
Quelques jours seulement après avoir disputé la finale du Top 14 avec Montpellier, Auguste Cadot a découvert un autre univers : celui du XV de France. Appelé pour participer à la tournée estivale en Australie et au Japon, le trois-quarts centre du MHR espérait vivre sa première sélection internationale. Elle n’est finalement jamais arrivée.
Une frustration assumée, qui n’efface toutefois ni la fierté de cette première convocation, ni tout ce que cette aventure lui a apporté.
Une convocation vécue entre fierté… et immense déception
Le timing de cette première convocation a rendu les émotions particulièrement difficiles à gérer.
Quelques heures auparavant, Montpellier venait de s’incliner en finale du Top 14. Difficile, dans ces conditions, de savourer pleinement une première apparition dans le groupe France.
Il explique dans les colonnes de Midi Olympique :
« Il y avait deux sentiments un peu étranges parce qu’on venait de perdre la finale. Donc j’étais à la fois très heureux, très fier, mais aussi triste de cette finale perdue. »
Pour lui, cette convocation reste avant tout une satisfaction personnelle, mais certainement pas un aboutissement.
Il poursuit :
« C’est avant tout une convocation personnelle, même si on avance de façon collective toute l’année. C’est totalement différent. J’étais heureux pour moi, c’est sûr. Mais je ne sais pas si on peut parler d’aboutissement. On a davantage parlé de nous et peut-être que tout est lié. C’est un travail qui prend plus d’un an quand même. Après, on a toujours envie de plus. Cette convocation ne me donnait pas le droit de jouer. C’était juste un premier rassemblement et je savais qu’il fallait faire beaucoup pour pouvoir jouer ensuite. Je ne le vois pas comme une récompense de notre saison. »
Alors que son nom circulait déjà un an plus tôt, Auguste Cadot assure d’ailleurs ne pas avoir pensé une seule seconde à l’équipe de France durant la phase finale.
Il raconte :
« Non, parce que j’avais tellement envie d’être champion de France avec Montpellier après avoir gagné la Challenge Cup. Je n’avais pas envie de réfléchir d’abord à l’équipe de France parce que j’avais envie de me donner à 200 % pour mon club. Et si ça devait sourire, ça me sourirait. »
Des entraînements qui l’ont marqué
S’il repart sans sélection, Auguste Cadot conserve malgré tout un excellent souvenir de ses premières semaines avec les Bleus.
Ce sont surtout les entraînements qui l’ont impressionné.
Il se confie :
« J’ai beaucoup aimé les entraînements. Évidemment, c’était la guerre sur le terrain, mais toujours avec beaucoup de respect, car tout le monde a envie de jouer. Tout le monde s’envoie à 200 %, te guide aussi. Et puis tu t’éclates sur le terrain parce que tout le monde comprend très vite. Se dire aussi que tu joues ta place à l’autre bout du monde, c’est particulier. J’avais le sourire tout le temps. »
Interrogé sur la différence entre le Top 14 et le niveau international, il refuse d’en tirer des conclusions définitives puisqu’il n’a finalement pas joué.
Il répond avec le sourire :
« J’aurais bien voulu répondre à cette question si j’avais joué. »
En revanche, il estime que l’intensité des entraînements n’est pas si éloignée de ce qu’il connaît en club.
« Je ne me suis pas dit qu’il y avait une énorme différence. Évidemment, le niveau est excellent. Mais c’est vrai que, dans nos équipes aussi, il y a énormément d’internationaux. L’équipe de France est largement au-dessus, mais j’ai l’impression que tu peux t’adapter vite. Si tu es là, ce n’est pas pour rien non plus. Tu peux prétendre avoir le niveau. Je ne me suis pas senti perdu. Il y a une tendance à aller plus vite et à comprendre un peu plus rapidement. Mais c’est aussi parce que les mecs sont beaucoup plus en alerte sur le fait de réaliser correctement leur job. »
Une intégration facilitée par plusieurs visages connus
Les finalistes du Top 14 ayant rejoint le groupe quelques jours plus tard, Auguste Cadot a également dû gérer un important décalage horaire.
Il explique :
« Le plus dur a été le décalage horaire en Australie. On a mis largement trois ou quatre jours à s’en remettre. Après, l’hiver en Australie est quand même très doux, donc le temps n’a pas été un problème. Ça a même été une bonne surprise parce que, quand il fait 20 à 25 degrés alors qu’en France il fait plus de 30, on est contents de retrouver un peu de fraîcheur. Apparemment, en Nouvelle-Zélande, il faisait bien plus froid. Au final, tout a été fait pour qu’on se sente le mieux possible et qu’on récupère rapidement. »
L’intégration s’est ensuite faite naturellement.
« Ça s’est fait relativement naturellement. Après, il y avait déjà Lenni (Nouchi) et Florian (Verhaeghe), avec qui j’évoluais en club. Témo (Matiu), avec qui j’avais joué aussi à Biarritz. Ça fait peu de personnes dans un groupe, mais ça s’est fait naturellement parce qu’on a tous l’habitude, en club, de fonctionner en équipe. Il y a ce côté où on se donne les uns pour les autres. Je n’ai eu ni problème ni souci. Tout le monde a été bienveillant, à l’écoute. Le groupe était top. »
Un conseil reçu durant cette tournée l’a particulièrement marqué.
« Lâche-toi, régale-toi. Si une sélection arrive, elle arrive. Et si elle n’arrive pas, tu as tout à gagner, à tout donner. Il te reste deux ou trois semaines dans l’année. Après, c’est fini. Il n’y a pas d’attente. En tout cas, ça ne peut que te donner le sourire, d’une façon ou d’une autre. C’est le meilleur conseil qu’on ait pu me donner. »
« Évidemment, il y a des regrets »
Malgré tout ce qu’il a appris, une frustration demeure.
Ne pas avoir connu sa première sélection.
Il reconnaît sans détour :
« Évidemment, il y a des regrets. Tout le monde te félicite. C’est génial. Mais quand tu es joueur et compétiteur, tu as envie de plus. Tu as forcément envie de jouer. Ils ne m’ont pas dit tout de suite que je n’allais pas jouer du tout. Je ne pense pas qu’on puisse vraiment le dire. Tu n’es jamais à l’abri de pépins physiques ou d’une maladie qui peuvent engendrer des changements dans l’équipe. C’est une frustration, c’est évident. Mais avec le recul, il faut aussi l’accepter. Ça me permet de me dire que l’année prochaine, j’ai envie de m’envoyer à fond, de faire de bonnes prestations pour tenter de nouveau ma chance au prochain rassemblement. »
Le staff lui a expliqué sa décision.
Il détaille :
« On m’a simplement dit que les centres avaient fait une super tournée, que ça reste une compétition et que l’ambition de l’équipe de France est de gagner. Une équipe qui marche, qui tourne bien, ce n’est pas simple à modifier, ce que je peux largement comprendre. C’est pour ça qu’ils ont reconduit la paire de centres (Moefana – Brau-Boirie) sur les trois matchs. Dans tous les cas, le choix ne m’appartient pas. Qu’on m’explique ou qu’on ne m’explique pas, mon job, c’est d’être performant. Si ça arrive, tant mieux. Si ça n’arrive pas, c’est la vie. »
Pour franchir ce cap, il sait aussi sur quel secteur il souhaite progresser.
« Peut-être être plus décisif en attaque. Quand je vois la qualité des mecs offensivement, ils apportent beaucoup par leur vitesse. Il faut aussi trouver sa liberté dans le cadre qu’on te donne. Je me suis énormément épanoui pendant les entraînements. Je sais que j’en ai les ressources. Après, il faut savoir les exploiter, les montrer, démontrer que tu peux tenter ta chance et avoir ta place. »
Une finale de Top 14 toujours difficile à digérer
Cette première convocation n’a pourtant pas effacé la douleur de la finale perdue avec Montpellier.
Bien au contraire.
« J’aimerais dire oui, mais non. Non, c’est très dur. Ce qui a été compliqué, c’est que, comme on est partis directement le lundi pour l’équipe de France, je n’ai pas pu dire au revoir à tous les joueurs qui partaient aussi. On se dit qu’on a bataillé, qu’on s’est battus ensemble pendant un an et, au final, on termine deuxièmes. Je suis déçu parce qu’on n’a peut-être qu’une seule cartouche dans une carrière pour aller au Stade de France et remporter un titre. J’ai encore du mal à passer à autre chose là-dessus, c’est compliqué. Pour moi, ce sont vraiment deux choses différentes. »
Son bilan personnel reste donc partagé.
Il conclut :
« J’ai du mal à prendre du recul en me disant que c’est passé. Oui, c’était génial, mais j’aurais tellement voulu jouer aussi. Ça aurait été le véritable aboutissement de cette convocation. Après, j’ai envie de me dire que c’est grâce à la saison réalisée avec Montpellier que j’ai pu toucher du doigt ce rassemblement. J’ai vraiment envie qu’on refasse une excellente saison avec Montpellier, qu’on accroche encore des qualifications, parce que c’est aussi ça qui te permet d’aller plus loin. Mais j’ai du mal à être pleinement fier parce que je n’ai pas eu cette sélection non plus. »
Son ambition est désormais toute trouvée.
« Oui, ça, c’est sûr. Ça va être mon ambition pour la prochaine saison. »
L’Australie, le Japon… et des souvenirs pour la vie
Cette tournée lui aura également permis de découvrir deux pays qu’il ne connaissait pas.
« Je n’étais jamais parti ni en Australie ni au Japon. En Australie, on n’a fait que Brisbane, parce que le camp de base était là-bas. Je ne peux donc pas dire que j’ai visité l’Australie, et puis on n’était pas là pour ça non plus ! L’énergie qui s’en dégage est plutôt bonne. Ce qui est encore plus dépaysant, c’est Tokyo, parce que la culture est diamétralement opposée à la nôtre. C’est incroyable de pouvoir découvrir de telles choses grâce au rugby. C’est une expérience assez folle et je sais que j’ai beaucoup de chance de vivre ça. »
Le Japon l’a particulièrement marqué.
« Les baguettes partout ! Il fallait gérer ça, ce n’est pas toujours simple. Il y a aussi la barrière de la langue, parce qu’ils parlent très peu anglais. C’est la langue des signes pour se faire comprendre. Le fait qu’il y ait très peu de verdure dans la ville, mais qu’au coin d’un bâtiment tu puisses tomber sur un immense parc que tu ne soupçonnais pas, ça m’a marqué. Ce qui est impressionnant aussi, c’est leur organisation. Tu attends très peu le tram ou le métro. C’est le Japon, un peu comme on peut l’imaginer : très organisé, très respectueux, avec des rues extrêmement propres. C’était une très belle expérience. »
Enfin, cette tournée lui aura permis de nouer de nouvelles amitiés.
« Sur le terrain, je n’ai pas été surpris du niveau de certains parce qu’ils sont excellents toute l’année. En revanche, je me suis beaucoup rapproché de certains joueurs et on a créé de très bonnes relations en très peu de temps. Le rugby, c’est trop bien pour ça. Paul Graou, Alexandre Roumat, Antoine Hastoy sont ceux avec qui j’ai le plus accroché. Pierre Beauchaton, Régis Montagne aussi. On a passé de très belles après-midi ensemble. »







