
Avec huit joueurs de l’Union Bordeaux-Bègles annoncés dans le XV de départ face à la Nouvelle-Zélande, une question revient naturellement : le XV de France va-t-il s’appuyer sur les automatismes du champion d’Europe pour tenter de faire tomber les All Blacks ?
Si les Bleus ne comptent pas copier le jeu girondin, certains principes pourraient bien être réutilisés.
L’UBB, une base de travail pour les Bleus
Patrick Arlettaz l’a reconnu : les nombreuses absences de cadres obligent le staff à trouver des solutions.
Le sélectionneur adjoint sait pouvoir s’appuyer sur les automatismes des nombreux Bordelais présents dans les lignes arrière, sans pour autant transformer le XV de France en copie conforme de l’UBB comme il l’explique pour Midi Olympique.
« Ce match, on l’aborde comme n’importe quel autre match de l’équipe de France, avec cette volonté de performer même si on sait que, l’été, on arrive dans des conditions qui ne sont pas tout le temps favorables. Pour ce premier match, neuf des titulaires du Tournoi nous manquent : Jean-Baptiste Gros, Julien Marchand, Thibaud Flament, Emmanuel Meafou, Anthony Jelonch, François Cros, Antoine Dupont, Thomas Ramos et Louis Bielle-Biarrey. Ça fait beaucoup, quand même… Certes, on va en partie compenser ces absences par des automatismes de club, notamment parce que j’ai beaucoup de joueurs de l’UBB dans la ligne de trois-quarts. Mais bon… On ne peut pas jouer comme Bordeaux simplement parce qu’il y a beaucoup de Bordelais. »
Une défense inspirée de Bordeaux ?
En revanche, sur le plan défensif, certaines organisations utilisées par l’UBB pourraient bien être reconduites.
Le système qui place Matthieu Jalibert en « faux 13 » a notamment donné satisfaction cette saison.
Christophe Laussucq est revenu en détail sur cette organisation défensive.
« Cette organisation, d’abord, elle a d’autant mieux fonctionné parce qu’on ne l’a pas mise en place systématiquement. Par exemple, lors de nos matchs de Top 14 avant la finale de Coupe d’Europe, j’avais demandé aux joueurs de défendre normalement avec Matthieu Jalibert en position de 10, Yoram Moefana en 12 et Damian Penaud en 13, sachant que les Irlandais allaient probablement tomber dans le panneau de croire qu’on allait conserver cette organisation en finale.
Sauf qu’à Bilbao, on est revenus à notre organisation, avec Yoram qui défendait en 10, Jalib’ en 13 et Pablo (Uberti) qui jouait le rôle de 12 à la place de Nicolas Depoortere, pendant que Damian défendait à l’aile. »
L’objectif est avant tout de protéger Jalibert dans certaines phases de jeu.
« À travers ça, l’idée, c’est évidemment de protéger un peu Matthieu. Sur touche à cinq ou complète, quand tu es numéro 10 et que tu défends en premier de la ligne, tu es systématiquement visé. Ce n’est pas que Matthieu est un mauvais défenseur, c’est juste qu’il est moins costaud que Nico ou Yoram. Alors, autant mettre les deux joueurs les plus costauds dans cette zone pour défendre sur touche, d’autant que Matthieu défend très bien en position de deuxième centre grâce à sa vitesse. »
Lucu, un élément essentiel du système défensif
Autre joueur clé de cette « connexion UBB » : Maxime Lucu.
Pour Christophe Laussucq, le demi de mêlée joue un rôle majeur dans l’organisation défensive.
« Sur les défenses de touche, Max, je le place en position d’ailier et l’ailier dans le couloir, comme ça il est naturellement dans le R2 et ça évite des permutations inutiles. Mais ça, c’est ce qu’on fait à Bordeaux, je ne sais pas s’ils vont faire ça en équipe de France.
Toutefois, au-delà de la touche, c’est surtout dans sa défense sur mêlée qu’il est très important, car c’est très souvent lui qui est le premier défenseur sur les mêlées. C’est dans les situations complexes qu’il est le meilleur, lorsqu’il y a possibilité pour l’attaque de jouer des deux côtés.
Dans ces situations, c’est souvent Max qui fait la connexion à l’intérieur pour sécuriser tout le monde, car c’est un excellent plaqueur. »
Des erreurs déjà identifiées contre l’Angleterre
Le technicien bordelais estime enfin que le premier match contre l’Angleterre A a permis de mettre en lumière certains dysfonctionnements.
Selon lui, les automatismes entre les Bordelais n’ont pas toujours été au rendez-vous.
« Pour moi, cette touche sur laquelle ils prennent le premier essai contre les Anglais, il y a un problème de connexion. Il est 100 % « pour la gueule » des Bordelais, entre Max Lamothe, Marko Gazzotti et Yoram Moefana.
Ils se sont trop serrés, ils ont défendu à deux sur le même mec. Max était en retard après s’être positionné trop à l’intérieur à mes yeux, et c’est peut-être pour ça que Marko et Yoram ont défendu sur le même joueur. Je ne sais pas quel est exactement le système, mais il y a manifestement un des trois qui a commis une erreur… »
Il conclut avec optimisme avant le choc contre les All Blacks.
« Et sur l’essai qu’ils prennent sur mêlée, idem, ça n’a pas très bien fonctionné au centre. L’avantage d’avoir eu ce match, c’est qu’ils auront forcément mis le doigt dessus et auront eu une bonne base de travail. »
Le XV de France espère désormais que cette « connexion UBB » sera suffisamment huilée pour résister aux offensives néo-zélandaises dès samedi à Christchurch.







