
Trois ans après son arrivée consécutive à la faillite des Wasps, Tom Willis retrouve l’Union Bordeaux-Bègles. Désigné meilleur joueur de Premiership la saison dernière, le troisième-ligne anglais représente l’une des recrues majeures du Top 14.
Après deux saisons aux Saracens et huit nouvelles sélections avec l’Angleterre, le joueur de 27 ans va effectuer son retour à Chaban-Delmas face au Racing 92, samedi à 21h15. Un retour particulièrement attendu après le souvenir laissé lors de son premier passage.
Une première saison qui avait marqué Bordeaux
Tom Willis avait rejoint l’UBB en 2022 dans un contexte particulièrement mouvementé. Il avait assisté au départ de Christophe Urios en cours de saison avant de participer à la demi-finale de Top 14 perdue contre La Rochelle (24-13).
En une année, l’Anglais avait disputé 22 rencontres, dont 17 comme titulaire. Des performances suffisantes pour convaincre durablement le vestiaire bordelais.
Tom Willis avait d’ailleurs toujours gardé l’idée d’un retour en France :
« Quand j’ai quitté la France, je me suis dit que c’était une expérience tellement agréable que j’aimerais y revenir un jour. »
Yannick Bru n’était pas encore à la tête de l’UBB lorsque le troisième-ligne portait le maillot girondin. Dès son arrivée en 2023, le manager a pourtant rapidement compris à quel point Willis avait marqué les esprits.
Le technicien bordelais raconte les demandes exprimées en interne :
« Je suis arrivé après lui, et très rapidement, tout le monde m’a dit que ce serait bien si Tom pouvait revenir ! »
Son retour avait finalement été officialisé dès le mois d’octobre. Bordeaux tenait alors une recrue prioritaire pour densifier et renforcer considérablement son pack.
« Il se détache des plaquages »
Avec ses 1,91 m pour 120 kg, Tom Willis dispose d’un gabarit particulièrement imposant. Sa principale qualité ne se limite pourtant pas à sa puissance physique. L’Anglais possède une capacité rare à changer de rythme, à éviter les impacts et à prolonger les actions après les collisions.
Dans L’équipe, Vincent Giacobbi, directeur de la performance des Saracens, décrit un joueur très difficile à arrêter :
« C’est une force de la nature. Il est morphologiquement assez impressionnant : 1,91 m pour 120 kg. Mais il a la capacité de ne pas forcément utiliser que sa morphologie pour trouver des espaces et ne pas se faire plaquer. Il évite le contact de façon exceptionnelle grâce à une impressionnante force au niveau du tronc. Tu le regardes, il est toujours en train de changer de rythme. Peu importe s’il n’avance pas au moment de la collision, il va trouver une solution pour pouvoir se débarrasser des défenseurs et continuer à avancer. C’est très particulier, en fait il se détache des plaquages. Quand tu joues autour de lui, c’est un régal. Mais ça peut aussi être difficile à lire. Parce que quand tu dois rucker derrière un mec qui est toujours en train de trouver un moyen de se débarrasser d’un plaquage, tu ne sais pas où il va terminer. »
Le XV de la Rose sacrifié pour rejoindre l’UBB
Arrivé suffisamment tôt durant l’été, Tom Willis a pu participer à l’intégralité de la préparation bordelaise. Ce ne fut pas le cas de nombreux internationaux retenus avec leur sélection.
En choisissant de revenir en Top 14, le troisième-ligne savait qu’il devenait inéligible pour l’équipe d’Angleterre. Il avait qualifié ce renoncement d’« une des décisions les plus difficiles de ma carrière », notamment à l’approche de la prochaine Coupe du monde.
Son intégration a toutefois été facilitée par sa connaissance du club et d’une partie de l’effectif.
Gaëtan Barlot souligne également les efforts effectués par l’Anglais :
« Il est venu avec nous en stage, ça aide beaucoup à l’intégration. Il connaît déjà beaucoup de mecs de l’effectif et il fait l’effort de parler français. »
Yannick Bru va devoir le protéger de lui-même
Très investi depuis son retour, Tom Willis ne semble pas vouloir économiser ses efforts. Son engagement est tel que le staff doit parfois lui ordonner de ralentir, notamment lorsqu’il cherche à dissimuler certaines douleurs.
Yannick Bru raconte le fonctionnement inhabituel de sa recrue :
« Il faut lui dire : “Maintenant, tu t’arrêtes parce que les médecins m’ont dit que tu avais mal là et que tu ne voulais pas nous le dire.” On est plutôt habitués à avoir des joueurs qui nous disent : “J’ai vraiment mal là, est-ce que tu peux m’arrêter ?” Avec Tom, c’est un processus différent. C’est quelqu’un qui donne beaucoup à l’équipe, toujours positif, qui masque la douleur et qui veut s’engager à fond. Son énergie est contagieuse. Donc ça, c’est chouette. Mais j’ai bien compris qu’il allait falloir gérer sa charge d’entraînement, parce que c’est un gars qui ne se limite pas trop. »
Tom Willis pourrait dès la deuxième journée affronter le Stade Toulousain de son frère Jack. Les performances du troisième-ligne rouge et noir en France constituent forcément une source d’inspiration supplémentaire.
Yannick Bru sent que la réussite de Jack Willis nourrit l’ambition de son jeune frère :
« Je vois bien que la trace que laisse son frère dans son équipe, et plus globalement dans le rugby français, l’inspire. Je ne peux pas dire que c’est un poids pour lui, mais on sent qu’il ne veut pas décevoir et qu’il veut vite rendre la confiance qui a été placée à lui en le recrutant. »
Avant ces retrouvailles familiales, Tom Willis devra lancer sa seconde aventure bordelaise contre le Racing 92, demi-finaliste du dernier Top 14.







