Samedi soir, Thomas Charabas sera au cœur de toutes les attentions en tant qu’arbitre du match décisif opposant La Rochelle au Stade Français. Mais lorsque les projecteurs s’éteignent et que le stade se vide, cet arbitre du Top 14 endosse un autre rôle bien plus exigeant : médecin urgentiste au SAMU de Bayonne.
À 37 ans, Thomas Charabas partage sa vie entre le rugby professionnel et les urgences médicales, un quotidien intense et souvent bouleversant. Quelques jours avant ce rendez-vous capital, il racontait à L’Équipe une intervention qui l’a profondément marqué : « Un promeneur en randonnée. Le cœur a lâché. On a tout donné, plus d’une demi-heure de réanimation. On y croyait. Parfois, on est battus… »
Ce jour-là, il avait aussi contribué à sauver un autre patient : « Le matin même, j’avais aidé à repartir le cœur d’un monsieur de 50 ans en détresse respiratoire. » Pour lui, la pression sur les terrains de rugby reste relative face aux situations rencontrées aux urgences : « On vit des situations difficiles et stressantes avec le SMUR, mais au moins je n’ai pas 15 000 personnes qui sont en train de gueuler ou m’insulter. » Et quand il intervient sur un accident impliquant plusieurs victimes, il doit prendre des décisions cruciales : « Quand on arrive sur un accident de la route et qu’il y a six victimes, il faut choisir : lui, c’est grave, lui moins. »
Son rythme de vie impressionne. Après des gardes parfois interminables, il prend régulièrement la route pour arbitrer les matchs du Top 14. Après une rencontre à Montpellier face à Clermont, il racontait avoir repris sa voiture immédiatement après le coup de sifflet final, rentrant chez lui dans la nuit, avant de repartir travailler dès le lendemain : « On s’endort vite, mais on se réveille au bout de quatre heures, c’est rarement réparateur. »
Aux urgences, Thomas Charabas est confronté à des situations particulièrement lourdes humainement. Certaines expériences le marquent profondément : « Au-delà de 50 % de brûlure au 3e degré, c’est inéluctable. Ils sont comme du charbon. Conscients. Vivants. Ils vous parlent. Vous savez que vous ne pouvez pas les sauver. » Il ajoute : « Certains vous demandent de mourir. Il faut les sédater, sans pratiquer d’euthanasie active, parce qu’on n’en a pas le droit. On n’est plus médecins, on est accompagnants. »
Dans le cadre de ses urgences, il répond aussi aux appels du 15, une mission où la moindre décision doit être prise en quelques secondes : « J’ai mal à la poitrine, ça peut être le signe d’un infarctus, d’une dissection aortique… ou un gars qui avait pris une planche de surf dans le thorax avec une côte cassée. Des gens appellent parce qu’ils n’arrivent pas à dormir. » La gestion des moyens d’intervention est un défi constant : « Parfois, il faut envoyer un équipage SMUR. Pour l’hélico, c’est délicat, si je le déploie, je n’ai plus de cartouches si je dois déclencher un secours en montagne ou un hélitreuillage sur bateau dans le golfe de Gascogne. »
Malgré ce rythme infernal, Thomas Charabas ne se voit pas ralentir : « Rester chez moi à ne rien faire, ça m’embête. Me balader dans des centres commerciaux, ça m’emmerde, j’ai besoin d’air ! » Cette énergie lui permet d’enchaîner gardes, interventions et matchs de Top 14 avec la même implication.
Ce samedi à Deflandre, il arbitrera un match crucial pour La Rochelle et le Stade Français. Mais pour Thomas Charabas, après avoir été confronté quotidiennement à l’urgence, la détresse et parfois la mort, la pression d’un match de rugby n’a sûrement pas la même saveur que pour les autres.







