Dimanche soir à Aix-en-Provence, l’USAP s’apprête à disputer un match crucial face à Provence Rugby. Plus qu’une simple rencontre de rugby, cet access-match déterminera le maintien des Catalans dans l’élite, une pression immense que l’équipe prépare depuis plusieurs jours, notamment sur le plan mental.
Pour l’USAP, le défi est double. Contrairement à Provence Rugby, qui rêve d’une montée historique, le club catalan porte la lourde responsabilité du statut de pensionnaire du Top 14, un poids qui peut rapidement devenir un piège si les émotions prennent le dessus.
« La performance se résume à une chose : la maîtrise de l’influence des émotions », explique Olivier Magne, ancien international français devenu spécialiste de la préparation mentale, dans L’Indépendant. Selon lui, les émotions prédominantes dans ce type de rendez-vous sont la colère et la peur, des sentiments « utiles, mais seulement lorsqu’ils sont maîtrisés ». Il évoque un modèle scientifiquement validé, l’ICERU, qui consiste à « identifier, comprendre, exprimer, réguler et utiliser les émotions ».
Conscient des enjeux, le staff de l’USAP n’a pas limité sa préparation au terrain. La semaine a été marquée par de nombreuses discussions pour sonder l’état d’esprit du vestiaire. Le capitaine Jerónimo de la Fuente a pris l’initiative d’échanger avec ses coéquipiers, tandis que les joueurs expérimentés dans ce type de matches ont partagé leurs vécus.
Pour l’entraîneur Laurent Labit, ce travail est essentiel : « On s’appuie sur nos joueurs qui ont eu l’expérience des access-matchs. On échange avec eux et on essaie de comprendre ce qui s’est joué à ce moment-là. Mais mon travail consiste à absorber cette pression négative. Les joueurs doivent avoir la responsabilité d’être au meilleur de leur niveau sans se préoccuper de l’enjeu. »
Olivier Magne insiste sur l’importance du collectif pour affronter la pression : « Il faut mettre le collectif en avant pour savoir quelles sont les valeurs. Cela permet au collectif de trouver les ressorts sur le plan de l’identité qui permettront à l’USAP de s’exprimer au mieux dans une situation où elle pourrait faire un non-match. »
Le match de dimanche sera aussi une bataille intérieure entre des joueurs qui réagissent différemment au stress. « Tous ne sont pas égaux face au stress. Mais il faut savoir que dans une équipe, il y a une contagion émotionnelle. C’est là que doivent émerger des leaders sur le plan émotionnel. Ceux qui arrivent à réguler ces émotions et à les transmettre de manière positive à leurs partenaires », précise Olivier Magne. À l’inverse, certains comportements peuvent fragiliser le groupe : « Certains peuvent communiquer leur stress négatif. Un groupe se compose aussi en fonction de cela. »
L’expérience des cadres de l’USAP sera donc un atout majeur dimanche soir. Nicolas Nadau, qui disputera son cinquième access-match, souligne l’importance de rester concentré : « Il faut que nous pensions à notre rugby et que nous arrivions à évacuer tout ce qu’il peut y avoir autour. Bien sûr que la famille et les loisirs restent importants, mais il ne faut pas que cela devienne un élément prépondérant. Il faut rester très froid. »
Enfin, l’entraîneur catalan voit dans l’énergie populaire un vecteur de force : « Nous sommes humains, nous pouvons avoir peur, mais tous ces gens vont nous enlever cette anxiété. »
Dimanche soir, la bataille ne se jouera donc pas seulement sur les mêlées, les collisions ou la stratégie. L’USAP devra surtout transformer la pression en une énergie positive, pour éviter que le match le plus important de la saison ne se perde avant même le coup d’envoi.







