ombre sont appréciés. »
« Urios ? Bien sûr que je lui suis reconnaissant. Quand j’étais au Racing, je ne m’attendais pas du tout à être contacté ni à signer à l’ASM, surtout avec un temps de jeu réduit et une saison compliquée. C’est lui qui m’a accordé sa confiance, et de mon côté j’ai beaucoup travaillé pour être à la hauteur de ses attentes. »
Ce succès face à Toulouse pourrait bien être le déclic dont Clermont avait besoin pour aborder la fin de saison avec ambition.







