L’Union Bordeaux-Bègles vit sans doute la plus belle période de son histoire. À l’occasion de ses 20 ans, le club girondin a remporté deux titres majeurs en l’espace d’une année, dont son premier triomphe en Champions Cup, inscrivant ainsi son nom au palmarès européen.
Pour autant, le président Laurent Marti tempère cet enthousiasme. « Le plus dur commence désormais », avertit-il, insistant sur la nécessité de garder la tête froide.
### « Gagner, c’est magique »
Laurent Marti savoure ce moment historique après des années de travail acharné. « Du bonheur parce que gagner, c’est magique : on ne s’habitue jamais. Une fois qu’on a gagné, on a toujours envie de regagner tellement les émotions sont fortes », confie-t-il dans un entretien à *Sud-Ouest*. Il se dit aussi profondément fier du chemin parcouru : « Pour y arriver, on est parti de loin et on a bossé dur. J’étais aussi conscient qu’on aurait pu ne jamais rien gagner. »
### Pas d’euphorie malgré les trophées
Malgré ces succès, le président bordelais rejette toute forme d’euphorie. L’exemple récent du Stade Rochelais lui sert de mise en garde. « Il faut rester bien calme, la tête froide, bien humble, parce que ce Top 14 est excessivement relevé », rappelle-t-il. Son message est limpide : « Si on s’endort ou si on chope la grosse tête, dans deux ans, on ne sera plus rien. »
Selon lui, la dynamique actuelle ne garantit rien. « Si on ne fait pas ce qu’il faut en termes de recrutement, d’ambition sportive et de structuration, dans deux ans, on pleurera. »
### Une Champions Cup qui change la donne
Si Bordeaux reste sous pression en Top 14, Laurent Marti estime que la saison est d’ores et déjà un succès grâce à leur sacre européen : « Si en début de saison on nous avait dit qu’on risquait d’être en difficulté en Top 14 mais qu’on allait gagner la Champions Cup, j’aurais signé des deux mains ! La saison est magnifique. »
Toutefois, il ne cache pas que manquer la qualification en phase finale du championnat serait une déception majeure : « Si on ne se qualifiait pas en championnat, ce serait dur à vivre. Je dirais que ce serait une grande déception. »
### « On manque de joueurs »
Laurent Marti souligne aussi une fragilité : l’effectif manque encore de profondeur pour prétendre à tout jouer jusqu’au bout. « On voit bien qu’on a des blessés majeurs. Je crois qu’on est le club d’Europe qui a le plus joué sur les deux saisons », révèle-t-il. Plusieurs cadres ont été particulièrement sollicités : « À un moment donné, il ne faut pas rêver. On manque de joueurs. On a vraiment tiré sur certains. »
### La grande question de l’avenir
Pour continuer sa progression, l’UBB doit résoudre une équation délicate : comment rester compétitif à la fois en Champions Cup et en Top 14 ? « La grande question qu’on devra se poser, c’est : ‘Est-ce qu’on peut jouer les deux compétitions à fond ? Nous avons commencé à en parler avec Yannick [Flocard, directeur sportif]. »
Malgré les sommets atteints, le club bordelais n’a pas encore, selon son président, les moyens de tout gagner simultanément : « Paradoxalement, on n’est pas encore assez large. On gagne, mais après, on finit par le payer. »
Un constat lucide qui montre que, malgré les trophées, Bordeaux regarde déjà vers demain, avec la volonté de bâtir un club durable et compétitif sur tous les fronts.







