
À quelques jours du procès sur la mort de Federico Martin Aramburu, Shaun Hegarty ne cache pas ce qu’il pense des principaux accusés. Présent aux côtés de son ami lors du drame du 19 mars 2022 à Paris, l’ancien rugbyman estime que Loïk Le Priol et Romain Bouvier sont « dangereux » et doivent être incarcérés. Des déclarations particulièrement fortes alors que la cour d’assises devra justement déterminer les responsabilités de chacun.
Loïk Le Priol doit être jugé pour assassinat et Romain Bouvier pour tentative d’assassinat. La défense conteste notamment la préméditation retenue dans le dossier. Shaun Hegarty, partie civile et témoin central de l’affaire, livre de son côté sa lecture de ce qu’il a vécu cette nuit-là.
« Ils ont décidé de les sortir, de les utiliser »
Hegarty insiste notamment sur ce qui s’est passé après la première altercation.
Selon son récit, Federico Aramburu et lui considéraient alors l’incident terminé et étaient repartis à pied. Il souligne que les deux hommes qu’ils avaient croisés ont ensuite repris leur poursuite.
C’est l’un des éléments qui nourrissent sa conviction personnelle. Il s’est confié lors d’un long entretien accordé à Midi Olympique :
« C’est leur version. Je sais ce que nous avons vécu. On en débattra au procès. On part tranquillement à l’hôtel après la première scène de bagarre, pour nous c’est fini, on est en train de marcher, de réfléchir à ce qui va se passer le lendemain… Eux en ont décidé autrement. L’un nous a couru après, l’autre est venu avec une Jeep. Ils ont des armes sur eux. Ils ont décidé de les sortir, de les utiliser. »
Hegarty ne fait pas non plus une grande différence entre Romain Bouvier et Loïk Le Priol lorsqu’on l’interroge sur leur responsabilité morale dans ce qu’il a vécu.
Il répond très clairement :
« Ah oui, oui. Je mets dans le panier des gens qui portent des armes, qui ont décidé de les utiliser et qui ont pris la vie de quelqu’un. »
La justice distingue pourtant juridiquement les situations des deux hommes : Le Priol est renvoyé pour assassinat, tandis que Bouvier doit répondre de tentative d’assassinat.
Shaun Hegarty évoque également Lyson R., présente au cours de cette nuit et qui doit être jugée pour complicité de tentative d’assassinat.
Il reste prudent sur ce qu’elle savait réellement, mais livre son constat :
« Je constate juste qu’à différentes étapes de la soirée, avant, pendant et après, elle a accompagné. »
Lorsqu’on lui demande si elle l’a fait en connaissance de cause, il ne prétend pas pouvoir l’affirmer.
« Je ne peux pas le savoir. En tout cas, elle les a clairement accompagnés. »
« À aucun moment, ils ne se remettent en question »
Hegarty a recroisé les accusés pendant les différentes étapes de l’enquête, notamment lors de la confrontation et de la reconstitution.
Ces rencontres ont renforcé l’opinion qu’il s’est forgée à leur sujet.
Interrogé sur la peine qu’il souhaiterait voir prononcée, il répond :
« Moi, je sais juste qu’ils sont dangereux. Je l’ai vu lors des différents moments pendant lesquels je les ai croisés, que ce soit à la confrontation ou lors de la reconstitution. J’ai l’impression que les faits, s’ils se déroulaient de la même manière, arriveraient au même point final. Tout cela me fait dire qu’ils sont dangereux et qu’ils doivent être enfermés. À aucun moment, ils ne se remettent en question. »
L’ancien rugbyman affirme également n’avoir reçu aucune demande de pardon de la part des accusés.
À la question de savoir s’ils lui ont présenté des excuses, sa réponse tient en un mot :
« Non. »
Plus de quatre ans après la mort de Federico Aramburu, une autre interrogation continue enfin d’accompagner Shaun Hegarty : pourquoi son ami a-t-il été tué et pas lui ?
Il ne pense pas pouvoir obtenir un jour une réponse certaine.
Mais sa manière de regarder cette nuit a évolué :
« Je ne sais pas si on peut trouver la paix par rapport à ça. En tout cas, je l’ai accepté. Aujourd’hui, je suis là. J’ai cette chance. La question que je me pose, c’est : « Est-ce que Federico ne m’a pas sauvé de quelque chose ? » »
Et sur la possibilité de comprendre un jour pourquoi Federico Aramburu a été la victime des tirs, Hegarty reste sans réponse.
« Personne ne pourra me donner de réponse, même eux. À moins qu’ils ne disent « oui, on visait Federico », mais je ne crois pas qu’ils le diront… »







