Deux semaines seulement séparent l’euphorie dans les rues de Bordeaux, après le deuxième sacre européen de l’UBB, et l’immense déception vécue à Chaban-Delmas suite à l’élimination face à Clermont en Top 14. Invité sur TV7, Laurent Marti, président du club girondin, a dressé un bilan sans concession de cette fin de saison frustrante.
Pour lui, cet échec ne résulte pas d’un simple faux pas, mais d’une accumulation de facteurs qui ont fini par peser sur son équipe.
« On est le club qui a le plus joué en Europe »
Le premier facteur avancé par Laurent Marti est l’usure physique. « Sur les deux dernières saisons, à date, on est le club en Europe qui a le plus joué. » Il précise : « Et si vous remontez à la saison d’avant, ça nous fait une moyenne de 35 matchs par saison, à date. Donc si on avait dû continuer, vous imaginez… à un moment donné, y’a pas photo. »
Le président bordelais souligne également l’impact des blessures et des sélections internationales : « On sait qu’on a eu beaucoup de blessés, des blessés majeurs. On a eu plus que les années d’avant des joueurs qui ont été beaucoup plus sollicités par les sélections. On l’a bien vu en deuxième mi-temps, il y a eu un effondrement physique, pour moi, et une perte d’énergie terrible. »
« On a vu la gifle arriver »
Selon Laurent Marti, les signaux d’alerte étaient visibles depuis plusieurs semaines. « Ce qui est certain, c’est qu’on l’a vu arriver, la gifle. » Il évoque notamment plusieurs matchs où l’UBB avait déjà montré des signes de fragilité : « On voyait bien qu’on avait fait un mauvais début de saison, parce qu’on avait perdu des matchs majeurs au milieu de la saison. » Avant d’ajouter : « Si on est honnête, on gagne de justesse à Bayonne, on gagne péniblement contre Perpignan. On voyait qu’on était quand même un petit peu en souffrance. »
« On était totalement excités par la Champions Cup »
Laurent Marti reconnaît que toute l’organisation bordelaise s’est progressivement tournée vers l’objectif européen. « Dès que la Champions Cup a démarré, on a senti que les joueurs, le staff, et j’ai envie de dire le club – et moi je me mets dedans – étaient totalement excités. » Il ne cherche pas à nier l’évidence : « Cette compétition est magique, est magnifique, elle a un impact international, et on n’avait pas envie de laisser la place. » Avant d’avouer : « Indirectement, bien évidemment, on a peut-être été un peu trop focus sur la Champions Cup. »
« Les autres ont les mêmes moyens que nous »
Face aux critiques, Laurent Marti remet les pendules à l’heure sur la réalité économique du Top 14 : « Vous savez, il y a une chose que j’ai déjà dit mais que les gens oublient : on n’a pas beaucoup plus de moyens que Clermont-Ferrand, on n’a pas beaucoup plus de moyens que Pau. » Il poursuit : « On est dans un peloton avec à peu près tous la même masse salariale. C’est Toulouse qui a plus de masse salariale que les autres. »
Le président revendique toutefois les ambitions du club : « On se fixe des objectifs ambitieux, on les affiche, on n’a pas peur de le dire. » Et il répond aux critiques sur l’absence du Brennus : « Avant c’était : « ah oui mais vous avez toujours pas de titre majeur ». Deux, monsieur. Maintenant on nous dit : « c’est pas le Brennus ». Bah oui, on va tout faire pour gagner le Brennus. Mais les autres aussi, et les autres ont les mêmes moyens que nous ! »
« Ça fait tâche, mais on n’oubliera pas cette aventure »
Malgré la frustration, Laurent Marti refuse que cette élimination efface l’exploit européen réalisé cette saison. « Ça fait tâche de se faire éliminer du Top 14. » Mais il insiste : « On peut pas oublier les moments qu’on a vécus, le partage avec tous nos supporters. Ce sont des moments magiques qui vont rester gravés. »
Le président rappelle aussi l’extraordinaire parcours vers le sacre européen : « Pour gagner la Champions Cup, il a fallu battre le champion de France en quart, le champion d’Angleterre en demi et le champion de l’URC en finale. » Avant de conclure : « Je crois que c’est ça qu’on retiendra. »
Le Top 14, un championnat à part
Enfin, Laurent Marti souligne que le style spectaculaire de l’UBB ne garantit pas la réussite dans le championnat français. « Le Top 14 c’est un marathon, y’a pas de note artistique dans le Top 14. » Il rappelle : « On a le record du temps de jeu effectif. On fait partie des équipes qui ont le plus marqué d’essais. Mais le rugby français s’en fout de ça. » Et d’analyser avec lucidité : « Force est de constater que dans le Top 14, quand vous avez une très forte conquête, une très forte défense, et que vous jouez plutôt un rugby fermé et d’occupation, vous avez des chances de réussir. »







